Une "honte" : la présidente de la Commission européenne condamne fermement la loi hongroise sur l'homosexualité

"La loi hongroise sur la promotion de l’homosexualité auprès des mineures est une honte. Le texte discrimine clairement les personnes, sur base de leur orientation sexuelle". La présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen n’a pas mâché ses mots ce mercredi matin. Une missive partira à Budapest avant la promulgation de la loi.

14 Etats membres sortent de la léthargie

Pour Ursula von der Leyen, le texte "va à l’encontre des valeurs fondamentales de l’Union européenne" et la Commission est "préoccupée". La Commission réagit ainsi à la loi hongroise mais aussi à l’appel lancé par 17 Etats membres l’appelant à réagir. Parmi ces pays, la Belgique, le Luxembourg et les Pays Bas ont joué les fers de lance.

La loi amendée par le parti le Fidesz, le parti conservateur du président Viktor Orban, a été approuvée le 15 juin dernier par le Parlement hongrois. Elle interdit "la mise à disposition des enfants de moins de 18 ans des contenus qui montrent ou encouragent la sexualité en elle-même, le changement de genre ou l’homosexualité".

Quand la loi sera promulguée, il ne sera par exemple plus possible de placarder des publicités qui montrent un couple d’homosexuels ou de lesbiennes ou de regarder une série ou un film qui comportent ce genre de scène. Exit des chefs-d’œuvre comme le film d’Ang Lee, Brokeback MoutainSelon plusieurs ONG, la nouvelle législation va conduire à interdire des séries ou des livres dans lesquels l’homosexualité est simplement évoquée… comme la série Friends.

Libre d'aimer qui on veut

La présidente de la Commission européenne va demander aux commissaires responsables "d’écrire une lettre aux autorités hongroises exprimant nos préoccupations légales, avant que la loi n’entre en vigueur". Jusqu’ici, elle s’était bornée à dire qu’elle devait examiner le texte pour voir s’il y a ou non risque de violation du droit européen. "Je crois fortement en une Union européenne où l’on peut être qui on veut, où on est libre d’aimer qui on veut, et embrasse la diversité", a conclu Ursula von der Leyen, en marge d’une conférence de presse portant sur le plan de relance belge.

 

La communauté LGBTQI+ vit dans la peur

Cette loi est un exemple de plus de la direction que Viktor Orban donne à la Hongrie. Elle rappelle la loi russe de 2013 sur la "propagande russe auprès des mineurs" qui s’est traduite, de facto, par une discrimination envers les homosexuels et, au-delà, de toute la communauté LGBTQI +, d’autant que le texte est très ambigu.

La communauté LGBTQI + en Hongrie s’est opposée farouchement à la dérive du président Orban. Elle vit aussi dans la peur, comme le montrent plusieurs témoignages recueillis par l’association de défense des homosexuels Háttér Társaság.

Parmi ces témoignages, certains évoquent l’incompréhension, la colère, la détermination, comme celui de Molnar Aron : "Je fais de mon mieux pour pouvoir aller dans un pays plus libre et plus ouvert où [la communauté homosexuelle] n’est pas une communauté spéciale. Nous considérons que les membres d’une nation sont tous des citoyens. Je n’accepterai jamais cette exclusion". Molnar Aron poursuit : " […] Nous ne vous laisserons pas faire. Nous nous battrons".

Le foot hongrois aux couleurs nationales

Plusieurs clubs de football hongrois ont décidé d'éclairer leur stade aux couleurs du drapeau national hongrois pendant le match de l'Euro qui opposera ce soir l'Allemagne et la Hongrie à Munich, après les querelles sur les couleurs arc-en-ciel, symbole de la communauté LGBTQI+. Il s'agit notamment des clubs Ferencvaros, MTK de Budapest ou de Debrecen. 

Les instances du football européen, l'UEFA, avaient refusé mardi que la ville de Munich illumine le stade avec les couleurs arc-en-ciel pour protester contre la loi sur la promotion de l'homosexualité. L'UEFA a été critiquée pour sa décision.

La déclaration d'Ursula von der Leyen est "une honte", selon le gouvernement hongrois

La Hongrie a qualifié mercredi de "honte" les commentaires d'Ursula von der Leyen au sujet de la loi interdisant la "promotion" de l'homosexualité auprès des mineurs, alors que Budapest fait face à un déferlement de critiques.

"La déclaration de la présidente de la Commission européenne est une honte", a répété à trois reprises le gouvernement dans un communiqué, reprenant ainsi les termes de la cheffe de l'exécutif européen qui avait fustigé un peu plus tôt le texte récemment adopté par le Parlement hongrois.

Les commentaires de Ursula von der Leyen sont "basés sur de fausses accusations", a affirmé le gouvernement du souverainiste Viktor Orban. La loi qui interdit la "promotion" de l'homosexualité auprès des mineurs "protège les droits des enfants, garantit les droits des parents et ne s'applique pas à l'orientation sexuelle des plus de 18 ans: elle ne contient donc pas d'éléments discriminatoires", argue-t-il. Et de dénoncer "une opinion politique biaisée, sans qu'une enquête impartiale n'ait été menée au préalable".

 

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