Hongrie: les chasseurs de frontière seront bientôt déployés le long du mur de barbelés

C'est une formation bien singulière, octroyée depuis trois mois à plus de deux mille volontaires. Tous ont répondu à une offre d’emploi de la police hongroise. Elle recrute des "chasseurs de frontière". Il s'agit de nouveaux policiers qui seront déployés le long du mur de barbelés que les Hongrois ont érigé à leur frontière avec la Serbie.

Ce "mur" se veut inviolable. Des centaines de policiers et 10 000 militaires y sont déjà déployés. Non sans zèle, d'ailleurs, les témoignages de violences policières à l’encontre des migrants se multiplient à la frontière sud de la Hongrie.

A la base, moi, je travaillais dans le tourisme. Cette formation de chasseur frontalier est tombée vraiment à pic.

On nous avait annoncé un cours de sport, il s'agit en réalité d'une formation au self-défense. Les futurs chasseurs de frontière sont à l'échauffement. Clefs de bras, passages musclés de menottes dans le dos, matraque placée sous le nez du migrant -supposé récalcitrant- pour l'empêcher de bouger, toutes les techniques d'immobilisation sont passées en revue. "Mets tes deux genoux dans son dos", hurle le policier formateur à l'étudiant au crâne rasé. Son homologue étudiant est plaqué au sol, la joue écrasée sur le tatami.  "Donnez-moi l'autre bras", lui ordonne-t-il. Le cliquetis des menottes résonne. Immobilisation réussie.

La plupart des étudiants sont guidés par un très puissant sentiment nationaliste. "Depuis que je suis petit, j’ai toujours voulu devenir policier", explique Zoltan Replyuk, 25 ans, étudiant chasseur. "Cette formation est une opportunité fantastique. Et comme ça, je peux défendre ma patrie. Servir et défendre ma patrie".

Comme beaucoup d’Hongrois, Alexandra Korzsan, a été "choquée" par l’arrivée massive des réfugiés dans son pays l’été dernier. C'est pour cela qu'elle a décidé de s'engager :"A la base, moi je travaillais dans le tourisme. Mais je voulais quelque chose de différent. Je voulais un autre défi. Cette formation de chasseur frontalier est tombée vraiment à pic".

De l’accueil des touristes à la chasse aux migrants, le grand écart est énorme. Il est symptomatique de l’état d’esprit d’une partie des Hongrois.

Caméras thermiques, hauts parleurs et messages d'avertissement

Depuis peu, le long des 178 km de la frontière sud de la Hongrie, une deuxième couche de barrière de barbelés a été dressée. Elle est équipée de nouvelles caméras thermiques. Des hauts parleurs diffusent des messages glaçants qui résonnent dans la campagne.

"Attention, attention, Je vous avertis. Vous êtes à la frontière hongroise. Si vous endommagez la clôture, si vous la franchissez illégalement ou si vous tentez de la franchir, ce sera considéré comme un crime en Hongrie". Le message est également diffusé en arabe et en farsi.

C'est ici que les nouvelles recrues seront appelées à patrouiller. Pourtant la zone est calme, très calme. Et pour cause, depuis la Serbie, le nombre de réfugiés tentant d’entrer en Hongrie a considérablement chuté.

Il faut dire que même les candidats déclarés à l’asile seront dorénavant emprisonnés en Hongrie, dans ce qui est pudiquement appelé une "zone de transit".

A Röske, sur la frontière, le camp de conteneurs laissera bientôt place à une véritable prison en dur. Les travaux ont commencé. Sur l'une des baraques de chantier le logo étoilé de l'Union laisse entendre qu'ils sont bel et bien soutenus par le "fonds de sécurité" de l’Union européenne.

Dans ce no man’s land, à l’entrée de la Hongrie, entre 5 et 10 dossiers de demande d’asile sont pris en considération chaque jour. Pour les candidats, l’attente est longue, très longue. Au travers d'un triple grillage, des Pakistanais nous expliquent qu'ils sont dans cette zone de transit depuis deux semaines, trois pour certains. Ils ont d'abord été bloqués pendant huit mois en Serbie.

Ici, c’est l’Europe, ne reviens jamais, je te tuerai.

Dans le Nord de la Serbie, à Subotica, à quelques kilomètres à peine de la Hongrie, d'autres réfugiés pakistanais vont nous livrer des témoignages accablants à l’encontre de la police hongroise. L’appellation "chasseurs de frontière" prend ici tout son sens.
"Ils nous tapent, ils lâchent les chiens sur nous, sans muselière", confie l'un d'eux. "Parfois, ils nous déshabillent dans le froid. Ils utilisent des sprays lacrymogènes, qui font pleurer et tousser. Ils nous tapent. Certains ont eu la jambe cassée, le bras cassé. D'autres du sang à la tête".

Mais la police serbe fait aussi sa part du travail. Dans le squat insalubre de l'ancienne briqueterie de Subotica, le matin même, plus d’une centaine de migrants a été embarqué.

Andréa est un médecin italien qui a lié depuis des semaines de terrain une relation privilégiée avec les migrants : "Il y avait apparemment un policier à chacune des entrées, les réfugiés décrivent aussi la brutalité des policiers serbes. Je ne peux pas le confirmer mais c’est ce qu’ils disent".

Durant la rafle, certains ont réussi à prendre la fuite dans les bois alentours. A leur retour, ils racontent : "Avec des couteaux, les policiers ont découpé la tente. Ils ont dit "les mains en l’air et sortez !""

Andréa va en tout cas nous confirmer la brutalité des policiers hongrois de la frontière. Les ONG dans la régions ont collecté plusieurs dizaines de témoignages de véritables tortures physiques et psychologiques : "Les réfugiés m’ont expliqué que parfois les policiers mettent la musique très fort, ils les battent, dans la position de la prière. En leur criant : "Bienvenue en Europe! Bienvenue en Europe. Ici, c’est l’Europe, ne reviens jamais, je te tuerai"".

Et pendant ce temps la police serbe, elle, démantèle périodiquement les "jungles" proches de la frontière et elle éloigne les migrants des portes de l’Union européenne. "On les emmène le plus loin possible de la frontière hongroise", nous confie ce policier serbe. "C’est un accord entre notre président et le président hongrois".

Newsletter info

Recevez chaque jour toutes les infos du moment

Recevoir

L'actualité internationale en vidéo