Pays-Bas: les premiers déplacés climatiques sont à Nimègue

Pays-Bas: Nimègue se prépare aux conséquences du réchauffement climatique
Pays-Bas: Nimègue se prépare aux conséquences du réchauffement climatique - © RTBF

Les Pays-Bas se préparent activement aux conséquences du réchauffement climatique. La ville de Nimègue a, par exemple, très récemment terminé un vaste chantier pour élargir le cours d'eau qui traverse son centre-ville. Elle veut ainsi éviter de possibles inondations à cause de la fonte des neiges en Allemagne et en Autriche. Un chantier qui a nécessité l'expropriation de quelques habitations. On peut donc parler, aux Pays-Bas, des premiers déplacés climatiques.

Nimègue est la plus ancienne ville des Pays-Bas mais aussi une des villes qui a subi les plus graves inondations du pays. Ce ne sont pas les eaux de la mer qui l'envahissent, mais bien celles du Waal dont le Rhin tout proche est l'un des affluents. La ville a été marquée par de terribles inondations en 1993 et 1995. 200 000 Néerlandais ont été évacués car plusieurs digues menaçaient de céder. 

Après ces catastrophes, le gouvernement néerlandais a donc établi un plan pour contrer la montée des eaux intérieures et à Nimègue, cela passait obligatoirement par l'élargissement du fleuve. Mathieu Schouten, responsable du développement territorial de Nimègue explique: "Le fleuve est très étroit à cette hauteur. Plus loin, le Waal est par contre beaucoup plus large. Il y a une sorte de goulot d'étranglement dans le fleuve. Il fallait donc élargir le fleuve. Cela donne plus d'espace pour le lit du fleuve."

Détruire 50 maisons

360 millions d'euros ont été investis pour repousser la digue de 350 mètres. L'espace dégagé a été creusé sur quatre kilomètres et demi de longueur pour laisser de la place au fleuve en cas de forte crue. Car, avec le réchauffement du climat, ces montées des eaux risquent d'être de plus en plus fréquentes dans la région. Harriët Tiemens, échevine en charge du Climat à Nimègue explique: "Cela a un rapport direct avec la problématique du réchauffement climatique. On va recevoir beaucoup plus d'eau ici à l'intérieur des Pays-Bas. Nous sommes situés dans un delta. Nous devons donc nous préparer à un niveau d'eau plus élevé."

Cet élargissement du fleuve ne s'est pas fait sans heurts car, pour faire plus de place pour l'eau, il fallait détruire 50 maisons et donc déplacer des habitants. C'est le cas d'un couple de Néerlandais que nous avons rencontrés.  Ils ont acheté une fermette 30 ans plus tôt.  Ils ont appris il y a une dizaine d'années qu'ils devaient quitter leur maison: "Nous habitions dans notre maison depuis plus de 30 ans et nous ne comptions jamais la quitter. Nous voulions continuer à l'habiter. C'était notre intention mais pas celle des autorités. Quand on a appris qu'on devait partir, on était choqué."

Le réchauffement climatique, tout le monde connaît. C'est une problématique mondiale. Mais c'est très dur quand on est soi-même la victime.

Après quelques années de bataille juridique, ils ont obtenu un dédommagement qui leur a permis de reconstruire une maison à 50 mètres de leur ancienne habitation. Mais ils ne s'attendaient pas un jour à être les victimes directes du réchauffement climatique. "Le réchauffement climatique, tout le monde connaît.  C'est une problématique mondiale. Mais c'est très dur quand on est soi-même la victime. Vous savez que quelque chose peut arriver, mais c'est très différent quand ça vous concerne directement.  Vous vous dites alors: que va-t-on faire maintenant? "

Depuis la fin des travaux en mars dernier, l'île créée artificiellement est même devenue un lieu très touristique. Un journal néerlandais l'a même rebaptisé "la Costa del Sol des Pays-Bas" en raison de son sable fin et de ses eaux calmes. Les habitants de la ville sont même plutôt fiers des aménagements effectués.  "Les gens viennent se promener, y faire du vélo. C'est un endroit très joli. Il y a des nouvelles habitations", dit une habitante.  "Une inondation coûterait bien plus cher que ces investissements. Une inondation, c'est une catastrophe", ajoute un autre habitant.  

Jusqu'à présent, cet élargissement ne s'est pas encore avéré nécessaire pour empêcher un débordement du lit principal du fleuve.  Mais selon les calculs des ingénieurs, il est capable d'éviter des inondations même en cas de crue millénaire.

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