"L'Espagne se dirige vers de nouvelles élections"

jacobo de Regoyos
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Au lendemain de l'étriquée victoire du Parti Populaire de Mariano Rajoy aux élections législatives espagnoles, Robin Cornet recevait ce lundi matin au micro de Matin Prem1ère le journaliste Jacobo de Regoyos. Correspondant à Bruxelles pour plusieurs médias ibériques, l’auteur du livre "Belgistan: Le laboratoire nationaliste" évoquait le présent, mais surtout le futur de son pays, plus que jamais incertain.  

Car après presque quarante années d'un bipartisme où Parti Populaire (PP) et Parti Socialiste Ouvrier Espagnol (PSOE) ont régné sans partage, les espagnols ont choisi d'explorer une autre voie, celle du quadripartisme. Un monde nouveau, où les deux partis montants, Podemos et Ciudadanos, comptent bien faire entendre leur(s) voix et celles de leurs électeurs.  

Vers une grande coalition ?

"Le paysage politique espagnol ne sera plus jamais le même" clamait au soir de ce suffrage Pablo Iglesias, le charismatique leader trentenaire de Podemos. Une affirmation que Jacobo de Regoyos nuance: "En janvier, le roi Felipe VI d'Espagne demandera sans doute à Mariano Rajoy de tenter de former le gouvernement. Sans cette majorité absolue que détenait la droite jusqu'à présent, difficile de dire si Rajoy y parviendra. Et la probabilité que les socialistes puissent parvenir à créer un gouvernement de gauche n’est pas plus importante".

Face à cette impasse, certains n'ont pas hésité à évoquer la possibilité que les deux partis traditionnels s'allient au sein d'une grande coalition. Mais là aussi, Jacobo de Regoyos demeure prudent: "Nous ne sommes pas la Belgique ni l’Allemagne. Il n’y a pas cet esprit de grande coalition en Espagne. Les deux partis sont des ennemis historiques. Mais, il est possible que certains socialistes s’abstiennent de voter contre le gouvernement Rajoy, ce qui pourrait faciliter la mise en place d’un gouvernement débiteur vis-à-vis de ces socialistes abstentionnistes. La solution la plus probable reste donc pour moi la tenue de nouvelles élections".

Renouvellement politique

Sur les raisons qui ont poussé 60% des espagnols à voter pour d’autres partis que ceux traditionnellement chargés de diriger le pays, Jacobo de Regoyos avance divers facteurs: "Bien évidemment il y a la crise, économique, les scandales de corruption, la montée de l’indépendantisme. Le pays a été au bord de devoir solliciter l’aide de l’Europe comme l’a fait le Grèce. Toutes ces choses ont effectivement touché les esprits, mais cela n’empêche que le Parti populaire et le Parti socialiste, ensemble, sont en tête avec plus de 12 millions des voix. À titre de comparaison, les deux partis qui prônent le renouveau politique, Podemos et Ciudadanos, atteignent eux 8 millions de voix. Les partis traditionnels résistent donc".

D'autant que le bilan de ce gouvernement de droite n’est pas si négatif. "Baisse constante du chômage, reprise progressive de la croissance, il est vrai que l’on est un pays avec la plus grande croissance dans la zone Euro. Les choses reprennent petit à petit. Mais Mariano Rajoy a tenu un discours plutôt sobre quant à son bilan. Il n’est pas quelqu’un avec beaucoup de charme, ce n’est pas quelqu’un de très télégénique ni très à l’aise à la tribune. C’est quelqu’un pour qui l’on n’a pas spontanément envie de voter. Et comme la reprise ne s’est pas encore faite sentir dans les foyers, le besoin de changement dans la société espagnole l’a emporté", ajoute Jacobo Regoyos.

Un changement, au détriment des partis traditionnels, qui touche la plupart des pays d’Europe. Mais alors qu’ailleurs c’est plutôt l’extrême droite qui en bénéficie, en Espagne ce sont Podemos et Ciudadanos qui en ont profité pour chasser respectivement sur les terres du PSOE et du PP. "En Espagne, on n’a pas d’extrême droite. Après Franco, on n’a pas vraiment eu envie d’avoir d’extrême droite. Et la droite là plus à droite se trouve au sein dans le parti populaire".

Reste aux nouveaux partis à apprendre l'art délicat du compromis afin de nouer des alliances aussi fortes qu'efficaces et ainsi permettre à ce vent de fraîcheur politique de renouveler l'exécutif espagnol.  

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