Immigration : "Il faut changer les règles du droit d'asile européen"

Des centaines de migrants coincés en Italie sont repoussés par la police française
Des centaines de migrants coincés en Italie sont repoussés par la police française - © JEAN-CHRISTOPHE MAGNENET - AFP

100 000 migrants arrivés en Europe depuis le début de l'année avec une répartition inégale. Les dirigeants européens discutent de la répartition des migrants. L'Italie, la Grèce, Malte et la Bulgarie accueillent ces personnes désemparées et les autres pays ne sont vraiment pas prêts à mieux répartir l'effort. Illustration de ces égoïsmes européens : des centaines de migrants coincés en Italie sont repoussés par la police française. Ces méthodes commencent à agacer l'Italie.

Le chef du gouvernement italien, Matteo Renzi, promet de passer à l'offensive pour que l'Union Européenne bouge enfin.

Qu'entend-il par-là ? L’analyse de François Gemenne, chercheur en sciences politiques et spécialiste des migrations : "Très vraisemblablement, c’est fournir des laissez-passer aux migrants pour qu’ils puissent circuler dans toute l’Europe et que l’Italie ne soit plus seule à prendre en charge ce problème. C’est une situation que dénonce l’Italie depuis des mois, sinon des années. Il n’y a aucune solidarité européenne. Pis encore, on ferme les frontières. Et donc, à mon avis, ce que le gouvernement de Matteo Renzi a en tête c’est de fournir des laissez-passer aux migrants pour qu’ils puissent circuler dans toute l’Europe et que de facto le problème soit ainsi mieux réparti entre les grands pays européens".

Est-ce qu’un pays a déjà fait ça ?

"Un pays unilatéralement, non, mais potentiellement le statut de réfugié permet à tout qui a ce statut de circuler librement dans les pays européens. Et donc, en réalité, l’Italie, même si ce serait un coup de force symbolique, ne ferait que donner un document de sauve-conduit semblable à celui d’un statut de réfugié par exemple".

Est-ce une menace en l’air ou est-ce que l’Italie peut-elle vraiment le faire ?

"J’imagine que l’Italie peut vraiment le faire, d’autant plus qu’elle l’a déjà fait à plusieurs reprises de façon officieuse. On sait bien que le gouvernement italien ne vérifiait pas toujours les documents à la sortie du territoire et distribuait parfois des laissez-passer ou en tout cas fermait les yeux sur le fait que certains migrants quittaient l’Italie. Donc, cette fois-ci, ils le feraient de façon officielle, de façon à mettre les autres États européens face à leurs responsabilités".

Selon vous, l’idée de répartir les migrants dans différents pays d’Europe est-elle la seule et unique solution ?

"C’est une nécessité absolument impérieuse parce que, pour le moment, il n’y a aucune solidarité entre pays européens. Il n’y a aucune politique européenne commune en matière d’asile et d’immigration. Du fait notamment du règlement Dublin 2 qui impose aux migrants de déposer leur demande d’asile dans le premier pays européen qu’ils traversent, le résultat est que ce sont les pays du sud de l’Europe - l’Italie, la Grèce, Malte - qui doivent assumer toute cette charge pour le moment. Ce n’est plus tenable. Et donc, oui, la répartition des demandeurs d’asile dans l’Union Européenne est à mon sens la seule solution ".

Donc, comme le demande Matteo Renzi, il faut changer les règles du droit d’asile parce qu’elles ne sont plus adaptées à l’arrivée de 150 à 200 000 personnes par an?

"Matteo Renzi a absolument raison. D’une part, il faut changer les règles du droit d’asile européen. Il faut réformer cette convention Dublin 2, voire même l’abolir, et puis surtout, il faut se rendre compte que c’est la fermeture des frontières européennes qui provoque ces drames en Méditerranée et ces situations absurdes. Et donc, oui, il y a besoin d’une véritable politique européenne commune en la matière".

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