Migration : l’UE veut en finir avec le réglement de Dublin, pilier de l’asile pointé du doigt

La présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen a proposé ce mercredi d’abolir le règlement de Dublin, clé de voûte de la politique d’asile dans l’UE qui cristallise les tensions, au profit d’un système basé notamment sur plus de "solidarité" entre les 27.

Ce règlement confie le traitement de la demande d’asile au premier pays de l’UE dans lequel le migrant est arrivé, ce que des Etats comme la Grèce, l’Italie ou Malte, jugent inégalitaire en raison de leur situation géographique qui les place en première ligne.

Réformer la politique migratoire

L’exécutif européen doit présenter le 23 septembre sa proposition de réforme de la politique migratoire, très attendue et plusieurs fois repoussée. Le débat sur le manque de solidarité entre pays européens a été relancé par l’incendie du camp de Moria sur l’île grecque de Lesbos, qui a laissé des milliers de migrants sans abri.

"Je peux annoncer que nous allons abolir le règlement de Dublin et le remplacer par un nouveau système européen de gouvernance de la migration", a déclaré Ursula von der Leyen au Parlement européen, où elle a prononcé dans la matinée son premier discours sur l’état de l’Union européenne.

"Il y aura des structures communes pour l’asile et le retour. Et il y aura un nouveau mécanisme fort de solidarité", a poursuivi l’Allemande, qui a fait de cette réforme l’une des priorités de son mandat.


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Cette annonce suscite toutefois de nombreuses questions sur la solution envisagée : la dirigeante n’est pas entrée dans les détails de ce "nouveau Pacte européen sur la migration et l’asile", qui seront dévoilés mercredi prochain.

Cinq ans après la crise migratoire de 2015, l’UE est attendue au tournant, les tentatives précédentes de réformer le système ayant échoué.

Or les 27, qui devront endosser la proposition de la Commission, sont divisés sur cette question ultra-sensible.

Agir dans l’unité

"Les images du camp de Moria nous rappellent douloureusement que l’Europe doit agir dans l’unité", a exhorté Ursula von der Leyen. "Nous devons intensifier nos efforts en la matière et prendre nos responsabilités".

En réponse à la Grèce, qui souhaite une implication plus active de l’UE dans la gestion du centre qui remplacera celui de Moria, elle a confirmé que la Commission travaillait à "un projet pilote mené conjointement avec les autorités grecques, pour installer un nouveau camp sur l’île de Lesbos".

La migration constitue un défi européen et c’est l’ensemble de l’Europe qui doit faire sa part

"Nous pouvons apporter notre aide dans le cadre des procédures d’asile et de retour et améliorer sensiblement les conditions de vie des réfugiés", a-t-elle dit.

Mais "nous attendons de tous les États membres qu’ils intensifient eux aussi leurs efforts", a insisté Ursula von der Leyen. "La migration constitue un défi européen et c’est l’ensemble de l’Europe qui doit faire sa part".

Ces dernières années, les tentatives de "relocalisation" des demandeurs d’asile dans l’UE se sont heurtées au refus notamment des pays du groupe de Visegrad (Hongrie, Pologne, République tchèque, Slovaquie).

Pour le directeur des programmes Europe à l’association Res Publica toutefois, la "racine même" du règlement de Dublin a vocation à subsister : s’assurer qu’un seul Etat membre est responsable d’une demande d’asile, étant donné la liberté de circulation au sein de l’espace Schengen.

"La grande question est quels vont être les critères pour déterminer les Etats qui seront responsables de l’examen d’une demande d’asile ?", interroge Yves Pascouau.

La politique des "hotspots" pointée du doigt

L’ONG Human Rights Watch a quant à elle appelé l’UE à "complètement reconsidérer sa politique de + hotspots + sur les îles grecques et mettre un terme aux pratiques qui conduisent au confinement de milliers de demandeurs d’asile dans des installations inadaptées".

Dans l’immédiat en ce qui concerne Moria, une dizaine de pays européens ont accepté d’accueillir quelque 400 enfants et adolescents non accompagnés qui se trouvaient dans le camp sinistré.

L’Allemagne, qui exerce la présidence semestrielle de l’UE, a annoncé qu’elle prendrait, outre quelque 150 mineurs non accompagnés, plus de 1500 personnes, des familles essentiellement. La chancelière Angela Merkel a déploré à cette occasion une absence de solution européenne concertée pour accueillir davantage de réfugiés.

Dans le cadre du "pacte migratoire", Ursula von der Leyen a aussi promis "des mesures pour lutter contre les passeurs, renforcer les frontières extérieures, approfondir les partenariats extérieurs et pour créer des voies légales d’accès".
 

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