Refoulement de migrants en mer Egée : le directeur de Frontex se défend devant le Parlement européen

L’agence européenne de surveillance des frontières Frontex refoule-t-elle illégalement des migrants en mer ? Le directeur de l’agence, le Français Fabrice Leggeri, a rejeté ces accusations devant le Parlement européen. Il a démenti les informations rapportées par plusieurs médias et ONG selon lesquelles des navires européens repoussent des embarcations de réfugiés tentant de franchir la mer entre la Turquie et la Grèce.

Des témoignages et des images documentent plusieurs incidents qui ont mis en danger la vie des passagers des embarcations et les ont empêchés de déposer une demande d’asile. Au moins six événements de ce genre ont été rapportés depuis le mois d’avril. Dans un cas, en juin, une vidéo montre un navire roumain de Frontex bloquant un bateau de réfugiés. Dans une autre scène filmée, un navire de garde-côtes frôle à grande vitesse un bateau pneumatique de réfugiés avant de quitter les lieux. Selon le magazine allemand Der Spiegel, "les responsables de Frontex sont conscients des pratiques illégales des gardes-frontières grecs – et sont en partie impliqués dans les refoulements eux-mêmes".

Le directeur de Frontex s’est expliqué ce mardi devant la commission Justice du Parlement européen et a repoussé ces accusations. Tout comme le gouvernement grec, Fabrice Leggeri a démenti avoir pratiqué de tels refoulements. "Sur base des rapports publiés, nous n’avons pas trouvé de preuve qu’il y a eu de participation active directe ou indirecte du personnel Frontex ou d’agents déployés par Frontex dans des refoulements, assure Fabrice Leggeri. Nous avons pu déterminer la date et confirmer que durant les jours visés, les vaisseaux roumain et portugais étaient effectivement déployés. Mais il n’y a pas de preuve qu’ils ont été impliqués dans des activités de refoulement."

Frontex pointe la responsabilité des Etats membres

Fabrice Leggeri a expliqué que le commandement opérationnel des vaisseaux reste du ressort des Etats membres qui les ont déployés, et de la Grèce en particulier. Il a précisé que ces vaisseaux peuvent appréhender des navires suspects de trafic ou leur demander de modifier leur parcours s’ils approchent les eaux européennes.

Si un incident sérieux est soupçonné, Frontex demande un rapport à l’Etat concerné. "Je n’ai le pouvoir de contredire les affirmations d’un Etat membre", a répondu le directeur de Frontex aux députés qui lui demandaient si cela était suffisant.

Menace hybride de la Turquie

Plusieurs eurodéputés se sont étonnés de ne pas obtenir une liste complète des incidents qui ont pu poser des problèmes de respects des droits des migrants. Le président de la commission Justice, le socialiste espagnol Juan Fernando López Aguilar a rappelé que Frontex est l’agence européenne qui bénéficie du budget le plus important. L’agence dispose de plus de 600 agents en Grèce, des bateaux, des drones et des avions.

Le directeur de l’agence a expliqué que les tensions frontalières entre la Grèce et la Turquie rendent la surveillance de la zone particulièrement compliquée. Il a rapporté un incident, les 18 et 19 avril, durant lequel des migrants se sont retrouvés entourés à la fois de vaisseaux turcs et grecs. Frontex a pu suivre l’incident en direct grâce à des images aériennes. Pour Fabrice Leggeri, il est clair que dans ce cas, les migrants étaient victimes du conflit frontalier entre les deux pays. Il a rappelé que la Grèce dit être la cible d’une menace hybride de la part de la Turquie.

Demande de commission d’enquête et de démission

Ces explications n’ont pas vraiment convaincu plusieurs groupes politiques européens. Pour l’élue libérale néerlandaise Sophie In ‘t veld, le comportement turc n’absout pas Frontex de sa responsabilité. Sa compatriote verte Tineke Strik a accusé Frontex d’être "complice du crime" et s’est demandé si le Parlement européen ne devait pas mettre sur pied une commission d’enquête.

L’Espagnole de gauche Sira Rego a même demandé la démission de Fabrice Reggi. Sa collègue suédoise Malin Björk a remarqué que "la seule partie du spectre politique qui se félicite des actions de Frontex à ce jour, c’est l’extrême droite. Cela se passe de commentaire."

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Fabrice Leggeri, patron de Frontex, assure que son agence ne refoule pas les migrants en mer Egée. © Janek SKARZYNSKI / AFP
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