Double explosion à Beyrouth : le bilan s'alourdit avec 135 morts, des dizaines de disparus et près de 5000 blessés, le gouvernement décrète l'état d'urgence

Dans les ruines fumantes du port de Beyrouth, au milieu des immeubles éventrés, les secouristes tentaient mercredi de retrouver des victimes, au lendemain des deux énormes explosions qui ont fait au moins une centaine de morts, selon la Croix-Rouge libanaise, et des milliers de blessés.

La capitale libanaise, déclarée ville "sinistrée", s'est réveillée sous le choc, après ces explosions d'une telle puissance qu'elles ont été enregistrées par les capteurs de l'institut américain de géophysique (USGS) comme un séisme de magnitude 3,3.

Dans l'épicentre de l'explosion, dont le souffle a été ressenti jusque sur l'île de Chypre, à plus de 200 kilomètres de là, le paysage reste apocalyptique: les conteneurs ressemblent à des boîtes de conserve tordues, les voitures sont calcinées, le sol jonché de valises et de papiers provenant des bureaux avoisinants, soufflés par l'explosion.

Le bilan est encore provisoire, et les recherchent se poursuivent. Pour l'heure, on dénombre 135 morts, des dizaines de personnes disparues et près de 5000 personnes blessées. 

Le gouverneur de la ville s’est adressé à la presse ce matin et a fait un point sur la situation de la capitale. Il estime que les dommages s'étendent à près de la moitié de Beyrouth et que jusqu'à 300.000 personnes sont sans domicile après les explosions. Par ailleurs, après une première estimation, les dommages sont estimés à plus de trois milliards de dollars.

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Homme parmi les décombres d’un immeuble soufflé par les explosions, près de la place des Martyrs, dans le centre de Beyrouth, le soir du 4 août 2020 © AFP

Même des Casques bleus ont été grièvement blessés à bord d’un navire amarré dans le port, selon la mission de l’ONU au Liban.

Des secouristes, épaulés par des agents de sécurité, ont cherché toute la nuit des survivants ou des morts coincés sous les décombres.

Le dernier bilan officiel publié par le ministère de la Santé ce mercredi soir était d’au moins 78 morts et près de 4000 blessés. Les hôpitaux de la capitale, déjà confrontés à la pandémie de Covid-19, sont saturés.

"C’est une catastrophe dans tous les sens du terme", a déploré le ministre de la Santé, Hamad Hassan. "Les hôpitaux de la capitale sont tous pleins de blessés", a-t-il souligné, appelant à transporter les autres blessés vers des établissements de la banlieue.

Ressortissants belges sur place, deux morts et plusieurs blessés

"Il y a environ 2200 Belges enregistrés dans le large rayon autour de Beyrouth", a déclaré Karl Lagatie, porte-parole des affaires étrangères. "Ils ont tous été contactés hier soir par l’ambassade par SMS. Malheureusement, nous avons été informés qu’un compatriote a été tué dans l’explosion", a ajouté le porte-parole. Plus tard, nous avons appris qu’une deuxième victime belge était à déplorerDans le courant de l'après-midi, le gouvernement libanais a décrété l'état d'urgence pour une durée de deux semaines. 


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Par ailleurs, l’ambassade de Belgique, située non loin de la zone portuaire où ont lieu les explosions a été "endommagée", a indiqué ce mardi soir le ministre des Affaires étrangères Philippe Goffin. Il a également informé que "deux collègues et deux membres de leur famille ont été légèrement blessés par des éclats de verre".

"L’ambassadeur est sur place pour évaluer les dégâts. Nous continuons à suivre la situation de près et sommes prêts à apporter de l’aide aux Belges présents sur place", explique encore le porte-parole des Affaires étrangères ce mercredi matin.

La Belgique exprime sa solidarité et est prête à offrir de l’aide

Ce mercredi, la Première ministre Sophie Wilmès a exprimé sa solidarité avec le Liban et indiqué que "la Belgique se tient aux côtés de Beyrouth".

La Belgique a indiqué, comme d’autres pays, qu’elle est également prête à offrir de l’aide humanitaire. Le ministre des Affaires étrangères Philippe Goffin s’est entretenu avec les autorités libanaises en place à Bruxelles mais aussi à Beyrouth.

La Belgique et l’Union européenne ont reçu une demande officielle d’aide de la part du Liban. "Nous aurons une réunion cet après-midi, nous allons analyser la situation avec les autres pays de l’Union Européenne pour coordonner notre aide", explique Philippe Goffin.

L’Hôpital des grands brûlés de Neder-Over-Heembeek pourrait aussi accueillir des victimes. L’idée d’envoyer une équipe de secours B-Fast est envisagée mais il est encore trop tôt pour décider, estiment les Affaires étrangères.

L’aide internationale s’organise

En attendant de savoir quel sera le rôle exact que pourra jouer la Belgique dans l’aide apportée au Liban, l’Union européenne va envoyer à Beyrouth une centaine de pompiers spécialisés pour aider les recherches dans la ville dévastée par deux explosions, et est prête à mobiliser une aide supplémentaire.

La France, elle, va envoyer un détachement de la sécurité civile et "plusieurs tonnes de matériel sanitaire" à Beyrouth.


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Les Pays-Bas ont aussi annoncé envoyer mercredi soir en soutien à la capitale libanaise une équipe de 67 pompiers, médecins et policiers spécialisés dans la recherche de victimes coincées sous les décombres.

En outre, l’Allemagne va envoyer une équipe de 47 secouristes pour aider à retrouver des survivants. Ils partiront "aujourd’hui (mercredi) si possible", a déclaré un porte-parole de l’Agence allemande fédérale de secours techniques (THW) à l’issue d’une réunion de l’unité de crise du gouvernement allemand.

Partout dans le monde, la solidarité internationale s'organise, les pays de la régions mais aussi Européens ont annoncé envoyer de l'aide médicale ou logistique, y compris Israël qui a appelé à mettre les divergences "de côté".

Du nitrate d’ammonium en cause

Dans une première réaction d’un responsable, le directeur général de la Sûreté générale, Abbas Ibrahim, avait indiqué que les explosions étaient peut-être dues à des "matières explosives confisquées depuis des années", mais ajouté que l’enquête en cours devrait déterminer "la nature exacte de l’incident".

Après quelques heures il semble bien qu’une cargaison de 2750 tonnes de nitrate d’ammonium soit à l’origine des explosions du port. Ce mercredi, on apprend que ce stock de nitrate d’ammonium se trouvait dans le port depuis 2013 et que les douanes libanaises avaient insisté à de nombreuses reprises pour que ce stock soit déplacé, sans succès.


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 Qu'est-ce que le nitrate d'ammonium, à l'origine des explosions de Beyrouth ?


Dans la soirée de mardi, les autorités avaient d'ores et déjà déclaré que les "responsables ne resteraient pas impunis". Ce mercredi, alors que le gouvernement proclame l'état d'urgence pour une période de deux semaines, le gouvernement réclament que les responsables en charge du stockage du nitrate d'ammonium, en cause dans la double explosion, soient "assignés à résidence. 

Des vidéos diffusées sur les réseaux sociaux ont montré une première explosion suivie d’une autre qui a provoqué un gigantesque nuage de fumée. Les déflagrations ont fait trembler les immeubles et brisé des vitres à des kilomètres à la ronde.

"J’ai senti comme un tremblement de terre et puis après une énorme déflagration et les vitres se sont cassées. J’ai senti que c’était plus fort que l’explosion lors de l’assassinat de Rafic Hariri" en 2005, provoqué par une camionnette bourrée d’explosifs, a déclaré à l’AFP une Libanaise dans le centre-ville de Beyrouth.

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Comme une bombe atomique

"C'était comme une bombe atomique. J'ai tout vu, mais rien de tel", a déclaré à l'AFP Makrouhie Yerganian, un professeur à la retraite, qui vit depuis plus de 60 ans en face du port. "Tous les immeubles environnants se sont écroulés", a-t-il dit.

D'après l'Agence nationale d'information, les explosions ont même provoqué des dégâts importants au Palais présidentiel de Baabda, situé à une quinzaine km du centre de Beyrouth: vitres brisées et fenêtres et portes soufflées.

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Il y a des cadavres par terre

Les médias locaux ont diffusé des images de personnes coincées sous des décombres, certaines couvertes de sang. Des témoins ont raconté avoir vu dans le secteur du port des dizaines de blessés à terre.

Selon l'agence nationale d'information ANI, il y a eu de nombreux "morts et blessés". Le président de la Croix-Rouge libanaise, Georges Kettaneh, a d'emblée évoqué "des centaines de blessés", dans un appel à la télévision libanaise LBC. "Nous sommes submergés par les appels téléphoniques", a-t-il dit.

"C'est une catastrophe à l'intérieur (du port). Il y a des cadavres par terre. Des ambulances emmènent les corps", a indiqué à l'AFP un soldat aux abords du port.

 

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Dégâts très importants

"Les immeubles ont tremblé", a tweeté un habitant de la capitale libanaise. "Toutes les vitres de mon appartement ont explosé", a-t-il ajouté.


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Le secteur du port a été bouclé par les forces de sécurité. Aux abords, les dégâts matériels et destructions sont importants. Les vitres de nombreux immeubles et magasins ont volé en éclats à des kilomètres à la ronde.

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Jusqu'à Chypre

Selon des témoins, les déflagrations ont été entendues jusqu'à la ville côtière de Larnaca, à Chypre, distante d'un peu plus de 200 km des côtes libanaises.

Plus de deux heures après l'explosion, les flammes enveloppaient toujours le secteur. Un hélicoptère a survolé la zone et collectait de l'eau de la mer pour éteindre les incendies qui se sont peu à peu éteints.

"Nous avons vu un peu de fumée et ensuite une explosion. Puis le champignon. La force de l'explosion nous a propulsés en arrière dans l'appartement", a raconté un habitant du quartier de Manssouriyeh, qui a assisté à la scène depuis son balcon, à plusieurs kilomètres du port.

 

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Scènes de désolation

Après les explosions mardi, de nombreux habitants dont certains blessés, marchaient vers des hôpitaux dans plusieurs quartiers de Beyrouth.

Dans le quartier d’Achrafieh, des blessés se sont rués vers l’hôpital Hôtel Dieu. Devant le centre médical Clémenceau, des dizaines de blessés dont des enfants, parfois couverts de sang, attendaient d’être admis.

Presque toutes les vitrines des magasins du quartier de Hamra (ouest) ont volé en éclats tout comme les vitres des voitures. Des voitures, avec leurs airbags gonflés, mais aussi des bus ont été abandonnés au beau milieu des routes et de l’autoroute proche du port.

Beyrouth décrétée "ville sinistrée", mercredi jour de deuil national

Beyrouth est une "ville sinistrée", a annoncé mardi soir le Conseil supérieur de défense du Liban.

Le Conseil, qui réunit notamment le président, le Premier ministre et la ministre de la Défense, "recommande" au gouvernement de décréter l'Etat d'urgence, selon l'agence nationale d'informations ANI. "Une catastrophe majeure s'est abattue sur le Liban", a déploré le président Michel Aoun à l'ouverture de la réunion.

De son côté, le Premier ministre Hassan Diab a décrété une journée de deuil national ce mercredi "pour les victimes de l'explosion du port de Beyrouth".

 

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Sombre souvenir

Le 14 février 2005, un attentat spectaculaire provoqué par une camionnette bourrée d'explosifs avait ciblé le convoi de Rafic Hariri, le tuant ainsi que 21 autres personnes et faisant plus de 200 blessés. La déflagration avait provoqué des flammes hautes de plusieurs mètres, soufflant les vitres des bâtiments dans un rayon d'un demi-kilomètre.

Vendredi, le Tribunal spécial pour le Liban (TSL), basé au Pays-Bas, doit rendre son verdict dans le procès de quatre hommes, tous membres présumés du puissant mouvement libanais Hezbollah, accusés d'avoir participé en 2005 à l'assassinat de Rafic Hariri.

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Israël, Hezbollah

Le Liban connaît sa pire crise économique depuis des décennies, marquée par une dépréciation monétaire inédite, une hyperinflation, des licenciements massifs et des restrictions bancaires drastiques, qui alimentent depuis plusieurs mois la grogne sociale.

Il y a une semaine, après des mois de calme relatif, Israël a dit avoir déjoué une attaque "terroriste" et ouvert le feu sur des hommes armés ayant franchi la "Ligne bleue" séparant le Liban et Israël, avant qu'ils ne repartent côté libanais.

Le Premier ministre israélien, Benjamin Netanyahu, a attribué l'infiltration au Hezbollah, un mouvement armé que l'Etat hébreu considère comme son ennemi. Accusé de "jouer avec le feu", le Hezbollah a démenti toute implication.

De son côté, le président américain Donald Trump estime que les explosions qui ont eu lieu dans le port de Beyrouth "ressemblaient à un terrible attentat".

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