Le Brexit en Ecosse, c'est avant tout beaucoup d'incertitudes.

Protégée d'un côté par la mer et de l'autre par ces imposantes collines formées depuis environ 340 millions d'années que sont le "siège d'Arthur", les "falaises de Salisbury", et bien sûr "Castle Rock" sur laquelle se dresse fièrement le château d'Edimbourg, la capitale écossaise n'en est pas moins plongée en pleine incertitude.

A Edimbourg comme partout ailleurs dans le Royaume-Uni, l'heure du Brexit n'a pas encore sonné. Mais la situation en Ecosse est un peu différente: lors du referendum sur le Brexit il y a deux ans, la population s'était majoritairement (à 62%) prononcée en faveur du maintien dans l'Union européenne. Le sujet est donc hautement sensible, au point que de nombreux interlocuteurs préfèrent s'abstenir de répondre à une interview, qu'il s'agisse de commerçants, de dirigeants d'une grande entreprise ou encore de responsable de la Chambre de commerce d'Edimbourg.

Le Brexit ? Non merci... Un peu comme s'il s'agissait de revoter !

En parcourant les multiples allées du marché de Noël qui vient de s'ouvrir en contrebas du château, les langues se délient un peu et nous rencontrons tout de même plusieurs Ecossais qui nous font part de leur embarras face à ce qu'ils considèrent comme une grand saut vers l'inconnu. Pour l'instant, en tout cas, ils disent n'avoir pas encore ressenti les effets de ce Brexit. Responsable de l'approvisionnement dans une société locale, Steven nous dit craindre une hausse des prix ou une possible pénurie de certains produits mais il précise que jusque là, rien de tout cela n'est encore arrivé.

Croisé avec son épouse au retour de leur promenade au bord de la mer, Allan, retraité, nous parle quant à lui d'une crainte plus précise, celle des accords commerciaux avec la Chine, l'Inde ou les Etats-Unis, qui feront en sorte que les normes écossaises deviennent moins exigeantes. "Nous importerons du boeuf américain nourri aux hormones" dit-il, sous le regard un peu triste de son épouse qui ajoute n'avoir pas tant de craintes pour eux-mêmes que pour les jeunes générations.

Un autre point d’interrogation concerne ceux que l’on nomme les "expats", comme l'est Odile De Brabanter, une jeune belge engagée depuis deux ans par une société de consultance britannique. Odile se plaît à Edimbourg, elle ne cache pas son souhait de pouvoir y rester, mais rien n'est encore très clair par rapport aux conditions dans lesquelles vont se trouver ces très nombreux expatriés.

Que ce soit à Edimbourg, Aberdeen ou Glasgow, les 235 mille travailleurs venus de l’Union européenne représentent 5% de la population écossaise. Et les autorités écossaises sont bien conscientes de leur importance pour l'économie du pays, mais ce dossier, comme d'autres liés au Brexit, est entouré d'un épais nuage d'incertitudes

Vers un nouveau referendum sur l'indépendance de l'Ecosse ?

Tout aussi complexe et nébuleuse est la question d'un nouveau referendum qui permettrait à l'Ecosse de quitter le Royaume-Uni. Au SNP, le parti nationaliste qui compte deux fois plus de députés au parlement écossais que les conservateurs arrivés en deuxième position aux dernières élections et dont est issue Nicola Sturgeon, l'actuelle première ministre écossaise, on cultive encore le rêve d’une Ecosse indépendante, qui pourrait alors rejoindre l’Union européenne. Selon Joan Mc Alpine, députée SNP au parlement d'Ecosse et notamment chargée des Affaires européennes, "l'Ecosse est déjà en conformité avec les plus hautes normes, et elle a démontré être une nation fortement pro européenne. Donc si dans le futur, l’Ecosse vote pour devenir indépendante, je n’ai aucun doute, nous reviendrions dans l’Union européenne". 

Cette éventualité d’un nouveau referendum sur l’indépendance de l’Ecosse est un indiscutable effet collatéral du Brexit. Mais c’est aussi et surtout un thème très sensible. Certains nous ont avoué que leur cœur d’Ecossais pourrait éventuellement le souhaiter, mais que la raison leur interdirait toujours de faire flotter, au sommet du château d’Edimbourg, le drapeau écossais plutôt que l’Union Jack, celui du Royaume-Uni.

 

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