8 mars : fais pas ton genre !

Dans le discours ambiant, nous constatons qu’il est de bon ton d’encourager les femmes à revendiquer un changement sociétal. "Libérez-vous ! Revendiquez ! Exigez !". Le sexisme est enfin dénoncé avec sérieux. Et de cela, nous nous réjouissons.
 

Mais les victimes de la société patriarcale, voire misogyne et phallocrate, doivent-elles, en plus d’en subir les conséquences, s’entendre dire qu’il est temps qu’elles agissent ? Et pourquoi sont-elles les seules à devoir prêter une oreille attentive à cette injonction ?

Promouvoir l’égalité entre les femmes et les hommes ne doit pas rester qu’une affaire de femmes. Faire reposer ce combat sur les seules épaules féminines est une injustice qui s’additionne à toutes les autres. Les garçons doivent eux aussi être dotés, le plus tôt possible, des armes nécessaires pour lutter contre le sexisme et devenir les alliés de la cause féministe. Parce qu’il faut, de façon égalitaire, considérer les femmes ET les hommes comme acteurs.trices de changement ! A la Ligue des familles, nous estimons qu’une éducation dégenrante et une évolution législative contribuent à briser la spirale infernale d’un rapport de domination.

Le constat

Malgré leur bienveillance et leur désir profond de changer le monde, force est de constater que la majorité des familles, des écoles et des institutions reproduisent les mécanismes qui contribuent à perpétuer des rôles et des conditions d’existence plaçant les femmes dans une position inégale aux hommes.

Notre défi est d’adopter les réflexes nécessaires à la déconstruction des stéréotypes qui conditionnent une société normée et nous poser les questions qui s’imposent : Notre mode d’éducation est-il différent selon que nous soyons parents d’une fille ou d’un garçon ? Au sein de la famille, de l’école, nos enfants s’imprègnent-ils déjà des stéréotypes ? Dans leurs choix ludiques, culturels, sportifs, scolaires, ne les incitons-nous pas à se conformer aux rôles dictés par la société ? Les représentations qui sont proposées à l’enfant dans les jeux, les médias, les manuels scolaires ne sont-elles pas chargées de clichés ?

Ces questions doivent nous apprendre à poser un regard critique sur les clichés que nous véhiculons. En notre qualité de parents, nous transmettons à notre enfant les codes nécessaires à son intégration dans la société et c’est sur base de ce bagage qu’il se construit. Sans en avoir conscience, nous contribuons nous-mêmes à la transmission de stéréotypes et des valeurs sexuées que nous jugeons pourtant dépassés. Prendre conscience nous permettra de transmettre aux enfants les réflexes qui contribueront à faire d’eux les adultes émancipé.e.s de demain.

Eduquer dégenré

En montrant lui-même l’exemple, le papa peut inculquer à son petit garçon que les femmes ne sont pas les seules à être capables de lancer une lessive ou de prendre rendez-vous chez le pédiatre. Face à un modèle masculin prenant sa part au sein de la famille, l’enfant voit d’un autre œil la charge domestique et mentale. Les rôles de chacun.e, équitablement répartis au sein de la famille, s’en retrouvent valorisés !

La lecture de l’histoire du soir peut également devenir un moment exquis de sensibilisation antisexiste : il vous suffit occasionnellement de changer les rôles pour que la princesse en détresse devienne le prince désespéré qui sera délivré par une courageuse princesse. Il ne s’agit évidemment pas d’inverser les rapports de domination mais d’apprendre aux enfants qu’ils.elles ont le droit d’être fragiles et fort.e.s.

Une éducation dégenrante offre simplement aux enfants toutes les possibilités pour qu’ils.elles s’accomplissent et deviennent qui ils.elles ont envie de devenir. Elle promeut l’ouverture à la diversité de jeux et d’activités aux enfants afin qu’ils ne deviennent pas des adultes en compétition les uns contre les autres qui, pour se sentir valorisés, déconsidèrent les personnes du sexe opposé.

Egalité femmes-hommes dans la famille, un enjeu de société ?

Même si en matière d’égalité femmes-hommes nous pouvons constater des avancées, il reste encore une bonne partie du chemin à parcourir. Le cadre législatif peut nous aider à cela : la perspective d’allonger le congé de paternité à 15 semaines et de le rendre obligatoire, notamment, permettrait au papa de partager les sourires et les tâches ménagères. Cette mesure favoriserait également le tissage de liens familiaux solides et induirait une meilleure répartition des rôles et des tâches dans la cellule familiale. En outre, un congé de paternité allongé et obligatoire est indispensable pour établir l’égalité sur le marché de l’emploi puisqu’il rendrait la situation des hommes et des femmes comparables au moment de la naissance d’un enfant.

Bien au-delà de ce seul congé, une meilleure répartition des rôles au sein de la famille passera par un renforcement de tous les dispositifs permettant de mieux concilier travail et vie de famille : les plus de 4000 parents interrogés à ce sujet par la Ligue des familles demandent avant tout une diminution du temps de travail, du télétravail partout où c’est possible, des horaires flexibles (au choix de la travailleuse ou du travailleur).

Un autre enjeu est la lutte contre la précarisation des femmes, principales victimes du phénomène de paupérisation. Leur permettre d’accéder à des formations et des postes à responsabilités, à des missions plus valorisées et mieux rémunérées est l’un de nos combats.

Enfin, il faut que les pouvoirs publics se préoccupent du sort des parents solos. Les femmes représentent 70% des familles monoparentales, elles ont besoin qu’on les soutienne mieux financièrement, qu’on renforce le Service de créances alimentaires pour garantir leurs droits, qu’on leur donne accès à des lieux de rencontre et des structures de répit…

Prendre son destin en main

Homme ou femme, chacun.e de nous subit l’influence des stéréotypes de genre. La volonté de la Ligue des familles est de bousculer les codes pour que notre société ne reste pas figée. Il nous faut agir maintenant ET ensemble, par une éducation dégenrante qui dérange et par des avancées législatives fortes. Construire un monde plus juste ne doit pas rester une promesse mais devenir une réalité.

 


Maco Méo est chargée de la campagne "Fais pas ton genre !" pour la Ligue des familles dont l’objectif est de déconstruire les stéréotypes de genres dans l’éducation, notamment par le biais d’un quiz dégenrant, un outil ludique qui permet de prendre conscience de la problématique.

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