Municipales en France : 105 jours après le premier tour, c'est le retour au vote

Nous voici à Strabourg, ville charmante à un jet de pierre du Rhin, symbole de la réconciliation franco-allemande et qui revendique farouchement son statut international et européen. C’est aussi la première ville de France qui a accordé au tramway la place qui lui revient, limitant drastiquement la place de la voiture dans le centre urbain, un concept qui a largement inspiré d’autres villes depuis, telles Bordeaux ou Montpellier. Bref, une ville où les questions d’environnement et de mobilité ont depuis longtemps droit de cité.

Un premier tour qui crée la sensation

Le 15 mars dernier, les Strasbourgeois, comme tous les Français sont convoqués aux urnes. Pour les élections les plus insolites de la Ve République : le taux de participation le plus bas de l’histoire pour des municipales qui, d’habitude, suscitent l’intérêt des Français, très attachés à la personne du maire. Mais à la mi-mars, l’inquiétude grandit en même temps que les chiffres de l’épidémie. Les restaurants ont fermé la veille, le confinement complet se prépare et pourtant… Les élections sont maintenues. Dans ce contexte, et malgré les précautions sanitaires instaurées dans les bureaux de vote, beaucoup de citoyens préfèrent rester chez eux. C’est la première leçon de ces élections pas comme les autres.

Le second enseignement c’est la marée verte dans les grandes villes de France. Jamais les écologistes n’avaient réussi de tels résultats. Jusqu’ici ils contrôlaient seulement la mairie de Grenoble qu’ils sont d’ailleurs à deux doigts de remporter dès le premier tour, mais voilà qu’ils jouent la victoire dans plusieurs grandes villes : à Lille, à Bordeaux, à Lyon ou à Strasbourg, le prochain maire pourrait être vert. L’écologie s’installe dans le paysage politique de l’Hexagone.

Le second tour ressemblera-t-il au premier ?

Ce dimanche 28 juin, c’est donc le second tour des municipales. Plus de cent jours après le premier ! La faute au covid-19 qui a bouleversé notre vie pendant plusieurs mois. Et les observateurs s’interrogent : les Français voteront-ils au second tour comme au premier ? Autant de temps après, ils ont eu le temps de changer d’avis. Et l’épidémie que nous venons de vivre a peut-être modifié les priorités. La question sanitaire inquiète sans doute davantage aujourd’hui que les problèmes liés aux problèmes environnementaux. Et pour ceux qui ont perdu leur emploi ou qui risquent de le perdre, l’urgence économique passe sans doute avant l’urgence climatique. Bref, le contexte de cette fin juin semble moins favorable à "Europe écologie les Verts" qu’à la mi-mars. Et les adversaires des Verts l’ont parfaitement compris.

Unis contre le " péril vert "

A Bordeaux, à Lyon, à Strasbourg, on assiste au même phénomène : le parti d’Emmanuel Macron fait alliance avec le candidat de droite. Ainsi rassemblés, ils dépeignent leurs adversaires écologiques comme de dangereux idéologues prêts à sacrifier l’indispensable reprise économique sur les exigences environnementales. Ce discours contre le péril vert obéit aux mêmes ressorts, les plus anciens s’en souviendront, que celui contre le péril rouge de 1981 : Mitterrand président amènera des communistes au gouvernement, la France sera dirigée par Moscou et l’économie de marché s’effondrera… Il n’est pas sûr que l’argument fonctionne. Par contre, il est vrai que la crise sanitaire et ses conséquences économiques changent la donne par rapport à mars dernier. Mais ces tendances générales s’ancrent dans les réalités particulières de chaque municipalité.

 

Strasbourg ou O.K. Corral ?

Dans la capitale alsacienne, la bataille électorale a des allures de règlements de compte dignes de westerns légendaires. En tête au premier tour, la candidate écologiste Jeanne Barseghian espère l’emporter. Mais elle n’est pas parvenue à nouer un accord avec la candidate socialiste, l’expérimentée Catherine Trautmann, maire de la ville dans les années’90. Par contre, le candidat de la République en Marche, l’ex-socialiste Alain Fontanel, a surpris tout le monde en faisant alliance avec le candidat de droite, son rival de toujours. Un vrai coup de poker menteur puisque l’accord, soigneusement dissimulé, a été annoncé une heure avant le dépôt des listes. Coup de maître ou coup tordu ? On saura dimanche soir, en fonction des résultats, comment les électeurs l’ont considéré. Tout comme on saura si, cent jours après le second tour, les Français se rendront en nombre aux urnes ou si, en ce début d’été, s’ils ont déjà la tête ailleurs.