Putsch manqué il y a 25 ans: "Plus de la moitié des Russes regrettent l'Union soviétique"

L'armée soviétique dans les rues de Moscou le 19 août 1991
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L'armée soviétique dans les rues de Moscou le 19 août 1991 - © ALEXANDER NEMENOV - AFP

Le 19 août 1991, un groupe de putschistes dirigé par les tenants d'une ligne dure au sein du Parti communiste soviétique faisait entrer les chars dans Moscou. Ces putschistes, dirigés par le vice-président soviétique Guennadi Ianaïev, le chef du KGB Vladimir Krioutchkov et le ministre de la Défense Dmitri Iazov, assuraient que le dirigeant soviétique Mikhaïl Gorbatchev, alors en vacances en Crimée, était "incapable d'assumer ses fonctions pour raisons de santé" et proclamaient l'état d'urgence.

L’objectif de ce putsch était de mettre un terme à la Perestroïka et la Glasnost initiées par Gorbatchev pour réformer et libéraliser l'URSS, mais qui menaçaient l'emprise du Parti communiste et avaient mené l'Union soviétique au bord de l'effondrement.

Mais ce que les putschistes n'avaient pas prévu, c'est l'immense soutien dont bénéficiait Boris Eltsine, président de la Russie alors soviétique, et les milliers de Moscovites qui répondraient à son appel à défendre ces réformes. Les putschistes firent une série d'erreurs fatales, échouant à convaincre des officiers clés à les rallier et ne parvenant pas à faire taire Eltsine dont une photo, debout sur un tank où il galvanise la foule, fera le tour du monde.

Trois manifestants sont tués lors de heurts avec des soldats mais le 21 août, il était devenu clair que le coup d’État avait échoué. L'échec du putsch porte le dernier coup à 70 ans de communisme et scelle le sort de l'Union soviétique.

Boris Eltsine, devenu le véritable maître du pouvoir, interdit le Parti Communiste, écarte Mikhaïl Gorbatchev et signe un accord avec les dirigeants de l'Ukraine et du Belarus soviétiques qui dissout de facto l'URSS. Par la suite, les républiques qui constituaient l’URSS proclament leur indépendance. Le 25 décembre 1991, Mikhaïl Gorbatchev démissionne: l'Union soviétique cesse officiellement d'exister.

Grande incertitude

Aude Merlin, chercheuse à l'ULB et spécialiste de la Russie, alors étudiante, était à Moscou à l’époque de ces événements. Le système autoritaire avec un parti unique de l’Union soviétique faisait régner l’ordre et les lendemains étaient très prévisibles, alors que la Perestroika ("restructuration") et les premières réformes économiques menées par Mikhaïl Gorbatchev faisaient régner une grande incertitude sur l’avenir du pays.

Dans un récent sondage du centre indépendant Levada, seuls 16% des Russes affirment qu'ils s'opposeraient aujourd'hui à un putsch qui viserait à rétablir l'URSS. Mais le coup d’État manqué est "de moins en moins saillant dans la mémoire des gens. Dans le même temps, plus de la moitié des Russes regrettent l’Union soviétique et en éprouvent une forme de nostalgie pour le système de cette époque".

Boîte à outils de mobilisation

Comment expliquer la popularité de Vladimir Poutine en Russie aujourd’hui ? "Le pouvoir actuel et le président russe ont à leur disposition une ‘boîte à outils’ de mobilisation de la population qui fonctionne. Alors que l’économie va de moins en moins bien, le budget russe a dû être réduit de 10%, avec des effets sur les salaires des fonctionnaires, sur le pouvoir d’achat, dans le même temps le pouvoir a offert une ‘rétribution symbolique’ à sa population avec l’annexion de la Crimée et avec un discours très patriotique, très revanchard, très anti-occidental et très anti-européen. Tout cela fonctionne et les jeunes portent des T-shirts à l’effigie de Vladimir Poutine. Une machine médiatique travaille et formate une partie des cerveaux" conclut Aude Merlin.

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