Ukraine: limogeage et démissions, des clés pour les prêts internationaux

Viktor Chokine, un procureur général honni.
Viktor Chokine, un procureur général honni. - © GENYA SAVILOV - AFP

A Kiev souffle un vent de changement. La Rada, le Parlement, a entériné ce mardi matin la démission du procureur général Viktor Chokine. Nommé en février 2015, il était accusé depuis des mois de freiner plusieurs enquêtes très symboliques : celle sur la mort d'une centaine de manifestants tués dans les dernières heures du soulèvement du Maïdan de février 2014, celle sur des proches de l'ancien président Viktor Ianoukovitch, mais aussi des enquêtes sur des oligarques toujours bien en place.

Sa mise à l'écart a pris du temps. Viktor Chokine est un ami et un protégé du président Petro Porochenko. Celui-ci a dû se convaincre et le convaincre de présenter sa démission. Ce qui fut fait mi-février. Il restait au Parlement à l'entériner. Cette démission était attendue par de très nombreux Ukrainiens, y compris au sein du parti présidentiel, le Bloc Porochenko.

Dimanche encore, cent à deux cents personnes ont manifesté devant l'administration présidentielle pour réclamer son départ. Il y a quelques jours, Geoffrey Piatt, l'ambassadeur des Etats-Unis s'était aussi permis d'interférer dans les affaires ukrainiennes, en twittant : "Nous voulons voir le parquet général mener la lutte contre la corruption au lieu de saboter ouvertement et agressivement les réformes".

Plusieurs médias ukrainiens ont aussi affirmé que son limogeage était la condition à l'octroi d'un prêt d'un million de dollars par les Etats-Unis. Le vice -président américain Joe Biden l'avait aussi demandé.

Une fonction très politisée

L'exigence d'une vaste réforme judiciaire et d'une lutte décidée contre la corruption étaient au cœur des revendications de la "Révolution du Maïdan".

Nommé par le président, le procureur général a un rôle très important. Chef du parquet, il lance les grandes enquêtes ou peut les freiner. Cette fonction est très politisée en Ukraine, et Chokine était le troisième homme à occuper la place depuis février 2014. Il est assisté par un collège de vice-procureurs.

Et la magistrature ukrainienne est divisée, avec des allures de panier de crabes. Le mois dernier, le vice-procureur général Vitali Kasko a démissionné, dénonçant le règne de l'arbitraire et de l'illégal, et attribuant à Viktor Chokine l'impossibilité d'installer un parquet moderne, à l'occidentale.

Quelques heures avant le vote du Parlement, le procureur général a limogé le vice-procureur général et procureur d'Odessa, Davit Sakvarelidze en l'accusant de "faute éthique". En effet, la semaine dernière, celui-ci avait manifesté contre son chef.

Une page se tourne, mais se pose la question de la succession de Chokine : des accusations d'obstruction visent aussi deux successeurs potentiels, notamment dans des enquêtes pour corruption visant un député et les anciens patrons de la Compagnie nationale de gaz et et de pétrole Naftogaz.    

En attendant le nouveau gouvernement

La désignation d'un nouveau Premier ministre est aussi imminente. Le 3 février, le ministre de l'Economie Aivaras Abromavicius a démissionné pour protester contre les freins aux réformes. Quelques jours plus tard, le Premier ministre Arséni Iatséniouk a échappé de justesse à une motion de défiance. Et trois partis ont quitté le gouvernement. Le chef de l’État était en conflit ouvert avec son Premier ministre. Parmi plusieurs candidats, c'est le speaker du Parlement qui est présenté comme le dernier favori en date. Il appartient au bloc Petro Porochenko.

Ces deux changements, à la tête du pouvoir judiciaire et du pouvoir judiciaire vont-ils remettre en route le processus des réformes? C'est ce que veulent de nombreux Ukrainiens, mécontents à la fois face à des réformes impopulaires, mais fâchés aussi de voir persister les anciennes mœurs de corruption. Le tout dans le contexte éprouvant du conflit dans l'Est du pays, et à travers lui avec la Russie.

Prêts internationaux en suspens

La crise politique qui mine le pouvoir ukrainien depuis des semaines ralentit le cours des réformes structurelles exigées en échange des prêts occidentaux. Or l'Ukraine ne peut pas vivre sans cet argent. La nomination d'un nouveau procureur général et d'un nouveau Premier ministre devraient permettre de débloquer de nouvelles tranches des crédits promis par le Fonds monétaire international.

Jusqu'ici l'Ukraine a pu accéder à près de 7 milliards de dollars, sur une enveloppe totale de 17,5 milliards promise par le FMI.

Avec les circonstances aggravantes du conflit militaire (gelé par les accords de Minsk) dans le Donbass, l'Ukraine et ses 44 millions d'habitants sont soumis à un feu d'exigences réformatrices qui évoquent à la fois la sortie du communisme dans les années 90 et les méthodes utilisées avec la Grèce. 

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