Le sud de l'Italie de plus en plus pauvre

C’est un signe qui ne trompe pas : les Italiens fuient de plus en plus le sud du pays, le Mezzogiorno. Selon le rapport annuel de la Svimez, l’Association pour le développement de l’industrie dans le Mezzogiorno, depuis 2002, deux millions d’Italiens sont partis vers le nord du pays, mais aussi vers d’autres pays étrangers. Le phénomène s’est accentué ces dernières années avec de plus en plus de jeunes diplômés qui s’exilent.

La crise socio-économique est grave dans les régions du Sud : "Le Sud est entré dans une récession économique (-0,2% en 2019, NDLR), le nord du pays garde une croissance faible, mais pour le Sud, la situation sociale est très précaire" résume Luca Tomini, chercheur et politologue à l’ULB, à la lecture du rapport.

Des causes profondes

Selon le chercheur, les causes de cette situation sont profondes : "Criminalité, corruption, inefficacité de l’administration publique, absence de l’État et manque de lutte contre la criminalité organisée. Ce sont toujours les mêmes facteurs qui bloquent le Sud. On assiste à un déclin depuis 30 ans qui, après la crise de 2008, s’est encore plus aggravé. Aujourd’hui la situation empire encore à cause d’un manque de vision stratégique de l’État. La situation économique du Sud n’est même pas à l’ordre du jour dans l’agenda politique."

Les différents gouvernements ont progressivement abandonné cette partie du pays en diminuant les investissements publics, au fil des années : ils sont de 280 euros par personne dans le Centre et le Nord, contre seulement 102 euros dans le Sud, selon les chiffres de la Svimez.

L’Europe, de son côté, a débloqué des fonds (20 milliards d’euros pour le budget de 2014-2020). Mais jusqu’à présent, à peine 20% de l’argent a été concrètement investi. Le rapport pointe les causes de cette paupérisation : "L’incapacité de l’administration centrale et régionale d’utiliser pleinement des ressources disponibles qui pourraient stimuler fortement la croissance dans le Sud".


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Le revenu de citoyenneté : une solution ?

Une exception à ce tableau noir : l’introduction du revenu de citoyenneté est évaluée de manière positive par le rapport. Il s’agit d’un premier effort, une première tentative d’aborder les problèmes du sud : 845.000 familles se trouvaient dans une situation de pauvreté absolue en 2017. En 2018, ce chiffre a diminué – 822.000 familles – grâce au revenu de citoyenneté. "Mais ça n’a pas d’effets sur le taux de chômage et sur l’occupation des jeunes. Or, il y a un an le revenu citoyen a été introduit comme solution pour le chômage. Et ça ne marche pas. Le rapport dit clairement qu’il n’y a pas cet effet."

Les promesses de Conte

Cette semaine, le Premier ministre Giuseppe Conte a promis "un grand plan pour le sud" pour la fin de cette année. "Avec les contraintes budgétaires italiennes, je ne sais pas comment ils vont faire. Le budget sera bouclé dans les semaines qui suivent. Le risque, c’est qu’au-delà des paroles, on ne voit pas grand-chose en termes d’investissements stratégiques dans le sud de l’Italie", indique le politologue.

La situation s’aggrave de mois en mois dans le Sud et l’actualité le montre : ce lundi, Arcelor Mittal a annoncé qu’il résiliait son offre de rachat de l’aciérie italienne Ilva dans les Pouilles à cause d’un manque de protection juridique concernant la pollution du site. Arcelor va donc commencer à fermer les hauts fourneaux dans 30 jours. L’aciérie emploie 8000 personnes directement, et plusieurs milliers d’autres en sous-traitance, dans une région fortement frappée par le chômage et qui risque de souffrir plus encore dans les mois qui suivent.

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