Notre-Dame de Paris rendue au culte en 2024 : un chantier guidé par l’émotion ?

Notre-Dame de Paris sera-t-elle rendue au culte en 2024 comme le promet l’Etablissement public chargé de sa reconstruction ? Deux ans après l’incendie de la cathédrale, les autorités françaises promettent de tenir le délai mais l’ampleur du chantier et les surprises qu’il pourrait encore livrer ne peuvent balayer le doute.

Emmanuel Macron de retour à Notre-Dame

La nuit du 15 au 16 avril a fait date en France, celle qui vit s’élever les flammes au-dessus de Notre-Dame de Paris et réduisit notamment en cendres la toiture, la charpente et la célèbre flèche néogothique de Viollet-le-Duc. Deux ans plus tard, jour pour jour, couvert d’un casque de protection blanc, le président français Emmanuel Macron s’est rendu sur le site historique de l’île de la Cité et s’est fait expliquer les travaux sur un plancher installé au-dessus de la voûte endommagée du bâtiment. Il retournait sur les lieux pour la première fois depuis l’incendie.

Il aura fallu deux ans pour quasiment sécuriser l’édifice religieux dans des conditions d’une rare complexité. Les 400 tonnes de plomb de la toiture avaient fondu et la charpente en bois du XVIIIe siècle avait été réduite en cendres ; l’eau nécessaire pour éteindre le feu et les cendres s’était déversée à l’intérieur provoquant d’importants dommages… sans compter sur le trou béant laissé par les flammes ou sur la hauteur de la cathédrale avec une flèche culminant à 96 mètres de hauteur et les deux tours de la façade occidentale à 69 mètres.

Désormais, Notre-Dame de Paris ne risque plus de s’effondrer même si les ouvriers s’activent encore près des voûtes. Les ouvriers doublent les voûtes avec des cintres en bois, comme s’ils construisaient un parapluie sous le trou béant provoqué par la chute de la flèche sur la croisée du transept, avec l’objectif de protéger la cathédrale des intempéries pendant toute la durée des travaux. Cette vieille Dame dont la construction avait débuté en 1163 ressemble désormais à une "cathédrale d’acier" avec son échafaudage.

Un retour au culte en 2024

Les 40.000 pièces du précédent échafaudage calciné ont été évacuées et la consolidation de l’édifice va se poursuivre jusqu’à l’été, avant le début de la phase de reconstruction proprement dite. Il s’agit principalement de la reconstruction de la flèche dans la croisée du transept, celle de la charpente ainsi que la réparation des dégâts liés à la fonte du plomb de la gigantesque toiture. Les travaux s’effectueront par phase et débuteront par la préparation de la reconstruction de la flèche qui devrait s’achever en 2024, date arrêtée pour que Notre-Dame soit rendue au culte.

Une reconstruction à l’identique

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Le projet de Vincent Callebaut pour la reconstruction de Notre-Dame de Paris © Vincent Callebaut, architecte

Peu après l’incendie, de nombreux architectes avaient soumis leur vision d’une cathédrale renaissant de ses cendres, notamment le Belge Vincent Callebaut. Mais le projet polémique de faire entrer la cathédrale dans la modernité a été abandonné. Le 9 juillet 2020, la commission nationale française du patrimoine et de l’architecture a voté à l’unanimité en faveur "de la restitution de la flèche dessinée par Viollet-le-Duc et le respect des matériaux d’origine pour la charpente et la couverture". Autrement dit, la cathédrale sera reconstruite à l’identique, avec du chêne et du plomb.


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Notre-Dame, bientôt une "copie conforme"

De manière générale, les architectes se réfèrent à la charte de Venise, autrement dit à la Charte internationale sur la conservation et la restauration des monuments et des sites de 1964. Ce traité précise le cadre international en matière de préservation et de restauration des objets et des bâtiments anciens.

Pour l’architecte belge Francis Metzger, notamment connu pour la restauration de l’église Notre-Dame de Laeken, Saint-Servais à Schaerbeek ou la villa Empain à Ixelles : "Si l’on s’appuie sur la Charte de Venise, les charpentes devraient être contemporaines, comme ce fut le cas avec la nouvelle charpente en acier de la cathédrale de Chartres. Mais l’émotion a été telle avec Notre-Dame de Paris que l’on ne s’est pas réellement permis de s’interroger et une construction 'à l’identique' a été rapidement décidée", poursuit Francis Metzger. "Il s’agit d’un consensus rassurant. On pense que si c’est authentique, c’est forcément meilleur. Sauf qu’ici, ce n’est pas authentique. C’est une copie conforme et on n’est pas dans la vraie authenticité."

1000 chênes centenaires pour la charpente

Avec cette construction à l’identique, une fois de plus, la mobilisation est importante pour Notre-Dame de Paris. Après les 830 millions de dons, de nombreux Français -mais pas seulement- veulent envoyer des chênes centenaires nécessaires à la reconstruction de la charpente que l’on appelait "la forêt" en raison du nombre de poutres ; chaque poutre venant d’un chêne différent. Des propositions émanent aussi du Brésil ou du Canada.

Mille chênes seront nécessaires pour la reconstruction de cette nouvelle "forêt" de 100 mètres de longueur. La moitié des arbres identifiés seront issus de la forêt privée, l’autre moitié des forêts domaniales et communales. Sur le site de l’Office national des forêts, on peut lire que la France "dispose d’une ressource en chêne unique au monde, estimée à plus de 615 millions de m3. Les mille chênes identifiés pour le projet de restauration de la cathédrale représentent 0,1% de la récolte annuelle de bois de chêne français destiné à être utilisé dans la construction ou l’ameublement." Les défenseurs du patrimoine environnemental apprécieront.

Pour l’architecte belge Francis Metzger, "C’est étrange d’abattre autant d’arbres. Je ne peux pas vous dire ce que j’aurais fait mais, ce qui est certain, c’est que j’aurais mis en place une méthodologie et j’en aurais tiré ma philosophie de travail."

Nous sommes des bâtisseurs mais nous sommes aussi des citoyens. Ce temps de réflexion là n’a pas été pris pour la reconstruction de Notre-Dame parce que ça doit aller vite.

Objectif 2024

L’objectif est bien de rendre la cathédrale au culte en 2024 même si d’autres chantiers seront programmés ensuite. Ils seront encore nombreux passé cette première échéance, à l’intérieur mais aussi à l’extérieur. Un appel aux projets a par ailleurs été lancé pour le parvis et les abords de la cathédrale. L’idée est de redonner vie à l’île de la Cité en y faisant revenir non seulement les touristes mais aussi les Parisiens. Les travaux devraient démarrer fin 2024.

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