Présidentielle française, le choix des politiques belges

Elections françaises, pour qui voteraient nos politiques?
Elections françaises, pour qui voteraient nos politiques? - © JOEL SAGET - AFP

Situation confuse, voire chaotique, la course à la présidence française tient en haleine jusqu'en Belgique. Mais au fond que pensent nos élus de cette présidentielle? Pour qui voteraient les ténors des grands partis, côté francophone ?  Et peut-on vraiment comparer les situations ?

Deux candidats favoris

Côté francophone, il y a ceux pour qui le choix est assez clair. Pour Paul Magnette (PS),  le Ministre-président wallon, c’est tout vu : il voterait pour Benoît Hamon, le candidat sorti vainqueur des primaires de la gauche. "Benoît Hamon incarne une gauche moderne qui a ramené des thèmes qui ont ré-ouvert le débat politique. Il est parvenu à re-passionner la jeunesse, à retravailler sur des thèmes comme l’écologie qui sont des thèmes aujourd’hui extrêmement importants pour la gauche". Pour Paul Magnette,  Benoît Hamon a pour lui la légitimité que lui a conféré la primaire. "Il a été choisit par les électeurs de gauche, ce n'est pas le cas de Jean-Luc Mélenchon". Paul Magnette qui reconnaît que la gauche est divisée en France. "Mais avec Hamon, c'est une Gauche qui ose être de gauche". Quant au candidat d'En Marche, Emmanuel Macron : "un phénomène médiatique pour le moment".

Chez les Verts, si Zakia Khattabi (Ecolo) préfère parler d’un choix sur base d’un projet plutôt que sur une personne, c’est finalement sur Benoît Hamon que son choix se porterait. Et pour cause, le candidat Ecologiste Yannick Jadot a finalement choisi de se retirer de la course à la présidence pour se rallier à Benoît Hamon. "Le projet que je soutiendrai, c’est le projet qui fera entrer la France dans le 21ième siècle. C’est-à-dire la France des énergies renouvelables, la France des nouvelles solidarités du 21ième siècle. Il faut qu’on repense la sécurité sociale, l’allocation universelle... Ce projet-là, force est de constater qu’il est porté par Benoît Hamon".

Côté cdH, le choix pour le moment n’est pas vraiment arrêté. Pour le président des Centristes,  Benoît Lutgen, la situation est encore très mouvante, il n’a pas encore fait de choix définitif. Mais, il y a quand même un candidat qui pourrait le séduire, c’est Emmanuel Macron. Le leader d’En Marche caracole dans les sondages, il est même donné à l'arrivée du premier tour avec Marine Le Pen. Si Benoît Lutgen n’oublie pas qu’Emmanuel Macron porte une part de l'héritage de François Hollande, "il y a des candidats qui nous paraissent intéressants de par leur programme ou leur projet. Monsieur Macron, certainement. Mais il faudra voir si le centre et la droite propose un autre candidat. J’aurais espéré évidement qu'Alain Juppé soit candidat, j’aurais voté sans hésité pour lui".

Du côté du MR, pas de favori officiel, mais le candidat anti-système,  Emmanuel Macron séduit. Pour le député fédéral Richard Miller (MR), le programme d’Emmanuel Macron aurait des accents libéraux qui sonneraient agréablement à ses oreilles. "Nous sommes beaucoup plus sensibles, beaucoup plus attirés par la programme de Monsieur Macron. Nous y retrouvons les accents de libéralisme social que notre propre projet politique veut concrétiser". Les réformateurs qui disent aussi ne pas du tout se reconnaître dans le candidat Fillon. "Il porte un programme beaucoup trop conservateur. Dans les débats sur la famille, nous avons soutenus les progressistes".

Le député européen Guy Verhofstdat (Open-VLD) lui n’en fait aucun mystère. Pour le grand Bleu, il n’y en a qu’un, c’est Macron. Pour le chef de file du groupe de l'Alliance des démocrates et des libéraux (ADLE) au Parlement européen, "le projet européen d'Emmanuel Macron, tel qu'il ressort de son discours de Berlin, ne peut que me séduire : on le croirait sorti de mes propres écrits". Et surtout Emmanuel Macron ne semble pas vouer l’Europe à la casse, comme le réclament d’autres candidats à la présidentielle française.

Comparaison n'est pas raison

Bref, de ce côté-ci de la frontière, les choix sont encore loin d'être définitifs pour tous le monde. Mais à cela, il y aurait aussi des raisons plus objectives. Les systèmes politiques sont très différents entre la France et la Belgique. Déjà, en Belgique, comme le rappellent les spécialistes, la vie politique est organisée autour de deux espaces publics, le francophone et le néerlandophone. Ensuite, les régimes électoraux et institutionnels sont très différents. Avec un scrutin à la proportionnelle, la Belgique connait une moindre polarisation de la vie politique puisque les partis sont d’une manière ou d’une autre obligés de trouver des compromis s’ils veulent gouverner ensemble.

"Bien entendu, comme dans tous les pays, il y a en France une gauche, une droite, un centre. Et une partie des idées de la gauche française correspond d’ailleurs aux idées de notre gauche, idem pour la droite, le centre-gauche ou le centre-droit. Mais en France, outre un système électoral différent,  il y aussi une idéologie des partis qui est aussi très différente", explique john Pitsey, chargé de recherche au Crisp. "En Belgique, on trouve à droite de l’échiquier politique le MR ou encore la N-VA qui plaident pour un programme socio-économique de sensibilité libérale. En France, le libéralisme est pratiquement absent comme courant politique. Le parti Les Républicains relève plus d’un mouvement populaire, d’une droite plutôt conservatrice qui agrège plusieurs chapelles".

Impact en Belgique

Alors si Belgique et France ont des équivalences mais ne sont pas en tous points pareils,  tous les ténors politiques belges sont unanimes : la présidentielle française aura inévitablement un impact en Belgique. Il y a d’abord un indéniable effet miroir. Dans cette folle course à la présidentielle, la France nous renvoie une image pas forcément flatteuse :  l’image de ces " affaires" qui gangrènent chaque jour un peu plus la crédibilité de la classe politique. La France qui démontre aussi qu’un certain climat " détestable " essaime dans toute l’Europe, qu’à vouloir se maintenir à tous prix dans la course à la présidence, François Fillon fait la preuve que la tentation populiste existe bel et bien partout, que ce n’est plus une spécialité d’Outre-Atlantique. Pour certains ténors de chez nous, en n’en pas douter, la présidentielle française va déteindre et laissera une trace profonde, même en dehors de l’Hexagone.

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