L’une des dernières forêts primaires d’Europe menacée : le gouvernement polonais autorise à nouveau l'abattage

Le gouvernement conservateur polonais a autorisé de nouvelles coupes dans l’une des dernières forêts primaires d’Europe, Bialowieza, malgré les fortes tensions entre la Pologne et l’Union européenne en 2018.

Bialowieza, une forêt vieille de 12.000 ans

Emmitouflé dans une parka, le guide Lukasz Synowiecki ouvre une large porte en bois gardant la réserve strictement protégée de la forêt de Bialowieza. "Cet endroit n’a jamais connu d’importantes déforestations et aucun humain n’y a planté d’arbres depuis la fin de l’ère glaciaire, il y a environ 12.000 ans", raconte le Polonais d’une quarantaine d’années, en entrant dans cette parcelle de forêt où seuls les touristes accompagnés de guide ainsi que les scientifiques sont autorisés.

"Et vous voyez, il y a beaucoup de bois mort, ce qui est très important et entièrement normal, nous n’avons pas besoin d’intervenir", tient à souligner ce guide, "car ce qui est protégé par l’Unesco, ce sont, entre autres, les processus naturels".

Tensions entre la Pologne et l’Union européenne

Mais des nouveaux documents, signés par le ministère polonais de l’Environnement en mars, pourraient bien perturber ces processus naturels, selon les écologistes polonais. Le gouvernement a en effet autorisé de nouvelles coupes qui devraient commencer au mois de septembre, quelques années seulement après les tensions qui avaient éclaté avec l’Union européenne autour de la préservation de la forêt de Bialowieza.


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En 2016, d’importants abattages avaient eu lieu, officiellement pour enrayer la progression d’un insecte xylophage, avant d’être interrompus sous la pression de la Cour européenne de Justice. Celle-ci avait jugé que le gouvernement polonais avait échoué à protéger les habitats et les espèces de la forêt de Bialowieza et brandit la menace d’une amende de 100.000 euros par jour.

"Les nouvelles coupes prévues ne sont pas aussi controversées que celles d’il y a quelques années, car l’ampleur est moins importante", analyse le biologiste Adam Bohdan, fervent défenseur de la forêt de Bialowieza. "Mais cela aura des conséquences sur les habitats", reprend le Polonais, montrant un arbre du doigt : "Cet arbre est considéré par les forestiers comme inutile, mais il est habité par de nombreuses espèces, et recouvert de mousse, de lichen, de champignons, cela a beaucoup de valeur du point de vue de la diversité."

Déjà affaiblie par le réchauffement climatique

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Le biologiste Adam Bodhan tente de repérer des espèces protégées sur des arbres qui pourraient être concernés par de nouvelles coupes. © Sarah Bakaloglou

Jumelles dans une main pour observer les branches et les écorces à plusieurs mètres d’altitude, Adam Bohdan explore un des districts de la forêt où les nouvelles coupes doivent avoir lieu, à la recherche d’habitats protégés. Pour le biologiste, le document signé par le ministère de l’Environnement comporte plusieurs problèmes : la possibilité de couper des arbres de plus de 100 ans, une période d’abattage très resserrée (trois mois seulement) et des plans qui s’appuient sur des données qui ne sont pas à jour.

"La forêt naturelle souffre déjà très sérieusement du changement climatique, je pense que ce n’est absolument pas nécessaire de l’affaiblir davantage en intervenant et en coupant des arbres", assène le biologiste.

"Un chef-d’œuvre naturel créé par les forestiers" ?

Mais à quelques kilomètres de là, à la direction régionale des forêts d’Etat, une tout autre vision s’impose. "L’exploitation forestière à Bialowieza dure depuis 100 ans, depuis l’obtention de l’indépendance de la Pologne", explique Jaroslaw Krawczyk, son porte-parole, avant d’ajouter que "les forestiers se sont toujours occupés de cette forêt, la protègent… et ce chef-d’œuvre de la nature, en quelque sorte, les forestiers l’ont créé."

Une régénération naturelle de la forêt, sans l’intervention de l’homme ? "Oui, cela existe, mais du point de vue de l’économie forestière, ce n’est pas efficace." Le bois mort ? "Cette vision d’arbres morts est gênante, les gens nous demandent souvent pourquoi il y en a autant, cela peut entraver la mobilité et ceux qui résident à Bialowieza ont besoin de bois pour se chauffer", répond Jaroslaw Krawczyk qui promet que les forestiers ne toucheront pas aux arbres de plus de 100 ans.


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Des promesses qui ne rassurent pas les militants écologistes. Contacté par la RTBF, le bureau de presse de la Commission européenne indique de son côté que les annexes signées ce mois-ci pour de nouvelles coupes vont être analysées… mais précise qu’une augmentation de l’abattage d’arbres ne serait pas conforme au jugement de la Cour européenne de Justice de 2018.

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