La finesse de la bulle de champagne résistera-t-elle au réchauffement climatique?

Dire qu’au 17e siècle on l’appelle le vin du diable… Ce vin naturellement effervescent fait, sous la pression, sauter les bouchons et parfois même exploser les bouteilles. A l’époque, on privilégie le vin tranquille, on aime le vin gris, c’est-à-dire légèrement rosé. Louis XIV apprécie beaucoup le rosé de champagne, qu’on produit encore aujourd’hui aux Riceys. Mais ensuite, c’est la bulle qui va faire pétiller toute la région. Le champagne est devenu un symbole français par excellence, protégé par son appellation d’origine contrôlée qui empêche d’appeler champagne n’importe quel vin effervescent. Les coteaux, maisons et caves de Champagne sont inscrits au patrimoine mondial de l’humanité. Il a fallu du temps pour mettre au point la vinification, la célèbre méthode champenoise. Mais le rapide réchauffement climatique que nous connaissons pourrait mettre en péril le meilleur vin pétillant du monde.

Un terroir spécifique et fragile

Comme pour beaucoup de vins, le secret du champagne vient de son sol et de son sous-sol : il est crayeux et favorise ainsi la minéralité des vins, en assurant un réservoir d’eau pour permettre à la vigne de résister aux étés secs. Sauf que les étés sont de plus en plus secs et le soleil de plus en plus brûlant. Avec plus de 42 degrés cet été, les raisins les plus exposés ont été brûlés. Sans mettre toutefois le millésime 2019 en péril : la vendange a été bonne et les raisins qui sont arrivés à maturité sont davantage sucrés, ce qui augmente naturellement le degré d’alcool. N’empêche : le champagne a perdu en acidité et les vendanges sont de plus en plus précoces : elles ont lieu 18 jours plus tôt par rapport à il y a 30 ans alors que la température n’a augmenté que de 1,1 degré. Autant dire que s’il accélère, les conséquences pourraient devenir incontrôlables.

Comment le champagne va-t-il conserver sa saveur légendaire ?

Pour la région et même pour la France, le défi est capital : le secteur pèse près de 5 milliards dont plus de la moitié à l’exportation. La Grande-Bretagne est le premier importateur, devant les Etats-Unis et le Japon. Et la Belgique est cinquième, ce qui place la Belgique en tête en consommation par habitant. Autant dire que nous sommes très concernés par l’avenir du champagne et la préservation de sa qualité.

Du côté de Reims et d’Epernay, on se prépare aux enjeux du réchauffement. D’abord, on cherche à rendre le vignoble exemplaire, en termes de développement durable et de bilan carbone. Ensuite, on expérimente de nouvelles pratiques viticoles : espacer les rangs, enherber les sols, protéger le raisin du soleil par les feuilles alors que jusqu’ici on dégageait les grappes pour mieux les faire mûrir.

Et puis surtout, on tente de créer de nouvelles variétés pour inventer des cépages plus résistants, en partant des cépages traditionnels actuels. Bref, on cherche à réinventer le champagne pour qu’il reste ce breuvage unique et universel qui fait pétiller les fêtes. S’il est fait pour réchauffer les cœurs, il doit se boire frais ; pour garder sa légèreté, il doit donc triompher du défi du réchauffement.

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