Il y a 75 ans, la Conférence de Yalta: réunion au sommet

Yalta, petite station balnéaire de Crimée, sur les bords de la Mer Noire. C’est dans l’édifiant palais de Livadia que les tsars russes avaient l’habitude de passer leurs étés. Mais ce 4 février 1945, c’est là que se donnent rendez-vous Staline, Churchill et Roosevelt. L'objectif est d’établir une stratégie concernant la Seconde Guerre mondiale qui est sur le point de s’achever.

Cela fait six ans que l’Europe est ravagée par l’un des conflits les plus meurtriers qu’elle ait connu sur son sol. Les Alliés sont confiants. Même si l'Allemagne, affaiblie, oppose une résistance désespérée, l’issue du conflit ne fait plus de doute. La reddition du régime d’Hitler est proche. Il est temps pour les trois grandes puissances alliées d’établir une stratégie commune concernant la fin du conflit, en tentant de préserver la paix pour les prochaines décennies. Et c’est à Yalta que "the big three", comme on les appelle, se réuniront.

Franklin D. Roosevelt, l’initiateur de la réunion, arrive, cigarette à la main. Les traits tirés et le visage hagard, le président des États-Unis est malade. Winston Churchill le suit, peu de temps après. Le Premier ministre britannique est affaibli politiquement : il vient de perdre les élections législatives. Enfin, Joseph Staline, triomphant, se présente à l’entrée du palais. Le "petit père des peuples" rayonne de fierté. Ce n’est pas un hasard si cette réunion se déroule à Yalta : en effet, Staline, outre sa phobie de l’avion, a exigé qu’elle ait lieu en territoire soviétique. De cette façon, il souligne la puissance de l’URSS dont l’Armée rouge met en péril les forces allemandes à l’est depuis six mois. Les troupes de Staline progressent, sont dorénavant à 80 kilomètres de Berlin tandis que les armées anglaises et américaines sont bloquées par le Rhin et stagnent dans les Ardennes.

Sur les ruines d’une Europe encore fumantes, l’ennemi commun, le nazisme, est sur le point d’être neutralisé. La réunion à Yalta comprend trois objectifs :

La capitulation de l’Allemagne, sans aucunes conditions

Il s’agit de finaliser le conflit mondial, en s’accordant sur une défaite catégorique du Troisième Reich. Cet accord soude la confiance des trois puissances et bloque la porte à d’hypothétiques négociations dans le cas où des alliances devraient être créées.

Le partage de l’Europe, notamment de l’Allemagne, après la défaite

L’objectif est d’éviter tout contentieux pouvant fournir un prétexte à une nouvelle guerre. Chaque dossier susceptible d’entraîner des tensions, du fait de querelles territoriales ou historiques, est discuté. Il est convenu que l’Allemagne sera, elle, divisée en quatre zones sous l’autorité des alliés, la France étant comprise comme un allié supplémentaire dans les négociations.

La création d’un ordre politique mondial pour préserver la paix

Que se passera-t-il quand il n’y aura plus d’ennemi contre lequel s’unir ? Combattre le nazisme est pour l’instant le projet qui unit les trois puissances. Mais il y aura un après-Hitler et cela, Roosevelt, Churchill et Staline le savent. Ils entendent sceller les bases solides d’une paix commune pour ne pas laisser l’engrenage des jeux de pouvoir mener le monde vers une troisième guerre mondiale. La création de cet ordre est un dossier capital pour Roosevelt, qui entend réussir là où son prédécesseur, Thomas Wilson, a échoué avec la Société des Nations.

Si la réunion de Yalta entend consolider une paix durable et la souveraineté des peuples à disposer d'eux-même, tout ne va pas se passer comme prévu...

Plongez au cœur des négociations dans le deuxième épisode de notre dossier à propos de cette rencontre historique.

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