La stratégie de Boris Johnson: hold-up anti démocratique ou coup de poker ?

Après la décision fracassante de Boris Johnson de mettre hors session le Parlement britannique à partir de la mi-septembre, les réactions outrées pleuvent outre-Manche. Pour le président de la Chambre des communes, John Bercow, "c’est un affront à la Constitution". Dans un tweet, la porte-parole de l’opposition travailliste pour les Affaires intérieures, Diane Abott parle de "coup d’Etat contre le Parlement. Contre les électeurs, et contre leurs représentants politiques."

La décision du Premier ministre britannique est-elle anticonstitutionnelle ? "Cela se discute" répond Amandine Crespy, chercheuse au CEVIPOL, le Centre d’études européennes de l’ULB. "La particularité du Royaume-Uni c’est qu’il n’a pas de Constitution écrite. Il y a déjà un recours émis par une députée écossaise contre cette décision de Boris Johnson, donc c’est ouvert à interprétation. D’un point de vue politique, c’est un manœuvre très forte qui vise à la reprise en main du système parlementaire britannique par l’exécutif, et d’imposer le point de vue de Boris Johnson sur le Brexit, à savoir une sortie dès le 31 octobre, sans accord s’il le faut."

Boris Johnson, un petit dictateur ?

"S’il y a une rébellion du Parlement, et un vote de défiance des députés contre le gouvernement, poursuit la chercheuse, il y aura de nouvelles élections, ce qui permettrait à Boris Johnson d’éventuellement consolider sa majorité, parce qu’actuellement, sa majorité tient à un petit siège. Dans le contexte actuel autour du Brexit, la décision du Premier ministre est une manœuvre politique pour passer en force (et obtenir le Brexit). Il profite du fait que le Parlement s’était lui-même affaibli puisqu’il a rejeté par trois fois l’accord négocié par Theresa May. Ce Parlement n’avait lui-même pas de ligne claire sur le Brexit. Boris Johnson essaie de profiter de cette faiblesse du Parlement pour prendre la main. Dans le modèle britannique, où le Parlement est au centre du système politique, cette façon qu’a le pouvoir exécutif de prendre le pouvoir sur le législatif, cela provoque forcément des réactions !"

"Ce que l’on pressent", analyse Amandine Crespy, "c’est qu’avec une sortie potentielle du Royaume uni de l’Union européenne le 31 octobre, et une rentrée du Parlement qui se ferait maintenant le 15 octobre, les parlementaires n’auront pas le temps nécessaire pour réagir face à un gouvernement qui vise un Brexit sans accord.

Newsletter info

Recevez chaque matin l’essentiel de l'actualité.

OK