Présidentielle autrichienne: les votes par correspondance vont faire la différence

Suspense en Autriche : 14% des électeurs ont voté par correspondance
Suspense en Autriche : 14% des électeurs ont voté par correspondance - © JOE KLAMAR - AFP

Les deux candidats à la présidentielle autrichienne, Norbert Höfer pour l'extrême droite et l'écologiste Alexander Van der Bellen, sont au coude-à-coude selon les projections des instituts de sondage.

Les résultats préliminaires donnent le candidat de l'extrême droite légèrement en tête, mais avec une marge tellement étroite que le nom du vainqueur ne sera connu que ce lundi avec le dépouillement des bulletins de vote par correspondance.

Depuis Vienne, Jérôme Segal, spécialiste français de l’extrême droite autrichienne n’est pas étonné par ce coude-à-coude. "On pensait bien que le résultat allait être serré. Ce qui est un petit peu étonnant, c’est que Höfer, le candidat de l’extrême droite, ne l’emporte pas tout de suite. Il faut effectivement attendre ce soir, parce que 14% des Autrichiens ont voté par correspondance."

L’exemple français

En revanche, l’Autriche est clairement coupée en deux : "Si l’on se souvient, par exemple, de ce qu’il s’est passé en France lorsque Jacques Chirac et Jean-Marie Le Pen s’affrontaient au deuxième tour, on avait 82% des Français qui s’affirmaient contre le Front National. Ici, on est dans du 50-50".

"Il y a plusieurs raisons à cela. D’abord, il faut savoir qu’il n’y a pas du tout de front républicain, de cordon sanitaire contre le FPÖ, le parti d’extrême droite. Le FPÖ est déjà très établi dans le paysage politique autrichien puisqu’il est déjà à la tête en coalition de deux des neuf provinces du pays."

Le risque de dissoudre le parlement

Faut-il être inquiet d'une victoire éventuelle du FPÖ à cette présidentielle ? Pour ce spécialiste de l’Autrichele président qui sera élu a un pouvoir moins symbolique qu’il y paraît.

"Jusqu’à présent, le président est assez peu intervenu, car il était de la même couleur politique que le Chancelier. Là, quoiqu'il arrive, les choses seront très différentes, parce qu’on aura soit un écologiste, soit un président d’extrême droite, et le président a la possibilité de destituer le gouvernement et également de dissoudre le parlement. Donc, on peut supposer, et Monsieur Höfer l’a déjà annoncé, que, si la politique menée par le gouvernement ne lui convient pas, il dissoudrait le parlement."

Le désaveu de la grande coalition

Depuis Vienne, Jérôme Segal explique cette poussée de fièvre d’extrême droite par un désaveu de la grande coalition au pouvoir en Autriche depuis sept ans : "Depuis 8 ans, le SPÖ, les socio-démocrates, et les conservateurs sont au pouvoir d’une grande coalition et c’est un peu le modèle que l’Autriche a toujours connu dans la seconde république, depuis 1945. C’est très rare qu’ils aient eu autre chose que la grande coalition".

Seule exception : de 2000 à 2006, l’extrême droite avait occupé le pouvoir avec les conservateurs. Ce qui avait donné lieu à des sanctions au niveau européen.

Les Autrichiens sont face à plusieurs problèmes. Et notamment le chômage, et la politique migratoire et d’accueil.

La personnalité de Norbert Höfer

Norbert Höfer, lui-même, est un extrémiste, mais il n’est pas du tout apparu comme tel dans cette campagne. "Il s’est plutôt présenté comme le gendre idéal, pas un mot plus haut que l’autre. Encore vendredi dernier, en commençant le dernier meeting électoral, il a souhaité la bienvenue à tous les étrangers présents qui étaient devenus Autrichiens pour dire qu’eux ils étaient bien intégrés."

"Lorsqu’on regarde par le passé, ses écrits, les décisions qu’il a prises au sein du parti, il représente l’aile dure du FPÖ, mais il a su vraiment se profiler. Il est très jeune. Il a 45 ans. Il a un métier – il est ingénieur – que les gens comprennent bien et il a joué beaucoup là-dessus pour séduire son électorat."

Le nom du nouveau président sera normalement connu avant mardi. En général, les votes par correspondance sont plutôt défavorables à l’extrême droite. Mais rien n’est acquis pour personne. Les projections fournies au ministère de l’Intérieur comme dans les grands médias prennent en compte ce petit biais qui fait que les votes par correspondance sont à gauche pour donner du 50-50. Donc, le suspense est entier.

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