L'incroyable récit d'Harry Sarfo, jeune djihadiste, passé par l'usine à recrutement de l'EI

L'incroyable récit d'Harry Sarfo, jeune djihadiste, passé par l'usine à recrutement de l'EI
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L'incroyable récit d'Harry Sarfo, jeune djihadiste, passé par l'usine à recrutement de l'EI - © JOSEPH EID - AFP

Ce ne sont pas des services secrets, comme les services de renseignements extérieurs américains, russes ou israéliens chargés d'opérations secrètes de déstabilisation, mais cela y ressemble un peu.

C'est plutôt une véritable centrale qui recrute, forme, organise des attentats  terroristes à travers le monde et en fait la promotion par des vidéos minutieusement mises en scène. Cette centrale du crime terroriste a un nom, EMNI.  

Elle est dirigée par le porte-parole de l'organisation "Etat islamique", Abou Mouhammad al-Adnani, un homme dont on sait peu de choses si ce n'est qu'il est recherché par les Etats-Unis en échange d'une récompense de cinq millions de dollars.

Sélectionner et former les futurs terroristes

Créée en 2014, EMNI était au début une sorte de police intérieure du "califat", veillant à surveiller ses recrues, à démasquer les espions infiltrés.

Avec le temps, l'agence a pris de l'ampleur et est aujourd'hui un rouage essentiel de Daesh, avec un volet de recrutement et de planification stratégique des attentats. C'est cela que le New York Times a mis en évidence à travers le récit d'Harry Sarfo, un jeune Allemand d'origine africaine qui a rejoint les rangs de l'état islamique en 2015. Appelé par la foi, croyait-il, il a rapidement déchanté.

Et c'est le récit de son expérience de recrue, jugé crédible par les journalistes et les enquêteurs, que nos confrères américains ont mis en avant.

Parcours d'un futur combattant

Première étape, dans un camp près de la frontière turque, les nouvelles recrues sont soumises à un interrogatoire fouillé par des hommes masqués. Harry Sarfo raconte avoir été ensuite soumis à un premier entrainement au combat, très exigeant.

Les recrues vivent dans des logements enterrés, avec peu d'eau et de nourriture, presque un traitement de détenus. Il sera témoin à plusieurs reprises de la cruauté folle des recruteurs de Daesh. Ils sont sans pitié pour les faiblards. Le jeune Harry Sarfo raconte avoir été témoin d'une décapitation, puis, plus tard de l'exécution de sept hommes présentés comme de soldats de Bachar Al Assad.

Refusant de tuer, Harry Sarfo raconte avoir reçu un rôle de porte-drapeaux de l'Etat islamique. Dans une des vidéos de propagande de l'EI, on le voit en effet sur un pick-up, brandissant de drapeau noir de l'organisation terroriste. Il ne sera pas tueur, mais acteur, dans ces vidéos macabres, où les jeunes tueurs rigolent en déclarant: "Est-ce que j'ai été bon? ".

Épouvanté, Harry Sarfo parvient à s'enfuir, et à rejoindre la Turquie puis l'Allemagne où il est arrêté à sa descente d'avion. Condamné à trois ans de prison pour actes de terrorisme, il purge actuellement sa peine à la prison de Brême. C'est là que la journaliste du New York Times Rukmini Callimachi l'a rencontré.

L'interview d'Harry Sarfo (en anglais)

Des centaines de recrues renvoyées en Europe

Mais Harry n'est pas le seul. EMNI fonctionne comme une centrale hiérarchisée, avec des commandos d'élite qui forment les futurs terroristes. A sa tête, le très discret Abou Mouhammad Al-Adnani, flanqué de deux adjoints, un Algérien, Ad-el Hadadi et "Abou Souleymane le français". Deux bras droits chargés de repérer les futurs terroristes à redéployer à l'étranger, de choisir des cibles et d'organiser la logistique.

Tous deux semblent d'ailleurs avoir joué un rôle actif dans les attentats du 13 novembre à Paris. En dessous d'eux, des organisateurs préparent les futurs attentats dans telle ou telle partie du globe. Selon Sarfo, des centaines de jeunes djihadistes ont été renvoyés dans leur pays d'origine, après une brève formation au combat. Les terroristes du Musée du Bardo à Tunis, de la plage de Sousse, ceux de Dacca au Bengladesh seraient des recrues passées par les camps d'entraînement d'Emni.

Cellules dormantes

A leur retour, les candidats terroristes se planquent en cellules dormantes. Ils bénéficieraient d'un certain degré d'autonomie, comme celui laissé à Abdelhamid Abaaoud, qui aurait créé son propre réseau pour perpétrer les massacres de Paris, et qui a été tué dans l'assaut de sa planque à St-Denis.

Mais mais aucun attentat ne se commettrait sans que le sommet d'Emni n'ait donné son feu vert, et parfois apporté une collaboration logistique. Et ce sont de jeunes convertis, sans passé radical connu qui seraient chargés de faire passer les informations, agissant comme agents de liaison. Des "hommes propres", chargés aussi de diffuser les vidéos de propagande.

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