Etiquetage des produits des colonies par l'UE: Israël riposte

Etiquetage des produits des colonies par l'UE: Israël riposte
Etiquetage des produits des colonies par l'UE: Israël riposte - © Tous droits réservés

Le gouvernement israélien a décidé dimanche de suspendre provisoirement l'Union Européenne de tout dialogue relatif à un processus de paix israélo-palestinien. Mais la décision surprend, puisqu'il n'y a aucun dialogue de paix en vue, et que l'Union Européenne n'y joue à peu près aucun rôle. Alors comment comprendre ce coup de froid, lié à la récente décision de l'union européenne d'imposer un étiquetage spécifique sur les produits issu des colonies juives dans les territoires occupés ou annexés par Israël?

Le 11 novembre, l'Union Européenne  annonçait cette décision: les vins, olives, fruits  et miel fabriqués dans les colonies juives devront afficher leur provenance.

"Une décision insupportable pour Israël"

"C'est une décision insupportable pour Israël", explique Alain Gresh journaliste et spécialiste du Moyen-Orient. "Parce que tracer ces produits, c'est une manière pour l'UE de dire très clairement, que ces produits ne sont pas fabriqués dans l'Etat d'Israël tel qu'il est reconnu par l'ONU et l'UE, c'est à dire dans les frontières d'avant 1967, mais qu'il s'agit de produits des colonies, c'est à dire dans des endroits considérés comme illégaux.C'est une manière de dire que l'UE reconnait les frontières de 1967 mais ne reconnait pas la colonisation. C'est évidemment une des questions centrales du conflit israélo-palestinien", souligne-t-il.

En marge de la COP21, Federica Mogherini a rencontré lundi le premier ministre Benjamin Netanyahu. Et, comme si l'Union Européenne voulait faire semblant de rien, la responsable de la diplomatie européenne a affirmé que "les relations entre l'UE et Israël sont bonnes et que cela continuera". S'il s'agit des relations commerciales, oui, les relations sont bonnes: le volume des échanges entre l'Union et Israël atteignait 30 milliards d'euros en 2014, dont 13 milliards de produits importés d'Israël. Les produits à étiqueter ne représenteraient que 1 à 3% du volume total, un montant estimé à 154 millions d'euros par les Européens, 187 selon l'ambassadeur d'Israël auprès de l'UE.

Mais sur le plan diplomatique, "la décision  d'Israël de mettre l'Union européenne de côté de toute négociation sur un processus de paix est doublement  surprenante", explique encore Alain Gresh. "Car non seulement il n'y a pas de processus de paix en cours, loin de là, et qui plus est,  l'Union européenne n'y a plus joué un rôle significatif depuis les années 90, lorsqu'il s'agissait de tenter de sauver le processus d'Oslo", complète notre interlocuteur.

Depuis, ce sont le plus souvent les Etats-Unis qui ont piloté les tentatives de relancer des discussions de paix. Mais elles ont échoué, et face à la reprise des violences depuis octobre, le secrétaire d'Etat américain John Kerry se borne à demander un retour au calme. Côté israélien comme du côté palestinien, on ne voit aucun signe d'apaisement.    

Un écho de la campagne BDS

Alors quel est le sens de cette décision du gouvernement Netanyahou? "C'est une manière de maintenir un discours assez agressif contre toute critique de la politique d'Israël, de rassurer les colons à l'intérieur, et de faire pression sur l'Union Européenne, en haussant le ton pour dire que l'Union Européenne est en fin de compte antisémite et maintenir la pression sur l'Union européenne  pour qu'elle ne prenne pas de mesures de rétorsion réelles à l'égard d'Israël", décode Alain Gresh. Car l'étiquetage n'aura aucune incidence fiscale - les produits des colonies israéliennes sont traités comme les autres produits d'Israël. Au-delà de cette brouille avec Bruxelles, sans doute Israël craint-il l'extension de la campagne BDS (Boycott, désinvestissement, sanctions). "Ce mouvement lancé par des associations est né  précisément du constat d'une certaine impuissance de la diplomatie", explique l'ancien rédacteur en chef du Monde diplomatique.

Et l'on peut aussi envisager que la décision d'étiquetage des produits des colonies juives apporte de l'eau au moulin des partisans du BDS.

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