Conflit israélo-palestinien : une situation plus explosive que jamais

Les violences se poursuivent entre les territoires palestiniens et Israël au point que l’ONU dit craindre désormais une "guerre à grande échelle".

Chaque jour, depuis la mi-avril et encore plus ces tout derniers jours des affrontements ont lieu : tirs de roquettes vers Israël depuis la bande de Gaza et ripostes de l’armée israélienne, faisant au moins 55 tués et de nombreux blessés.

Une escalade encore exacerbée, ces derniers jours, par la menace d’expulsion de familles palestiniennes de Jérusalem Est, dans le quartier de Cheikh Jarrah.


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Pour le professeur de droit international de l’ULB, François Dubuisson, "tout le problème est que l’autorité israélienne ne peut pas étendre sa souveraineté et ses décisions sur un territoire qui est considéré comme un territoire palestinien occupé et qui comme tel devrait être régi par le droit de l’occupation".

Ce qui est contraire au droit international, ajoute-t-il encore, c’est qu’Israël donne compétence à des tribunaux israéliens pour décider de questions de propriété qui sont en territoire palestinien occupé.

Discrimination

Selon lui, c’est la législation jordanienne, en vigueur avant 1967 qui devrait être pertinente. "Des familles palestiniennes, qui ont dû quitter leurs maisons en 1948 des suites de la guerre et des expropriations pour s’installer à Jérusalem Est y sont de manière légale et légitime. Et les associations de colons d’aujourd’hui, qui réclament ces maisons n’ont rien à voir avec les familles juives qui les possédaient peut-être avant 1948".

Il y a bien discrimination, poursuit-il : les familles palestiniennes n’ont pour leur part aucune possibilité de réclamer des propriétés perdues à Jérusalem Ouest à la même époque. Jérusalem Est est considérée comme territoire palestinien occupé, annexé illégalement par Israël en 1967 et confirmé par la loi solennelle de 1980. A Jérusalem Est, les lois qui s’appliquent relèvent du droit international de l’occupation : "on ne peut priver de propriétés dans des territoires occupés qu’en raison de conditions très strictes, qui ne sont pas rencontrées ici : la puissance occupante ne peut pas adapter ni modifier la législation existante applicable telle qu’elle existait auparavant".

Ces terrains ont été achetés par des associations juives au 19e siècle

Des arguments balayés par l’ambassadeur d’Israël en Belgique, Emmanuel Nahshon : "ces terrains ont été achetés par des associations juives au 19e siècle, le cadastre du registre ottoman jordanien en est témoin. Les habitants actuels n’ont pas de titres de propriété".

Et de souligner que la Cour Suprême de Justice d’Israël, à laquelle "font confiance tant les Palestiniens que les Israéliens n’a pas encore statué. C’est de la propagande, des compensations peuvent être trouvées pour ces habitants".

La faute à l’autorité palestinienne

L’origine de ces nouvelles tensions, c’est du côté de l’autorité palestinienne et du Hamas qu’il faut la chercher, selon lui. "Mahmoud Abbas, élu pour 4 ans, il y a 15 ans, sentait qu’il allait perdre les élections, au profit du Hamas. Et il a décidé de repousser les élections". Et cette montée de pression est un nuage de fumée, qui a commencé par des violences sur le Mont du Temple (Esplanade des Mosquées), "dues à des jeunes qui voulaient en découdre et ont incité à la violence, le Hamas armé par l’Iran, incite à la violence pour gagner à coup sûr ces élections". Se serait greffé ensuite le problème des expulsions.

Nettoyage ethnique de basse intensité

Pour Gregory Mauzé, de l’Association Belgo-Palestinienne ; il s’agit ni plus ni moins d’un "nettoyage ethnique de basse intensité, en toute impunité au niveau international : quelques déclarations, pas d’actes, donc, ça continue. Et cela se déroule dans un contexte électoral où Benyamin Netanyahou tente de rassembler une coalition avec des partis de plus en plus à l’extrême droite de l’échiquier politique. Une radicalisation de la société israélienne est en cours.

Du côté palestinien poursuit-il, ces élections prévues pour la première fois depuis 15 ans et repoussées dénotent aussi d’une "sclérose du système palestinien".

"Une radicalisation, et la communauté internationale est complice, affirme pour sa part Dima Issa, belgopalestinienne. "C’est contraire au droit international et je déplore le silence de la Belgique, dont le consulat est qui plus est installé dans le quartier de Cheikh Jarrah.

Je déplore aussi qu’on renvoie dos à dos oppresseurs et opprimés : la fin de cette situation est du ressort de la puissance occupante".

Oui la situation peut dégénérer

"Le Hamas a franchi la ligne rouge", dit de son côté Emmanuel Nahshon, "bombarder Jérusalem, Tel-Aviv, on ne peut l’accepter. Et nous prendrons les mesures nécessaires pour protéger la population. Nous refusons des pourparlers ou un cessez-le-feu, pour nous retrouver de nouveau dans quelques jours ou quelques mois dans la même situation. Oui, la situation peut dégénérer, nous sommes en guerre contre le Hamas, pas contre les Palestiniens ou les Gazaouis. Nous sommes un Etat souverain, nous appliquons nos lois, nous sommes une démocratie et Jérusalem, ville unie, est la capitale de l’Etat hébreu". 


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Face aux résolutions des Nations Unies, Emmanuel Nahshon estime encore qu’il y a "beaucoup de nuances à apporter".

Le professeur Dubuisson rappelle pour sa part que Jérusalem Est est "partie intégrante de la Cisjordanie. Territoire palestinien".

Et aussi qu’il y a peu de chances que des "résolutions musclées" puissent être adoptées par le Conseil de Sécurité.

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