Pierre Moscovici, commissaire européen: " L'Europe n'est pas de droite "

Pierre Moscovici, commissaire européen : " L’Europe n’est pas de droite "
Pierre Moscovici, commissaire européen : " L’Europe n’est pas de droite " - © EMMANUEL DUNAND - AFP

Commissaire européen, ancien ministre socialiste du président français François Hollande, Pierre Moscovici est ce samedi 3 mars l’invité du Grand Oral RTBF-Le Soir sur La Première. Auteur du livre " Dans ce clair-obscur surgissent les monstres ", paru aux éditions Plon, il dresse le bilan à mi- étape de l’actuelle Commission, et aussi le sien. Il s’exprime aussi sur l’avenir de la gauche en France et en Europe.

Le livre de Pierre Moscovici est une réflexion de l’auteur sur l’expérience du pouvoir, à Paris et à Bruxelles. Il explique : "La floraison des populismes montre que l’on vit une période politique incroyable, où les vieux schémas politiques sont bousculés. Avec une nouvelle donne qui apparaît, sous la forme d’un populisme dur, d’un président baroque comme Donald Trump, ou d’un jeune président européen, ce que j’appelle un populisme de velours ou civilisé ou séduisant. Tout cela dans une époque qui tremble, où les monstres sont là : l’antisémitisme, le racisme, le fanatisme, l’intolérance, la montée de inégalités qui créent des révoltes, la menace du terrorisme".

L’ami François Hollande

Ancien directeur de la campagne de François Hollande, Pierre Moscovici estime qu’on traite l’ancien président avec un mépris qu’il ne mérite pas. "Pendant sa présidence, le bilan n’a pas été déshonorant. L’économie a pris un tournant dont aujourd’hui Emmanuel Macron bénéficie. Mais sa façon de gouverner le pays n’a pas convaincu. La gouvernance sous lui était un joyeux désordre", raconte l’ancien ministre.

Pierre Moscovici poursuit : "Il n’a pas su construire et faire passer un récit aux Français. François Hollande ne les a jamais pris par la main pour leur dire : voilà, la situation est compliquée, on va faire des efforts et puis après il y aura la distribution !"

Et l’échec du président sortant ? "Imaginer le président de la 5ème puissance du monde qui met en jeu son titre contre deux secrétaires d’Etat de son gouvernement, voire son premier ministre, c’était une absurdité qui montrait que cet homme politique tellement doué, tellement sympathique, n’avait plus confiance en lui".

Moscovici, l’homme utile ?

Ce livre traduit-il une volonté de son auteur d’incarner le leadership d’une nouvelle gauche revisitée ? Pierre Moscovici répond : "Je pourrais incarner ce leadership, je peux y participer. Mais je suis dépourvu peut-être de la mégalomanie absolue et de l’absence de scrupules que certains nourrissent. Je ne suis pas Laurent Wauquiez (NDLR : le président des Républicains). Je n’ai pas ce tempérament prédateur ni obsessionnel. Je connais mes qualités et mes limites …/… Mon expérience, j’ai l’immodestie de penser qu’elle peut être utile, à l’Europe, à mon pays et à ma famille politique. Mais je ne suis pas l’homme providentiel, je n’ai pas cette idée-là. Si je peux être un homme utile ou l’homme utile, je n’hésiterais pas. Je prendrais mes responsabilités mais je ne le ferais pas par carriérisme".

L’avenir de la gauche

Avant toute chose, pour son auteur, ce livre est une contribution au travail de refondation intellectuelle de la gauche : "Réfléchir à ce qui s’est passé et penser l’avenir". "En France, ma famille est presque détruite et extrêmement souffrante en Europe", constate-t-il avec regrets. "Et pourtant, on a besoin d’une social-démocratie européenne. Il faut en redéfinir le socle : ne laissons pas l’Europe au centre et à la droite. L’Europe n’est pas de droite. Je voudrais qu’on soit capable de relever à gauche le drapeau de l’Europe. Nous devons être des gens constructifs, réformistes, pro-Européens, ne pas être dans les postures".

Et Pierre Moscovici d’ajouter à propos de la gauche : "Portons nos valeurs. Ne laissons pas la gauche aux nationalistes. La social-démocratie nouvelle doit être vraiment de gauche. Avoir à cœur ce qui fait la gauche, c’est-à-dire : la lutte contre les inégalités. Il faut que la gauche soit vraiment à gauche. Je ne voudrais pas que les Français pensent que le seul homme de gauche, c’est Jean-Luc Mélenchon. Ce n’est pas vrai ! Il est d’une gauche irréaliste et anti européenne".

Un nouveau monde ?

Avec l’élection d’Emmanuel Macron, un nouveau monde s’est-il substitué à l’ancien ?  L’auteur répond : "C’est un homme politique qui a un talent incroyable. Il a un sens du politique qu’il ne faut pas sous-estimer. Il a eu une intuition très juste. C’est un social-libéral. Quelqu’un qui croit beaucoup à l’émancipation par l’individu. Et quelqu’un qui a eu une chance incroyable aussi. Mais la chance fait partie de l’histoire".

Emmanuel Macron, un nouveau monstre ? "L’expérience Macron peut se terminer par un nouvel espoir français. Une réélection, un pays qui va mieux… Mais ça peut être aussi une politique qui ne rassemble pas assez les Français et qui se termine par une victoire des populistes de droite. Et une France un peu rance", avertit Pierre Moscovici qui propose, pour contrer ce président jupitérien, l’instauration en France d’un système à la proportionnelle. "Une dose très large pour contraindre à avoir des gouvernements de coalition", précise-t-il.

Bilan européen

L’arrivée d’Emmanuel Macron augure-telle un moment européen ? "La fenêtre d’opportunité, c’est entre maintenant et le mois de juin. Il faut travailler de façon intensive pour réformer la zone euro. J’en appelle au triangle d’or : Paris, Berlin, Bruxelles. Nous avons besoin de plus de démocratie. Je plaide pour un ministre des finances de la zone euro, pour que le parlement européen contrôle cela, pour un budget de la zone euro pour mener des politiques d’investissement et de stabilisation. Il faut encore avancer sur la lutte contre la fraude fiscale. Taxer enfin les géants du Net. Voilà quelques-unes des idées que l’on peut mettre en avant", précise le commissaire.

Il conclut : "Cette commission, j’espère qu’elle va rester jusqu’au bout, du bon côté de l’histoire".

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