Manger des vers ? L’autorité européenne de sécurité des aliments dit oui

"Mange tes vers, c’est plein de protéines !"

Bien sûr, il faut un peu d’audace pour faire entrer le ver dans son assiette. Pour se détacher du stoemp rassurant, chercher les protéines dans ce qui grouille plutôt que dans ce qui meugle. Mais que les hésitants se rassurent : côté santé, c’est tout bon. Validé cette semaine par l’Autorité européenne de sécurité des aliments.

Un avis qui permettra de commercialiser plus franchement la "Tenebrio molitor larva", la larve du ténébrion, plus familièrement appelée "le ver de farine".

En Belgique, déjà dans l’assiette

En Afrique, en Asie, en Amérique latine, les insectes sont au menu depuis bien longtemps.

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Des insectes, dont des sauterelles, sur un marché de Vientiane, au Laos, l’une des nombreuses régions du monde où les insectes et leurs protéines font partie du menu. © AFP – HOANG DINH Nam

En Belgique, cela fait une dizaine d’années que certains se sont invités dans nos assiettes avec l’autorisation du SPF Santé publique et l’acceptation de l’AFSCA, l’Agence Fédérale pour la Sécurité de la Chaine Alimentaire.

Une vingtaine de producteurs se sont lancés dans l’aventure, convaincus que les insectes font les aliments idéaux du futur, grillés, bouillis, séchés, fumés ou en farines pour en faire des biscuits ou des barres énergétiques. Ils avancent que leurs produits sont une bonne source de fibres et de vitamines mais aussi de protéines indispensables, en production locale et à moindre pollution.

Bons pour le corps, bons pour la planète. Et bons pour la papille ? Dans leur grande entreprise pour convaincre, faire connaître et goûter, ces producteurs sont jusqu’ici confrontés à une double limitation.

Impossible d’exporter leurs produits dans les Etats de l’Union européenne, majoritaires, qui ne reconnaissent pas les insectes comme des aliments, voire qui les interdisent. Et difficile de convaincre les grandes enseignes de commercialiser leurs produits tant qu’une incertitude juridique n’est pas levée : depuis 2018, une nouvelle réglementation de l’Union sur les "nouveaux aliments" impose une autorisation européenne pour commercialiser les insectes, alors qu’ils sont déjà autorisés et vendus en Belgique.

L’avis de l’Autorité européenne de sécurité des Aliments, l’EFSA, cette semaine, ouvre la porte à cette autorisation européenne et donc à une commercialisation et une exportation plus large.

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En Suisse, ici à Genève, la grande chaîne de supermarchés Coop propose déjà dans ses rayons des burgers de vers de farine. © FABRICE COFFRINI – AFP – BelgaImages

Vers un feu vert européen

Le ver à farine est le tout premier insecte à faire l’objet d’un avis de l’EFSA, positif en l’occurrence. L’EFSA a conclu que les larves du ténébrion pouvaient être consommées sans danger, soit sous forme d’insecte entier séché, soit sous forme de poudre.

Riche en fibre et en protéines, "leur consommation ne présente aucun inconvénient sur le plan nutritionnel", ont souligné les experts européens qui ont analysé les propriétés nutritionnelles de l’insecte. Mais des recherches supplémentaires devront être menées sur d’éventuelles réactions allergiques. Des personnes allergiques aux crustacés ou aux acariens pouvant faire une réaction à la consommation de certains insectes.

Le ver à farine est l’insecte pionnier de cette procédure de reconnaissance, mais une nuée d’autres pourraient le suivre : des dossiers ont d’ores et déjà été soumis à l’EFSA pour le grillon et la sauterelle.

Ce premier avis scientifique doit à présent être converti en autorisation européenne de mise sur le marché : un feu vert définitif envisageable dans le courant de cette année 2021.

Mais les producteurs n’attendent pas pour saluer l’avancée : l’IPIFF, le syndicat professionnel européen des producteurs d’insectes, a qualifié l’avis scientifique de l’EFSA, de "grand pas en avant", "encourageant" pour quiconque rêve de commercialiser de petites bêtes à grande échelle, celle du marché unique européen.

"Vous reprendrez bien un peu de larves avant le potage ?" Ou avant la paella, la moussaka ou la goulash, c’est selon.

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