Spirou (se) fait le Mur

Les éditions Dupuis publient un nouveau volet des aventures de Spirou et Fantasio à l’occasion du 30ème anniversaire de la chute du Mur de Berlin. Dans ce nouvel opus, Spirou part à la recherche du comte de Champignac à Berlin-Est, quelques mois avant la chute du Mur en novembre 1989. Dupuis a laissé carte blanche au dessinateur Flix, connu en Allemagne notamment pour ses dessins dans la Frankurter Allgemeine Zeitung.

Flix avait 13 ans quand le Mur est tombé. Il se souvient qu’il s’agissait presque d’un événement "comme un autre" dans sa famille et ce n’est que bien plus tard, lorsqu’il s’installera à Berlin, qu’il se rendra compte que sa mère était originaire de la partie Est de la ville. Sa famille avait dû quitter Berlin parce qu’elle aidait les Allemands de l’Est à rejoindre l’Ouest. C’est dire si ce projet de Spirou à Berlin lui tenait à cœur.

En grand lecteur de BD, Flix a aimé associer le personnage de Spirou l’humaniste à cette époque de l’histoire allemande où tout était possible. Le tout à travers une histoire drôle et folle où l’on retrouve Spirou, Fantasio, Zantafio, Spip et l’incomparable comte de Champignac.

Des symboles forts dans la BD Spirou à Berlin 

Africa Gordillo a  interviewé l’historien et sociologue Guillaume Mouralis, chercheur au CNRS et membre du Centre Marc Bloch à Berlin à Propos de Spirou à Berlin. Guillaume Mouralis coordonne le projet scientifique et théâtral " Utopia ‘89 " sur la grande manifestation du 4 novembre 1989 à Berlin-Est. Le projet articule conférence (" La rue est la tribune du peuple ", Berlin, 29-31 octobre), exposition et pièce de théâtre (" Utopia ’89 / nous sommes le peuple "). Cette pièce, écrite et mise en scène par Frédéric Barriera, se joue jusqu’au 9 novembre au théâtre de l’Epée de Bois à Paris, puis à Berlin du 22 au 24 novembre au Theaterhaus Mitte et les 6 et 9 décembre au Pfefferberg Theater.

Africa Gordillo - Dans Spirou à Berlin, Flix a choisi la porte de Brandebourg et la tour de la télévision comme symboles de la ville. Un choix judicieux ?

Guillaume Mouralis – "Oui c’est un choix judicieux car il s’agit de deux lieux très importants pour les événements de l’automne et de l’hiver 1989. Ils montrent deux facettes différentes de ce moment historique. La tour de la télévision tout d’abord jouxte Alexanderplatz, là où des milliers de Berlinois de l’Est ont manifesté le 4 novembre 1989 (ils étaient près de 500.000). Cette manifestation succédait à des rassemblements du même genre dans d’autres villes Est-allemandes comme Leipzig, Dresde, etc. Ce qui est intéressant, c’est que les manifestants ne revendiquaient pas la réunification allemande. Leur volonté était de démocratiser les institutions en RDA tout en conservant les structures du socialisme. Ces manifestants-là voulaient démocratiser leur pays; pas unir leur destin avec l’Allemagne de l’Ouest. Ces manifestations, y compris celle du 4 novembre à Berlin, étaient inédites et historiques. Lors du grand meeting qui suivit la manifestation, la comédienne Marion van der Kamp a annoncé fièrement : " La rue est la tribune du peuple partout où ce peuple est exclu des autres tribunes. " On pouvait lire sur les banderoles que portaient les manifestants : " élections libres " ou encore " le mur au musée ". La parole s’est libérée.

La Porte de Brandebourg revêt elle une autre signification. Elle était située juste devant le tracé du Mur et elle symbolise l’ouverture du Mur, le passage d’un côté à l’autre de la frontière. Elle est devenue le symbole de l’Allemagne réunifiée".

A ce moment-là, entre le 4 novembre (manifestation Alexanderplatz) et le 9 novembre (chute du Mur), le champ des possibles était donc multiple ?
"Oui principalement deux évolutions possibles. La première, c’était une RDA socialiste qui continuerait à exister avec des propriétés collectives, le plein emploi et…l’antifascisme qui caractérisait les intellectuels Est-allemands. La seconde évolution possible, c’était bien sûr la chute du Mur et l’ouverture à l’Ouest qu’elle symbolise ; une réunification future qui se ferait au profit de l’Ouest. Avec le recul en effet, on peut dire que la réunification n’a
pas été l’unification de deux Etats indépendants mais bien l’extension des structures de l’ancienne Allemagne de l’Ouest à toute l’Allemagne et donc à l’Est."

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