Pas de vote de l'UE sur le glyphosate, la question reste en suspens

Pas de vote de l'UE sur le glyphosate, la question reste en suspens
Pas de vote de l'UE sur le glyphosate, la question reste en suspens - © JOHN THYS - AFP

Le comité technique chargé de se prononcer sur le renouvellement pour l'UE de l'autorisation du glysphosate, un herbicide controversé, a dû ajourner son vote attendu jeudi car aucune majorité qualifiée ne s'est dégagée parmi les Etats membres, a annoncé la Commission européenne.

"Puisqu'il était clair qu'aucune majorité qualifiée ne serait atteinte, le vote n'a pas été engagé", a expliqué un porte-parole dans un bref communiqué, ajoutant que la Commission allait désormais prendre le temps de la réflexion pour analyser les discussions qui se sont tenues mercredi et jeudi à Bruxelles.

Mais l'échéancee approche: l'homologation du glyphosate court jusqu'à la fin du premier semestre, soit le 30 juin.

"Si aucune décision n'est prise avant le 30 juin, le glyphosate ne sera plus autorisé dans l'UE et les Etats membres devront retirer les autorisations de tous les produits à base de glyphosate", a prévenu la Commission.

La substance est l'herbicide le plus utilisé en Europe, et son homologation est défendue par le principal syndicat agricole européen.

C'est la deuxième fois que le comité technique ne parvient pas jusqu'au vote sur ce dossier très sensible après un précédent report au mois de mars.

Selon une source européenne, plusieurs pays membres n'ont pas encore donné de position claire sur le sujet.

D'autres en revanche, comme la France ou le Luxembourg, ont affiché publiquement leur opposition au renouvellement de l'autorisation du glyphosate.

"Le report du vote est finalement une bonne nouvelle. C'est le signe que certains pays, et pas des moindres, relaient au plus haut niveau de décision les préoccupations exprimées par les citoyens et les députés européens vis à vis du glyphosate, une substance hautement toxique que l'on retrouve dans l'air, l'eau et le corps humain", a commenté l'eurodéputée belge Frédérique Ries (MR/ADLE).

"Ce report doit être mis à profit par tous les États membres pour bien évaluer les tenants et aboutissants de ce dossier de réévaluation, et faire la lumière sur de possibles conflits d'intérêts entre experts et industriels à l'origine de la controverse scientifique. C'est aussi une occasion en or pour l'UE de repenser son modèle agricole, de réduire durablement l'usage des pesticides, pour mieux protéger l'environnement et la santé des européens", a-t-elle ajouté.

"C'est une non-décision qui fait naître l'espoir ! ", estime pour sa part l'eurodéputé Marc Tarabella (PS/S&D). "Beaucoup de gouvernements commencent à hésiter et n'osent plus se prononcer avec autant de franchise en faveur du glyphosate de Monsanto. La pression des citoyens, de certains élus nationaux et européens mais aussi de scientifiques indépendants est en train de faire pencher la balance dans le bon sens, au grand dam de certains lobbies ultra-puissants. La guerre n'est pas gagnée, mais l'épisode d'aujourd'hui peut être assimilé à une bataille remportée. Il faut donc continuer le combat."

Willy Borsus continue de défendre un renouvellement et tacle Carlo Di Antonio

La Belgique aurait approuvé le renouvellement de la licence de l'herbicide controversé glyphosate si le vote n'avait pas été reporté ce jeudi, a indiqué le cabinet du ministre fédéral de l'Agriculture Willy Borsus, qui tacle au passage le ministre wallon de l'Environnement Carlo Di Antonio, partisan quant à lui de mesures restrictives.

Le comité technique chargé de se prononcer sur le renouvellement pour l'UE de l'autorisation du glysphosate - le principe actif du célèbre herbicide "Roundup" de la multinationale Monsanto - a dû ajourner son vote attendu jeudi car aucune majorité qualifiée ne s'est dégagée parmi les Etats membres.

La Belgique figure parmi les 19 pays de l'UE qui se sont prononcés en faveur d'un renouvellement sous conditions, mais ce dernier dépend encore de l'attitude qu'adopteront les Etats membres représentant une forte population, comme l'Allemagne, tandis deux pays ont voté contre (France et Luxembourg).

Alors que l'Organisation mondiale de la Santé (OMS) avait pointé du doigt un risque cancérigène du glyphosate, elle a fait marche arrière lundi en mettant hors de cause l'herbicide. L'Organisation des Nations unies pour l'alimentation et l'agriculture (FAO) est du même avis.

"Nous fondons notre jugement sur des avis scientifiques, d'une façon rigoureuse et analytique, mais nous n'hésiterions pas à interdire le glyphosate s'il y avait le moindre doute", fait-on valoir au cabinet du ministre Borsus (MR). C'est ce qui explique l'interdiction du mélange du glyphosate avec un co-formulant, la "tallow amine" (adjuvants à base d'amines grasses de suif, ndlr).

Au passage, le ministre fédéral tacle le ministre wallon de l'Environnement Carlo Di Antonio (cdH). Ce dernier n'a certes pas le pouvoir d'interdire le glyphosate mais, au nom du principe de précaution et dans l'attente d'études définitives, a annoncé son intention d'en "compliquer l'usage" en Région wallonne, en limitant l'utilisation de tout produit phytosanitaire, et notamment du glyphosate, à proximité de nappes d'eau et de noyaux d'habitats.

Or le site de la Région wallonne, note Willy Borsus, continue de conseiller le Roundup pour lutter contre les plantes invasives. C'est le cas notamment d'une notice pour lutter contre les renouées asiatiques.

En outre, dans le cadre de l'autorisation nationale de produits contenant le glyphosate sur le marche belge, "le fédéral voulait retirer l'usage du glyphosate sur les plans d'eau, mais les Régions ont demandé de maintenir cet usage pour lutter contre les plantes invasives aquatiques", ajoute M. Borsus. A ses yeux, "les techniques de traitement proposées sont encore, semble-t-il, utilisées par la Direction des Cours d'eau non navigables dans certaines situations".

Di Antonio se ferait "un plaisir d'interdire" le glyphosate

Le ministre wallon de l'Environnement Carlo Di Antonio (cdH) se ferait un plaisir d'interdire le glyphosate dès que possible, comme d'ailleurs certains hauts responsables du MR semble le vouloir, a-t-il répondu au ministre wallon de l'Agriculture.

M. Borsus avait relevé la présence sur le site biodiversité de la Région wallonne de notices encourageant le recours au Roundup. Ce site ne relève pas du ministre Di Antonio mais de son collègue qui gère la biodiversité (le ministre wallon de la Nature et de... l'Agriculture, René Collin, ndlr). "On s'adaptera au changement, et je me ferai un plaisir de le faire" dès que la réglementation européenne aura changé, a répondu M. Di Antonio, alors que Willy Borsus défend le prolongement de l'autorisation du glyphosate.

Actuellement, ce produit comme d'autres du même type peut être utilisé dans les espaces publics jusqu'en 2019. Carlo Di Antonio a présenté au gouvernement un projet pour anticiper cette date d'un an, en négociation avec les communes. Une interdiction plus générale existe déjà depuis plus d'un an pour toutes les surfaces imperméables reliées à un réseau de collecte des eaux pluviales. "Si M. Borsus veut jouer à ce jeu, je note qu'au MR, la ministre fédérale Marie-Christine Marghem a reconnu dernièrement dans une émission télévisée que le glyphosate était un herbicide cancérigène à interdire, et que la députée européenne Frédérique Ries s'est réjouie aujourd'hui du report du vote", en qualifiant le glyphosate de "substance hautement toxique".

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