Le gouvernement Conte suspendu au vote du Sénat italien, un coup politique risqué de Matteo Renzi

Après avoir obtenu la confiance de la chambre basse du Parlement lundi, le président du conseil italien – autrement dit le Premier ministre-, Giuseppe Conte espère faire coup double et obtenir la majorité au Sénat, la chambre haute du Parlement de Rome. Les 321 sénateurs sont appelés à voter ce soir la confiance au gouvernement.

Si les 18 élus du parti Italia Viva suivent leur chef de file Matteo Renzi, le gouvernement italien ne pourra pas s’appuyer sur une majorité… Sauf s’il arrive à rallier d’autres voix, un scénario rendu possible notamment par le président Sergio Matarella.

 

C’est un euphémisme de dire que l’heure est grave en Italie alors que la péninsule est plongée dans une crise sociale, économique et sanitaire sans précédent depuis la Deuxième guerre mondiale. La relance économique italienne est d’ailleurs au centre du malaise politique profond que traverse le pays.

L’ancien président du conseil des ministres Matteo Renzi (2014-2016) et actuel chef du jeune parti Italia Viva reproche notamment à Conte l’utilisation faite des quelque 223 milliards issus du vaste plan de relance européen dont l’Italie est la principale bénéficiaire (le plan européen s’élève lui à 750 milliards d’euros).

Matteo Renzi accuse le gouvernement de s’aligner sur le Mouvement 5 Etoiles et de dilapider l’argent public. Il réclame par ailleurs plus de poids au sein du gouvernement ; le parti Italia Viva y disposait de 2 ministres et d’un secrétaire d’Etat.

Matteo Renzi joue un nouveau coup politique…

En claquant la porte de la coalition gouvernementale qui allie le M5* et la gauche et en mettant l’avenir du gouvernement dans les mains des élus, Matteo Renzi joue un coup politique risqué. Mais les paris risqués, le Toscan les connaît bien pour en avoir lancé quelques-uns avec une fortune inégale.

On se souviendra de la création d’Italia Viva en septembre 2019. Renzi se détache alors du Parti Démocrate avec lequel il s’était présenté aux législatives dix-huit mois plus tôt. A l’époque, il décide de soutenir le gouvernement Conte. Mais Renzi n’a pas gagné à tous les coups : en 2016 il avait voulu transformer le référendum sur la constitution en plébiscite sur sa personne et ce fut un échec.

Selon Giulia Sandri, professeure à l’Université Catholique de Lille et collaboratrice scientifique au CEVIPOL à l’ULB, Matteo Renzi a une nouvelle fois sorti le grand jeu parce que l’avenir de son parti est incertain : "Si Matteo Renzi a réussi à maintenir la petite formation à 3 ou 4% des intentions de vote, il a besoin de visibilité s’il veut se démarquer du parti démocrate et survivre. Et le chef de file d’Italia Viva était bien conscient du moment politique qui s’offrait à lui, alors que le gouvernement devait décider à quoi serviraient les 223 milliards d’euros du plan de relance (222,9 milliards pour être précise). A cela s’ajoute que Matteo Renzi veut montrer que son parti constitue un poids politique au Parlement alors que se profile l’élection du prochain président de la république en 2022".

…risqué

Coup politique donc mais… risqué. Si la manœuvre étonne à moitié, le contexte laisse en effet perplexes beaucoup d’observateurs politiques voire la presse et la population italiennes elles-mêmes. Comme le rappelle justement Giulia Sandri, "152 mille Italiens sont morts pendant la deuxième guerre mondiale. Le Covid en a déjà tué plus de 80 mille". Autrement dit, l’Italie peut-elle se payer le luxe d’une nouvelle crise politique en plein marasme économique, social et sanitaire.

Le président de la République est d’ailleurs très irrité par la manœuvre de Renzi : Sergio Matarella a mis la pression sur les élus italiens pour qu’ils votent la confiance au gouvernement Conte. "Il n’est d’ailleurs pas le seul, ajoute Giulia Sandri, puisque certains sénateurs à vie, voire des personnalités comme Romano Prodi ont aussi plaidé la cause du vote de confiance". 

Un travail en coulisse qui permettrait à Conte d’avoir une majorité au Sénat selon nos dernières informations. Si tel est le cas, le gouvernement n’en sortira pas moins fragilisé. Il se dit que Conte remaniera son gouvernement pour le 30 janvier. Le nouvel exécutif devrait logiquement comprendre des membres issus des formations dont le vote aura été décisif pour obtenir la confiance.

Le président du conseil italien s'exprimera devant le Sénat à 17h. Le vote des Sénateurs est attendu à 20 heures.

Extrait du JT du 26/01/2021

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