Après les marches, la désobéissance civile

On a marché. On a voté. On a encore marché. Rien ne s’est passé. Comme disait Einstein, "la définition de la folie c’est de faire la même chose encore et encore et s’attendre à des résultats différents".

Mais voyez-vous on n’est pas fou. On ne va pas continuer comme cela. On ne peut pas continuer comme cela. Quand on écoute les scientifiques on comprend qu’on a plus le temps d’attendre. Il faut agir. Il faut un "system change, not climate change" (changer le système, pas le climat). Mais force est de constater que l’on ne peut pas changer un système en jouant avec les règles du système.

En analysant les grands progrès de notre société moderne, on se rend compte qu’à chaque fois, ils se sont faits contre la loi. L’esclavage était légal, ne pas donner aux femmes le droit de vote était légal, l’holocauste était légal. L’apartheid était légal. Aujourd’hui détruire la planète est légal et même récompensé économiquement.

Il est de notre devoir de citoyen de se rebeller contre un système qui nous mène à notre perte. Il est de notre devoir de citoyen de se rebeller contre un système qui détruit notre écosystème et sa biodiversité qui nous permet de vivre. Et on ne parle pas uniquement des îles du Pacifique qui disparaîtront sous les eaux, on parle aussi de nos agriculteurs déjà tellement rudement menés dans notre société et qui ne pourront plus cultiver en suffisance pour subvenir à leurs besoins. Sans mentionner tous les réfugiés climatiques qui mettront une pression énorme sur notre société.

La désobéissance civile n’est pas quelque chose de nouveau. On se souviendra de la marche de sel de Gandhi en 1930 qui a bravé l’interdiction de faire son propre sel face aux Britanniques, ou plus récemment Rosa Parks qui en 1955 en Amérique refusa d’obéir et de donner son siège à un blanc. A chaque fois, l’Histoire ne retient pas celles et ceux qui sont du côté de la loi. L’Histoire retient celles et ceux qui sont allés contre celle-ci pour défendre ce qui est juste.

La désobéissance civile est un geste fort. Des femmes et des hommes, jeunes et moins jeunes, sont prêts à se faire arrêter non pas pour améliorer leur situation personnelle ou celle de leur industrie, mais pour une cause universelle et juste. Cela force le respect. Pour qu’on en arrive là, les gens doivent être désespérés. Et désespérés nous sommes en voyant qu’on n’est toujours pas sur la bonne trajectoire dans nos pays pour rester sous la barre des 1.5 degrés tel que recommandée par le GIEC.

Le problème aujourd’hui c’est que l’on débat avant de comprendre. La majorité des gens n’a pas encore compris l’état d’urgence climatique. Et c’est dur de leur en vouloir. Tant que le monde autour de nous continuera "business as usual" (les affaires comme d’habitude), ce sera "business as usual". Seules deux choses peuvent changer cette donne. Soit la nature, mais il sera probablement déjà trop tard, soit ce seront d’autres courageux êtres humains qui seront prêts à se sacrifier pour empêcher que ce soit "business as usual". Voilà pourquoi existe un mouvement tel qu’Extinction Rebellion.

Un mouvement de désobéissance civile non violent

Cette semaine, c’est la première semaine de la rébellion à l’appel de ce mouvement de désobéissance civile non violente qui a débuté voici tout juste un an à Londres et qui s’est répandu depuis dans plus de 50 pays à travers le monde. Contrairement au mouvement #Occupy, leurs demandes sont très claires : 1. Déclaration de l’état d’urgence climatique : nous devons avoir un niveau de mobilisation équivalent à celui d’une guerre mondiale. 2. Dire la vérité : les médias et les politiques doivent dire la vérité sur la situation catastrophique dans laquelle nous nous dirigeons si nous dépassons notre budget de 360 Gigatonnes de CO2 qu’il nous reste (on en rejette 42 Gigatonnes par an pour le moment, cela nous donne 8 ans pour réduire à net zéro nos émissions). 3. Donner le pouvoir à des assemblées citoyennes : vu que nos institutions ont été incapables jusqu’à présent de nous mettre sur la bonne trajectoire, nous devons urgemment changer notre façon de prendre des décisions ensemble en donnant le pouvoir à des assemblées citoyennes tirées au sort qui auront l’opportunité, tel un jury d’assise, d’écouter les différents experts avant de se prononcer sur les mesures à prendre d’urgence.

Le mouvement n’en est pas à son coup d’essai. Déjà en avril dernier, il avait réussi à bloquer 5 ponts à Londres pendant 10 jours jusqu’à ce que le maire finisse par accepter de déclarer l’état d’urgence climatique. Plus de 1000 personnes avaient alors été arrêtées. Cette semaine, de nombreuses villes vont être bloquées à travers le monde : Londres, Paris, Amsterdam, Berlin, Madrid, NYC, Sydney et bien d’autres villes encore.

En Belgique, la première action d’envergure de désobéissance civile non violente aura le lieu ce samedi 12 octobre. Tous les citoyens sont invités à venir avec une chaise pour participer pacifiquement à des assemblées citoyennes dans les jardins du Palais Royal à partir de 14 heures (métro Parc ou gare centrale).

Comme le dit Greta Thunberg : "Il est grand temps qu’on commence à se comporter comme si notre maison était en feu, car elle l’est". L’heure n’est plus aux promesses pour le futur. L’heure est à l’action.

Alors à toutes celles et ceux qui rejoindront des actions de désobéissance civile, aux jeunes, aux moins jeunes, aux professeurs, aux travailleurs, aux grands-parents qui vont dans les prochains jours, semaines et mois rejoindre des actions de désobéissance civile, merci pour votre courage. C’est vous qui allez écrire l’Histoire.

 

Leen Schelfhout, citoyenne, mère de 3 garçons, travaille pour une haute-école à Anvers.

Xavier Damman, citoyen, père d’une petite fille, est entrepreneur dans le monde des start-up.

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