Les nouveaux dirigeants saoudiens voudraient relancer la diplomatie du Golfe

Les Saoudiens n’ont pas le choix... Ici, le roi Salmane d'Arabie Saoudite
Les Saoudiens n’ont pas le choix... Ici, le roi Salmane d'Arabie Saoudite - © FAYEZ NURELDINE - AFP

Ryad, la capitale de l’Arabie saoudite accueille le sommet annuel du Conseil de Coopération du Golfe, le CCG. Une réunion des six monarchies de la Péninsule arabique, directement plongées dans les tourments qui secouent le Moyen-Orient.

A l’ouverture des travaux, le roi Salmane d’Arabie Saoudite a lancé un appel à une solution politique dans les crises syrienne et yéménite. L’occasion aussi pour condamner publiquement et officiellement l’extrémisme et le terrorisme. 

Dans un calendrier diplomatique international chargé, le sommet annuel des six monarchies du Golfe s’est ouvert hier sur ce message du nouveau roi Salmane ben Abdelaziz Al Saoud. Le successeur (en janvier dernier) du roi Abdallah a appellé " Tous les pays du monde à combattre l’extrémisme et le terrorisme, et à les éradiquer quelle que soit leur origine".

A la tête d’un pays qui pratique un l’islam conservateur, et qui est accusé régulièrement de tenir un double langage, le souverain a défendu un "islam qui rejette et abhorre le terrorisme, religion de modération et de tolérance". Des rappels qui n’ont pas été heureusement reçus par les groupes radicaux qui ont placé les dirigeants de la Péninsule au cœur de leur cible. Des groupes islamistes qui opèrent aujourd’hui notamment en Syrie et au Yémen. Deux pays qui ne peuvent espérer la paix qu’à l’issue d’un processus politique, selon les vœux exprimés hier par leur grand voisin.

Les dirigeants arabes ont ensuite entamé leurs discussions sur les approches indispensables pour pacifier le Moyen-Orient. Il est permis d’imaginer qu’en séance les échanges ont été nourris.

Pour le spécialiste du monde arabe, le Français Alain Gresh, les différents émirats sont loin de partager des approches communes. "Les différents émirats qui constituent le Conseil de Coopération du Golfe depuis 1980, ont chacun leur propre agenda, leurs propres objectifs et ils se méfient tous de l’Arabie Saoudite. Ils ont peur des réactions hégémoniques de ce pays. Donc chacun cherche sa propre stratégie. On a par exemple vu pendant la période des révolutions arabes le Qatar soutenir très fermement ces révolutions alors que l’Arabie saoudite y était opposée. Et il y a plein d’autres contradictions. Il n’y a pas de politique cohérente du CCG, même si la plupart de ces pays soutiennent les actions de l’Arabie Saoudite en Syrie et au Yémen, mais là aussi avec des réserves. Il y a plutôt un éclatement qu’une stratégie commune."

L'Arabie Saoudite presque seule sur le devant de la scène.

L’accession d’une nouvelle équipe dirigeante à Ryad en janvier 2015 ainsi que l’entrée de la guerre en Syrie dans une nouvelle phase sont deux éléments qui – principalement pour les pays de la région - auront marqué cette année.

La réunion du Conseil du Golfe devrait aider les émirats à adapter leurs politiques (et leurs stratégies militaires) à ces développements nouveaux. L’occasion aussi de se pencher sur la diplomatie saoudienne et de voir quelles sont les pistes dans le domaine diplomatique de la nouvelle équipe à Ryad .

"Il y a eu depuis l’accession au trône du roi Salmane d’une diplomatie beaucoup plus active, que certains ont considéré comme un peu aventuriste, et qui est notamment poussée par le fils du roi qui a la haute main sur les affaires militaires. On ne peut pas dire qu’il y a eu des changements fondamentaux, mais il y a eu des inflexions." Et Alain Gresh de préciser: "Alors que l’Arabie Saoudite était dans un discours très hostile aux Frères Musulmans depuis les révolutions arabes, ils se sont rapprochés de cette organisation pour une raison tactique qui n’a rien à voir avec la religion ou l’idéologie. C’est que au Yémen comme en Syrie les Frères musulmans sont leurs alliés dans la lutte contre le Syrien Bachar el-Assad et contre les Yéménites Houthistes. Ce sont des changements mais on ne peut pas parler de vrais tournants stratégiques."

Il est vrai par ailleurs que la marge de manœuvre des Saoudiens est relativement limitée. Malgré sa volonté, Ryad ne dispose pas de moyens d’action importants, d’autant que les rapports du pays avec son puissant allié américain sont quelque peu distendus.

En fait, l’exercice est délicat mais les Saoudiens n’ont pas le choix puisqu'ils occupent le devant de la scène. "Ils doivent assumer un rôle qu’aucun autre pays arabe ne joue, affirme Alain Gresh. Il faut souligner que l’effacement de l’Égypte de la scène diplomatique est un élément très important du rapport de force dans le monde arabe. Aujourd’hui avec cet effacement, avec la disparition de l’Irak comme un acteur autonome important, avec la guerre en Syrie, l’Arabie saoudite se trouve - qu’elle le veuille ou non - au centre des activités diplomatiques régionales. Elle cherche des solutions qui permettraient d’éviter son isolement et qui permettrait de faire pièce à son rival iranien. L’Arabie saoudite a le sentiment d’être enfermée par les actions iraniennes, notamment l’aide de l’Iran à la Syrie, l’aide de l’Iran au Hezbollah, ce qu’elle considère comme une ingérence de l’Iran au Yémen, et surtout le changement de majorité – si on peut le dire comme ça – en Irak qui a été favorisé par l’intervention militaire américaine et le renversement de Saddam Hussein. Donc tout cela inquiète très sérieusement les Saoudiens, et explique en partie leur politique régionale et internationale". Une politique qui a évidemment pour but premier de protéger les frontières du pays...

Des frontières fragilisées par plusieurs conflits qui agitent les voisins de l'Arabie Saoudite.

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