La France et le Liban : des partenaires particuliers

Le président français Emmanuel Macron est arrivé hier soir au Liban. C'est sa seconde visite depuis l'explosion meurtrière du 4 aout dernier qui a tué 188 personnes. Après un dîner avec la chanteuse libanaise Fairuz, il a fait, à nouveau, le tour des responsables politiques. Avec une ambition affichée: tenter de régler la crise politique profonde dans laquelle le pays s'enlise. 


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La visite du président français coïncide aussi avec une date anniversaire, celle du centenaire du Grand Liban. Il y a 100 ans, la région du Grand Liban a été proclamée sous le mandat français. Un héritage colonial qui a subsisté car en 1943, le Liban indépendant a gardé les mêmes frontières déterminées à l'époque par l'administration française. Emmanuel Macron joue donc ici du symbole en même temps qu'il se positionne en première ligne au niveau diplomatique pour endosser le rôle de médiateur dans la crise libanaise.

Proximité forgée par l’histoire

Une ancienne métropole garde souvent des relations privilégiées avec un pays devenu indépendant par la suite. Elena Aoun est chercheuse en relations internationales à l'UMons et l'UCLouvain. Elle estime que cette relation entre la France et Liban illustre tout de même une proximité forgée par l'histoire du pays.


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Ce qui est très particulier dans le cas libanais, c’est que la région a souvent été dans une position contre l’occident. On pense au mouvement du nationalisme arabe. Ou en pleine guerre froide, entre les positionnements pro-occidental et pro-soviétique ; Le Liban a toujours été assez proche de l’Occident, un petit pays très ouvert aux influences multiples et variées dont celle de la France. " 


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Pour la chercheuse, il y a donc historiquement des liens très forts. " Une proximité avec le monde des affaires qui se maintient aussi par les migrations. Il y a une communauté libanaise très nombreuse en France. Et donc on parle d’une immigration vraiment très ancienne et puis il y a aussi de nombreuses connections au niveau politique. " Le président actuel Michel Aoun avait ainsi trouvé refuge en France au début des années 90.... Et rappelons-nous aussi les relations très proches entre la famille Chirac et Rafik Hariri, l'ancien premier ministre assassiné en 2005.

Quel rôle pour la France ?

Au Liban, la situation est tellement dégradée de tous les points de vue qu'une partie de la population libanaise voit la France comme le dernier espoir pour trouver des solutions que le pays n'arrive pas à mettre en place en interne... Et en effet, la France, avec d'autres pays s'est souvent investie en termes de coopération ou de diplomatie dans la région. " Mais, précise Elena Aoun, il ne faut pas oublier les nombreuses conséquences de ce qui peut parfois être appelé une ingérence dans les affaires intérieures ". Elle parle des relations avec Israël notamment ou encore du Liban post guerre civile. " Au sortir de la guerre civile dans les années ’90, la France était partie prenante à la reconstruction qui a jeté les bases d’un système politique complètement déviant, un système économique aussi complètement déviant. " 


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Elena Aoun évoque notamment le rôle très important dans la reconstruction donné au projet de Rafic Hariri " qui a pratiquement privatisé le centre-ville de Beyrouth en spoliant quasiment tous les anciens propriétaires. Pour cette chercheuse, cela a mis la trajectoire économique du Liban " sur certaines modalités qui aujourd’hui démontrent leurs limites. " Délitement de l'Etat, clientélisme et corruption… tous des maux pour lesquels il faut, aujourd’hui, trouver des solutions.

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