Proche-Orient: toujours pas de cessez-le-feu, Netanyahu et Erdogan réagissent

Un tir effectué par l'armée israélienne ce vendredi matin sur Rafah, dans le sud de la Bande de Gaza
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Un tir effectué par l'armée israélienne ce vendredi matin sur Rafah, dans le sud de la Bande de Gaza - © SAID KHATIB - BELGAIMAGE

Alors que la communauté internationale a appelé à un cessez-le-feu rapide ainsi que 34 ONG, deux Palestiniens ont été tués vendredi dans le centre de la bande de Gaza lors d'une frappe aérienne. Cela porte à 100 le nombre de morts palestiniens depuis le début de l'opération israélienne il y a quatre jours, selon les services d'urgences locaux. Les États-Unis se disent, eux, toujours disponibles pour jouer les médiateurs. Mais du côté du Hamas comme d'Israël, on fait la sourde oreille.

Les deux tués circulaient dans une voiture de la municipalité de Gaza dans le secteur du camp de réfugiés de Bureij au moment de l'attaque. Un troisième homme à bord du véhicule est grièvement blessé, a précisé le porte-parole des services d'urgence, Achraf al-Qoudra.

Par ailleurs, trois roquettes tirées depuis la bande de Gaza ont été interceptées vendredi par le système de défense anti-missiles Iron Dome au-dessus de Tel-Aviv, a rapporté l'armée israélienne. Le tir a été revendiqué par le mouvement islamiste palestinien Hamas, qui contrôle sur le plan sécuritaire la bande de Gaza. Le Hamas, contre lequel l'armée israélienne mène une offensive depuis quatre jours sans parvenir à stopper les roquettes de Gaza, a affirmé avoir tiré "quatre missiles M75 sur l'aéroport de Ben Gourion", qui se trouve en périphérie de Tel-Aviv.

Un porte-parole de l'aéroport a affirmé à l'AFP que Ben Gourion avait été fermé "durant neuf minutes" avant de reprendre ses activités normalement. La police a indiqué avoir trouvé "des éclats" de roquettes dans des terrains vagues de Tel-Aviv, mais n'a fait état d'aucun blessé.

Plus tôt vendredi, une roquette tirée de Gaza a explosé dans une station-service d'Ashdod, à une trentaine de kilomètres de la bande de Gaza, provoquant un incendie dans lequel trois personnes ont été blessées, dont une sérieusement, ont rapporté les services d'urgences. 

Une roquette tirée à partir du sud du Liban

Une roquette tirée à partir du sud du Liban a touché vendredi matin le nord d'Israël, sans faire ni victime ni dégâts, a indiqué à'AFP une porte-parole militaire. L'engin s'est abattu dans un champ, a ajouté la porte-parole. La radio publique a précisé que deux roquettes de type Katioucha avaient atteint un secteur situé au nord de la ville de Kyriat Shmona.

Une des roquettes a atterri sur une route où aucune voiture ne circulait à l'heure de l'attaque, a ajouté la radio. Selon des responsables militaires cités par la radio, ces tirs ne semblent pas être dus à la milice chiite du Hezbollah qui contrôle le sud du Liban, mais qui "n'a aucun intérêt à se lancer dans un affrontement avec Israël". "Il s'agit sans doute d'une petite organisation palestinienne souhaitant exprimer sa solidarité avec le Hamas attaqué par l'armée israélienne dans la bande de Gaza", a ajouté la radio.

34 ONG appellent à un cessez-le-feu dans la bande de Gaza

Trente-quatre associations humanitaires internationales ont appelé vendredi au cessez-le-feu ainsi qu'au respect des droits de l'homme dans la bande de Gaza, dans un communiqué commun.

Action Contre la Faim, CARE, Save The Children, Oxfam, et trente autres organisations non-gouvernementales d'Italie, de Suisse ou encore du Japon demandent aux Palestiniens et aux Israéliens de trouver une solution durable pour mettre fin à leur conflit, "afin que les victimes de ces combats soient protégées des violences et que leurs droits et leurs besoins soient respectés".

"Tandis que des civils de la bande de Gaza sont tués par les attaques aériennes israéliennes, que les maisons, les écoles, les accès à l'eau sont endommagés et détruits, et que des tirs de roquettes de Palestiniens continuent sur Israël, nous demandons à nouveau un cessez-le-feu", ont appelé de leurs voeux les 34 ONG.

Israël, par ses bombardements d'habitations à Gaza, pourrait violer les lois de la guerre, a également mis en garde vendredi le Haut Commissariat aux droits de l'Homme des Nations unies.

Ces 34 ONG font partie d'une association d'agences de développement international (AIDA), dont le siège est basé à Londres et qui compte 70 membres. Toutes sont actives en Palestine.

Le cessez-le-feu n'est pas du tout à l'ordre du jour

Jeudi soir, la ville de Jérusalem a été prise pour cible par des roquettes palestiniennes. L'une est tombée dans une zone inhabitée. Deux autres ont été interceptées par le système antimissile israélien. On ne signale aucune victime. Mais des dizaines de personnes sous le choc. Un peu plus tôt, c'est une centrale nucléaire qui était dans le viseur du Hamas.

L'épreuve de force continue donc, des deux côtés. Pour faire cesser les tirs palestiniens, l'armée israélienne continue de pilonner la Bande de Gaza. On le comprend, le cessez-le-feu n'est pas du tout à l'ordre du jour. Le premier ministre israélien Benyamin Netanyahou a été très clair là dessus. Au contraire, Israël compte frapper encore plus fort. L'option d'une opération terrestre reste d'actualité.

Jusqu'ici, Tsahal dit avoir bombardé plus de 860 cibles, notamment des sites de tirs de roquettes et des logements des membres du Hamas. Mais l'opération israélienne a aussi détruit plus de 120 habitations dans la Bande de Gaza.

L'Égypte condamne la "politique de punition collective" d'Israël à Gaza

L'Egypte a fustigé vendredi la "politique de punition collective" d'Israël à Gaza, appelant la communauté internationale à mettre fin rapidement au conflit qui a fait près de 100 morts en quatre jours dans l'enclave palestinienne.

"L'Egypte refuse l'escalade (de violence) irresponsable d'Israël", a déclaré le ministère des Affaires étrangères égyptien dans un communiqué, critiquant "l'usage excessif et superflu de la force militaire qui conduit à la mort de civils innocents". "Cela représente une continuation de la politique oppressive de punition collective" de l'Etat hébreu, ajoute le communiqué.

L'Egypte, premier pays arabe à avoir signé un traité de paix avec Israël en 1979, a fait cette fois profil bas face aux raids israéliens sur Gaza, le gouvernement s'étant jusqu'à présent contenté d'appeler les deux parties à cesser les violences.

 

Les lois de la guerre violées ?

Israël par ses bombardements d'habitations à Gaza pourrait violer les lois de la guerre, a mis en garde vendredi le Haut Commissariat aux droits de l'Homme des Nations unies. "Nous avons reçu des rapports troublants sur le fait que nombre de victimes civiles, y compris des enfants, sont le résultat de frappes sur des maisons", a déclaré à la presse à Genève la porte parole Ravina Shamdasani.

"Ces rapports appellent à des doutes sur le fait que ces frappes sont conformes aux lois humanitaires internationales et aux lois internationales sur les droits humains", a-t-elle dit.

Selon les Conventions de Genève, que l'ONU caractérise comme les lois humanitaires internationales, frapper des logements constitue une violation de ces règles sauf si ces maisons sont utilisées à des fins militaires. "Même si un maison est identifiée comme étant utilisée à des fins militaires, toute attaque doit être proportionnée, apporter un avantage militaire net et des précautions doivent être prises pour protéger les civils", a encore déclaré Mme Shamdasani. "Israël, le Hamas, et les groupes armés palestiniens ont déjà suivi cette voie dans le passé, elle n'a conduit qu'à des morts, des destructions, de la méfiance et à une prolongation douloureuse du conflit", a affirmé dans un communiqué la Haut Commissaire aux Droits de l'Homme, Navi Pillay. "Une fois de plus, les civils subissent le choc du conflit, j'appelle toutes les parties à respecter avec fermeté leurs obligations au regard des lois internationales sur les droits humains et des lois humanitaires internationales pour protéger les civils", a ajouté Mme Pillay.

Elle demande que les cibles civiles ne soient pas visées, que des moyens militaires ne soient pas placés dans des zones de population et que des attaques ne soient pas lancées depuis ces zones. Rappelant qu'elle s'était rendue à Gaza et à Sderot, en Israël elle avait mesuré combien traumatisantes étaient ces frappes aériennes et ces frappes de roquettes contre des civils. "Elles doivent cesser", demande-t-elle.

Le Premier ministre turc Erdogan condamne les "mensonges" d'Israël au sujet de Gaza

Le Premier ministre turc Recep Tayyip Erdogan a accusé vendredi Israël de suivre une politique fondée sur le "mensonge" en ce qui concerne ses bombardements sur Gaza.

"Il (Israël) dit que (le Hamas) tire des roquettes. Mais quelqu'un est-il mort ? ", a clamé M. Erdogan qui s'exprimait devant ses partisans à Istanbul, avant d'ajouter que "le nombre des Palestiniens que vous (Israël) avez tués est maintenant de 100. Sa vie (la vie d'Israël) est fondée sur le mensonge. Il n'est pas honnête".

"Nous ne pouvons pas prendre le parti de la cruauté", a poursuivi le Premier ministre, selon lequel "la cause palestinienne est notre cause".

Mardi, la Turquie avait appelé Israël à "immédiatement" cesser ses raids contre Gaza.

Les deux pays traversent une grave crise diplomatique depuis l'affaire de l'assaut donné le 31 mai 2010 par des commandos israéliens contre le Mavi Marmara, navire amiral d'une flottille d'aide humanitaire partie tenter de briser le blocus israélien de Gaza. Neuf militants turcs avaient été tués dans l'attaque et un dixième, blessé, était mort à l'issue d'un long coma.

Depuis plusieurs mois, des discussions sont en cours entre Israël et la Turquie pour dédommager les familles des victimes de l'abordage du Mavi Marmara.

Mais, a dit vendredi M. Erdogan, "nous ne pouvons pas envisager de manière positive le processus de normalisation (entre les deux Etats) tandis que nos frères palestiniens sont tués".

Naguère, la Turquie et Israël coopéraient assez étroitement, notamment sur le plan militaire.

"Aucune pression internationale ne nous empêchera de frapper les terroristes", selon Netanyahu

"Aucune pression internationale ne nous empêchera de frapper les terroristes qui nous attaquent", a martelé M. Netanyahu lors d'une conférence de presse au ministère de la Défense à Tel-Aviv. "J'ai eu une très bonne conversation avec le président (américain Barack) Obama et d'autres dirigeants, qui ont tous dit comprendre le besoin d'agir", a-t-il ajouté.

M. Obama a appelé jeudi M. Netanyahu pour lui dire sa crainte d'une escalade de l'affrontement entre Israël et le Hamas et proposer sa médiation en vue d'un cessez-le-feu.

"Les Etats-Unis restent prêts à faciliter une cessation des hostilités, y compris le retour à l'accord de cessez-le-feu de novembre 2012", a-t-il déclaré.

Israël a lancé dans la nuit de lundi à mardi une vaste offensive aérienne destinée à faire cesser les tirs de roquette depuis la bande de Gaza. Plus de 100 Palestiniens ont été tués, tandis que les tirs de roquettes se sont multipliés sur le sud mais aussi le centre d'Israël.


RTBF et agences

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