Frappes meurtrières après des tirs de roquettes, nuit de tensions à Jérusalem

Barrage de roquettes depuis Gaza vers Israël, frappes meurtrières de l’Etat hébreu contre le Hamas, heurts musclés entre policiers israéliens et manifestants palestiniens à Jérusalem-Est : Israël et Palestiniens sont engagés dans l’une des plus importantes escalades de violence de ces dernières années.

Au moins vingt personnes, dont neuf enfants et un haut commandant du Hamas, sont mortes lundi soir dans des frappes attribuées à l’armée israélienne menées dans la bande de Gaza en riposte à des dizaines de roquettes tirées depuis cette enclave palestinienne, après de nouveaux affrontements à l’Esplanade des Mosquées, troisième lieu saint de l’islam nommé Mont du Temple par les Juifs, située dans Jérusalem-Est.

Selon le Hamas, au pouvoir à Gaza, ce sont plus de 100 roquettes qui ont été tirées lundi depuis cette enclave.

 

4 images
Des tirs de roquettes ont été tirés depuis la bande de Gaza. © AFP or licensors
La mosquée Al Aqsa © AFP or licensors
Des heurts éclatent depuis une semaine. © AFP or licensors

Ces violences, qui coïncident avec la "Journée de Jérusalem", marquant selon le calendrier hébraïque la prise de la partie orientale, peuplée de Palestiniens, de la Ville sainte par l’armée israélienne en 1967, s’ajoutent à des semaines de tensions à Jérusalem.

"Les organisations terroristes à Gaza ont franchi une ligne rouge […] en tirant des roquettes jusque dans la région de Jérusalem", a déclaré en soirée le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu.

"Israël réagira avec force […], celui qui attaque en paiera le prix fort. Je vous le dis, citoyens d’Israël, le conflit actuel pourrait durer un certain temps", a-t-il ajouté.

Après des heurts le matin à Jérusalem, le Hamas avait mis en garde Israël si ses forces ne se retiraient pas lundi soir, à 18h00 (17h00 heure belge), de l’Esplanade des Mosquées, haut lieu de tensions entre Palestiniens et Israéliens dans le cœur de la Vieille ville de Jérusalem.


►►► A lire aussi : La question des expulsions de familles palestiniennes fait monter la tension d’un cran


Et à 18h00, un barrage de roquettes a fusé depuis cette enclave paupérisée de deux millions d’habitants, vers Israël. Si la majorité des roquettes ont été interceptées par le bouclier antimissiles "Dôme de Fer" certaines se sont abattues sur le territoire israélien, et un missile antichar a fait un blessé léger dans une localité israélienne limitrophe de la bande de Gaza.

Escalade

"Nous tenons le Hamas pour responsable de ces attaques […] le Hamas paiera le prix fort", a déclaré Jonathan Conricus, porte-parole de l’armée israélienne qui a suspendu un important exercice militaire en raison de ces affrontements.

"Nous avons commencé à frapper des positions du Hamas […] et je dis bien commencé", a ajouté ce responsable, confirmant que l’armée israélienne avait ciblé un haut commandant du Hamas dans le nord de la bande de Gaza. Plus tard dans la soirée, l’armée a ajouté avoir ciblé deux autres membres du Hamas. Les autorités locales à Gaza ont fait état de vingt morts, incluant neuf enfants, et de nombreux blessés dans les frappes israéliennes, les plus importantes depuis novembre 2019.

"Les Brigades Al-Qassam (branche armée du Hamas) lancent maintenant des roquettes contre l’ennemi à Jérusalem occupée en réponse à ses crimes et à son agression contre la Ville sainte", ont-elles indiqué dans un bref message. "Ceci est un message que l’ennemi doit bien comprendre : si vous répondez, nous répondrons. Si vous escaladez, nous escaladerons", ont-elles ajouté.

Dans la nuit de dimanche à lundi, des ballons incendiaires et sept roquettes avaient été lancés de Gaza vers le sud du territoire israélien. En représailles, l’armée avait tiré "contre des postes militaires" du Hamas à Gaza et fermé le point de passage d’Erez avec Israël.

L’unique point de passage de Kerem Shalom, le seul pour les marchandises entrant d’Israël vers Gaza, sera fermé à partir de mardi.

Pierre d’achoppement

Après un weekend marqué par de vives tensions à Jérusalem-Est, la journée de lundi avait débuté de manière frontale, avec des jets de pierre par des centaines de Palestiniens contre les forces de l’ordre israélienne positionnées sur l’Esplanade des Mosquées et qui ont répliqué avec des grenades assourdissantes, du gaz lacrymogènes et des balles en caoutchouc.

Selon le Croissant-Rouge palestinien, plus de 334 Palestiniens ont été blessés, dont de nombreux aux yeux et à la tête, alors que la police israélienne a fait état d’au moins neuf blessés dans ses rangs, pour ces accrochages les plus violents depuis 2017 à Jérusalem-Est.

En soirée, une marche de milliers de jeunes Israéliens dans la Vieille ville pour commémorer le "Jour de Jérusalem", que les Palestiniens souhaitent oublier", qui aurait pu mener à de nouveaux accrochages a été annulée par ses organisateurs.

En fin de soirée, des milliers de fidèles musulmans étaient réunis à l’Esplanade des Mosquées, où un incendie a notamment éclaté en soirée, pour prier avant la fin du mois du jeûne musulman du ramadan prévue cette semaine. La police israélienne était positionnée en masse devant les entrées de la Vieille ville.

Condamnations internationales

Plusieurs Etats ont condamné les tirs de roquettes, notamment les Etats-Unis et le Royaume-Uni.

Le ministre britannique des Affaires étrangères Dominic Raab a condamné ce lundi les tirs de roquettes du Hamas contre Israël, appelant à une "désescalade immédiate de tous les côtés".

"Le Royaume-Uni condamne les tirs de roquettes sur Jérusalem et sur des sites en Israël. La violence actuelle à Jérusalem et à Gaza doit cesser", a indiqué le ministre dans un tweet, "Nous avons besoin d’une désescalade immédiate de tous les côtés, et d’arrêter de cibler les populations civiles".

Les Etats-Unis ont condamné lundi "le plus fermement possible" les tirs de roquette du Hamas contre Israël, dénonçant une "escalade inacceptable" et appelant toutes les parties au "calme" et à la "désescalade des tensions".

"Nous reconnaissons le droit légitime d’Israël à se défendre, à défendre son peuple et son territoire", a dit le porte-parole de la diplomatie américaine Ned Price, tandis que le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu a promis de répondre "avec force". Le secrétaire d’Etat américain, Anthony Blinken appelle Israéliens et Palestiniens à la "désescalade"

Du côté de Berlin on estime qu’Israéliens et Palestiniens ont le "devoir d’éviter de nouvelles victimes civiles", a prévenu le chef de la diplomatie allemande après des frappes israéliennes sur Gaza en riposte à des roquettes tirées depuis l’enclave.

"Rien ne justifie le tir de roquettes sur la population civile israélienne", a ajouté sur Twitter Heiko Maas, pour qui ces tirs ne conduisent "certainement pas à la résolution du conflit" mais plutôt à une "nouvelle escalade insensée".

Condamnations européennes

La "flambée de violence significative" dans la bande de Gaza et à Jérusalem-Est "doit cesser immédiatement", a lancé lundi soir un porte-parole du chef de la diplomatie de l’Union européenne, Josep Borrell.

"Les tirs de roquettes depuis la bande de Gaza sur des populations civiles en Israël sont totalement inadmissibles et nourrissent une escalade", a ajouté le porte-parole dans un communiqué.

Tirs de roquettes, frappes meurtrières contre le Hamas, heurts entre policiers et manifestants palestiniens à Jérusalem : Israël et les Palestiniens sont engagés dans l’une des plus importantes escalades de violences des dernières années.

L’UE a multiplié les appels aux deux parties.

"La flambée de violence significative en Cisjordanie occupée, y compris à Jérusalem-Est, ainsi qu’à Gaza et dans ses environs, doit cesser immédiatement", a-t-elle déclaré.

"Tous les dirigeants ont la responsabilité d’agir contre les extrémistes. Le statu quo des lieux saints doit être pleinement respecté", poursuit-elle.

"Nous réitérons notre appel à toutes les parties à s’engager dans des efforts de désescalade. Il faut en priorité éviter de nouvelles victimes civiles", dit encore l’UE.

Newsletter info

Recevez chaque matin l’essentiel de l'actualité.

OK