Iran-Arabie saoudite: conflit religieux ou lutte de pouvoir classique?

Iran-Arabie saoudite: conflit religieux ou lutte de pouvoir classique?
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Iran-Arabie saoudite: conflit religieux ou lutte de pouvoir classique? - © RTBF

Chiites et sunnites représentent les deux grandes branches de l'islam. Le schisme date déjà de 632, à la mort du prophète : les chiites suivent alors Ali, le gendre de Mahomet, tandis qu'une majorité suit Abou Bakr, compagnon du prophète et deviendront les sunnites.

Pour les premiers, le Coran est une œuvre humaine, alors que pour les autres il a un caractère divin. Les sunnites ont aussi une vision de l'histoire prédéterminée, alors que les chiites accordent plus d’importance à la liberté individuelle.

Clivage religieux

Aujourd'hui, 80% des musulmans sont sunnites et les chiites, environ 15%, sont seulement majoritaires dans deux grands pays, l'Iran et l'Irak, ainsi qu'à Bahreïn et en Azerbaïdjan. Le chiisme compte aussi toute une série de branches minoritaires comme l'alaouisme, qui considère qu'Ali est l'incarnation de Dieu sur terre, présent mais minoritaire en Syrie (et au pouvoir à Damas via le clan Assad) et moins rigoriste. Il y a aussi les druzes présents au Liban et en Syrie.

Parmi les pays sunnites à minorité chiite, on compte le Liban (où les chiites forment le fer de lance du Hezbollah), le Yémen, l'Afghanistan, le Pakistan et surtout l'Arabie saoudite où les récentes exécutions de chiites pour terrorisme ont suscité l'indignation dans le monde chiite.

Les chiites saoudiens sont de deux à trois millions répartis surtout dans l'est du pays, là où sont situées ses principales réserves de pétrole.

Le concept de "takfir", controversé dans l'islam, est très présent dans le wahhabisme, forme d'islam qui est religion d'Etat en Arabie saoudite. Il permet de condamner les chiites comme infidèles ou "kafirs".

Tension dans le Golfe

La mise à mort samedi en Arabie saoudite du cheikh saoudien Nimr Baqer al-Nimr, un critique virulent du pouvoir à Ryad, a suscité de violentes critiques de l'Iran et des manifestations lors desquelles l'ambassade saoudienne à Téhéran a été en partie détruite et le consulat saoudien attaqué dans la ville de Machhad. En Irak aussi, le climat est tendu : explosions dans des mosquées sunnites, un muezzin sunnite abattu ce lundi.

Ce dimanche Ryad a rompu ses relations diplomatiques avec la république islamique, suspendu ses liaisons aériennes et gelé ses échanges commerciaux. Le Bahreïn, les Emirats arabes unis et le Soudan ont emboîté le pas à l'Arabie.

Champs de bataille en Syrie et au Yémen

Depuis la révolution islamique de 1979 en Iran, les relations entre Téhéran et Riyad sont en dent de scie.

Les deux puissances s'accusent mutuellement de chercher à élargir leur zone d'influence dans la région et se font déjà la guerre par pays ou groupes interposés au Yémen et en Syrie.

Poussée de fièvre entre Téhéran et Ryad

Cette tension qui déstabilise la région n'est pas seulement sous-tendue par un clivage religieux : pour Samuele Furfari, professeur de géopolitique de l'énergie à l'ULB, "c'est une poussée de fièvre qui atteint deux malades. Ils sont depuis longtemps à couteaux tirés", comme il le déclare au micro de Françoise Nice.

"Il y a longtemps qu'au sein de l'OPEC, l'Iran et l'Arabie saoudite ont des positions différentes. Ils veulent devenir des leaders au Moyen-Orient", note Samuele Furfari.

Jusqu'ici les souverains saoudiens, alliés traditionnels des Etats-Unis dans la région, évitaient de s'immiscer dans les conflits étrangers mais le nouveau roi, Salman, 80 ans et intronisé il y a un an, semble en rupture avec cette politique. Déjà quand il occupait le poste de ministre de la Défense, il a poussé aux bombardements au Yémen contre les rebelles Houthi, soutenus par Téhéran et formé une coalition anti-Etat islamique.

Les portes du paradis s'ouvrent pour l'Iran

Mais l'Iran de son côté se réveille du point de vue politique et économique, avec la fin des sanctions imposées depuis 2012. Le pays jouit à nouveau des faveurs de la communauté internationale depuis l'accord sur le nucléaire. Et il devient "plus agressif", analyse le professeur Furfari : "Il sait qu'il peut jouer sur le plan international plus que par le passé. Aujourd'hui, l'Iran est en train de rouvrir les portes du paradis, en invitant des entreprises internationales à investir".

Face à cela, de l'autre côté du golfe persique, le gouvernement saoudien est nerveux : il voit sa rente pétrolière s'effondrer et risque de devoir tailler dans ses dépenses. Le prix du pétrole en baisse lui permet cependant de détourner d'Iran la perspective d'investissements étrangers.

Samuele Furfari estime que l'Iran devra encore attendre quelques années pour reprendre ses exportations de pétrole et surtout de gaz et inonder le marché d'hydrocarbures.

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