L'ambassade d'Arabie Saoudite attaquée à Téhéran, 40 personnes arrêtées

Des manifestants iraniens ont envahi l'ambassade d'Arabie saoudite à Téhéran dimanche avant l'aube, exprimant la colère de l'Iran chiite au lendemain de l'exécution en Arabie saoudite d'un dignitaire chiite.

Des manifestants s'étaient massés devant les portes de l'ambassade saoudienne pour protester contre l'exécution du cheikh al Nimr, virulent critique du régime saoudien.

Ils ont ensuite réussi à pénétrer dans l'enceinte et ont commencé à y allumer des feux avant d'être chassés par la police, rapporte l'agence de presse iranienne Isna.

Un des clichés diffusés sur les réseaux sociaux montre une salle saccagée et des meubles brisés, sous un portrait du roi Salman d'Arabie saoudite. Peu après, le ministère iranien des Affaires étrangères a publié un communiqué appelant au calme et demandant aux manifestants de respecter les lieux diplomatiques, rapporte le site internet Entekhab. Hossein Sajedinia, chef de la police de Téhéran cité par l'agence de presse Isna, a annoncé l'arrestation d'un nombre indéterminé "d'éléments incontrôlables".

L'affaire semble avoir balayé les espoirs de constitution d'un front commun contre les djihadistes de l'Etat islamique, susceptible d'ouvrir la voie à un rapprochement entre deux puissances du Golfe, qui s'affrontent indirectement en Syrie et au Yémen.

La quasi-totalité des 47 hommes exécutés samedi en Arabie saoudite étaient des sunnites condamnés pour des attentats commis par Al Qaïda il y a une dizaine d'années, mais c'est le sort du cheikh Al Nimr et de trois autres chiites, accusés d'avoir participé à l'agression de policiers en 2011-2013, qui a retenu l'attention.

Les autorités iraniennes condamnent

Le président iranien Hassan Rohani a jugé dimanche "totalement injustifiables" les attaques menées samedi soir contre l'ambassade de l'Arabie saoudite à Téhéran et le consulat saoudien à Machhad (nord-est).

"L'action menée par un groupe d'extrémistes hier soir à Téhéran et à Machhad (...) contre l'ambassade et le consulat de l'Arabie saoudite, qui doivent être légalement et religieusement sous la protection de la République islamique, est totalement injustifiable", a affirmé le président Rohani, selon l'agence officielle Irna.

M. Rohani a demandé au "ministre de l'Intérieur de travailler avec le pouvoir judiciaire et le ministre des Renseignements pour identifier les agresseurs et les présenter à la justice pour qu'il soit mis fin à ces actions hideuses et que la sécurité des représentations diplomatiques soit assurée".

Le procureur de Téhéran avait annoncé un peu plus tôt l'arrestation de 40 personnes en lien avec l'attaque contre l'ambassade de l'Arabie saoudite à Téhéran. Quatre autres personnes ont été arrêtées à Machhad.

Les alliés s'inquiètent 

Les alliés occidentaux de la monarchie wahhabite, qui sont nombreux à lui vendre des armes, s'inquiètent de leur côté de la nouvelle assurance dont elle fait montre à l'intérieur et à l'extérieur de ses frontières.

Le département d'Etat américain a estimé que l'exécution de Nimr al Nimr risquait "d'exacerber les tensions interreligieuses au moment où il y a un besoin urgent de les réduire" et appelé les dirigeants des pays de la région à "redoubler d'efforts" pour apaiser les tensions dans la région. La représentante de la diplomatie européenne, Federica Mogherini, s'est exprimée en des termes similaires.

Les partisans de l'Etat islamique ont pour leur part appelé à des représailles contre des soldats et des policiers saoudiens dans un message sur Telegram, rapporte SITE, un service de surveillance des sites internet islamistes. L'exécution simultanée des 47 hommes - 45 Saoudiens, un Egyptien et un Tchadien - est la plus importante pour des infractions liée à la sécurité en Arabie saoudite depuis celle, en 1980, de 63 djihadistes condamnés pour l'attaque de la grande mosquée de La Mecque, l'année précédente.

Les quatre chiites exécutés ont été condamnés pour la mort de plusieurs policiers au cours des manifestations antigouvernementales de 2011-2013.

Lors de ces événements, pas moins de 20 chiites ont également été tués par les forces de l'ordre. Les proches des chiites exécutés ont vigoureusement démenti leur participation à ces faits et ont expliqué que les quatre ne faisaient que protester pacifiquement contre les discriminations religieuses.

Les mouvements de défense des droits de l'homme dénoncent régulièrement le fonctionnement arbitraire du système judiciaire saoudien, notamment le recours à la torture pour obtenir des aveux et l'absence d'accès aux avocats pour les accusés.

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