Fusillade à Munich: le tueur était "un forcené" n'ayant aucun lien avec l'Etat islamique

La police allemande tentait samedi matin d'en savoir plus sur l'identité et les motivations jusqu'ici obscures du jeune Germano-Iranien de 18 ans qui a tué neuf personnes dans un centre commercial de Munich, avant de se suicider, créant le choc en Allemagne quelques jours après une attaque à la hache près de Wurtemberg, toujours en Bavière.

Dans une conférence de presse, la police allemande a déclaré que cinq jeunes, trois Kosovars et un Grec font partie des victimes. Le ministre turc des Affaires étrangères a également précisé qu'il y avait trois Turcs parmi les victimes.

"Un acte classique d'un forcené"

"L'auteur est un germano-iranien de 18 ans de Munich", qui n'était pas connu des services de police et vivait depuis déjà "longtemps" dans la capitale bavaroise, a déclaré Hubertus Andrä, chef de la police. L'auteur n'a cependant pas la moindre relation avec le groupe terroriste Etat islamique ou les réfugiés. Les enquêteurs penchent pour la piste d'un forcené, qui souffrait "d'une forme de dépression".

"Nous partons du principe qu'il s'agit dans cette affaire d'un acte classique d'un forcené" ayant agi "sans motivation politique", a déclaré samedi à la presse le procureur de Munich, Thomas Steinkraus-Koch, au lendemain de la tuerie. "Il n'y a pas d'autres raisons" à cet acte qui a fait 9 morts et 16 blessés, a-t-il assuré.

"Nous avons trouvé des éléments montrant qu'il se préoccupait des questions liées aux forcenés" auteurs de tueries, notamment des livres et des articles de journaux, a précisé le chef de la police de Munich, Hubertus Andrä. "Il n'y a absolument aucun lien avec (le groupe) Etat islamique", a-t-il dit.

Le tueur, David Ali Sonboly, 18 ans, né à Munich, fréquentait une école de la ville. Après la tuerie, il a été blessé par un tir d'une patrouille de police puis il s'est donné la mort. Dans son sac à dos, les enquêteurs ont retrouvé environ 300 munitions, suggérant qu'il avait à l'origine l'intention de tuer un nombre encore beaucoup plus important de personnes.

Les victimes piégées via Facebook?

Surtout, les enquêteurs ont aussi établi une connexion entre la fusillade et le tueur norvégien Anders Behring Breivik.

"Le lien est évident", a dit M. Andrä, en soulignant que la fusillade était intervenue 5 ans jour pour jour après le massacre de 77 personnes par l'extrémiste de droite Breivik, le 22 juillet 2011. Le jeune homme était semble-t-il fasciné par les tueries de masse en tant que telles. En revanche, rien n'indique qu'il ait partagé les opinions politiques radicales du Norvégien.

L'auteur de la fusillade, détenteur de la double nationalité allemande et iranienne, a agi seul et n'était pas connu des services de police. Il a, selon la police, probablement tendu un piège à un certain nombre des victimes en "piratant" un compte Facebook, afin de les attirer sur les lieux de la tuerie, un établissement de restauration rapide McDonald.

La plupart des victimes sont très jeunes, adolescents et jeunes adultes, avec lesquelles il a pu être en contact avant les faits. Parmi les personnes décédées figurent trois Kosovars, trois Turcs et un Grec.

Perquisition dans un appartement

Samedi à l'aube, les forces de l'ordre ont effectué une perquisition dans un appartement d'un immeuble de plusieurs étages au nord du centre-ville, mais la police n'a pas voulu confirmer qu'il s'agissait du domicile de ce Germano-Iranien qui a semé la terreur avant de se suicider, selon l'agence allemande DPA.

Une voisine, interrogée par l'AFP sur les lieux, a toutefois affirmé connaître le jeune homme, "une bonne personne (...) qui riait comme toute personne normale". "Je ne l'ai jamais vu en colère, je n'ai jamais entendu de problème avec la police ou avec les voisins", a témoigné Delfye Dalbi, 40 ans, qui affirme habiter au 1er étage et le jeune homme, fils de chauffeur de taxi, au 5e.

J'étais en traitement hospitalier

Sur une courte vidéo amateur largement diffusée sur les réseaux sociaux vendredi soir peu après la tuerie, un riverain agonit d'injures un homme vêtu de noir, un pistolet à la main et qui se trouve sur le toit du centre commercial et qui, selon la police, pourrait bien être l'auteur. "Sale métèque", lui lance-t-il. Une voix qui pourrait être celle de l'assaillant lui répond: "Je suis Allemand, je suis né ici. Dans un quartier de Hartz IV, le nom de l'allocation chômage longue durée, synonyme en allemand de quartier défavorisé", avant de lancer un énigmatique: "J'étais en traitement hospitalier".

A Berlin, la chancelière devrait s'exprimer en début d'après-midi après avoir réuni en milieu de journée ses principaux ministres qui ont pour certains interrompu leurs vacances après cette fusillade.

Dans tout le pays, les drapeaux doivent être mis en berne en hommage aux victimes. A Munich, la vie reprenait peu à peu son court après s'être retrouvée en état de siège car les autorités ont craint, sur la base de témoignages, que jusqu'à trois auteurs aient pris la fuite dans la ville.

Temporairement interrompus, les transports en commun ont recommencé à fonctionner samedi matin, notamment.

Une Allemagne sous le choc

L'Allemagne reste toutefois sous le choc : cette tuerie est intervenue quatre jours seulement après une attaque à la hache dans un train régional également en Bavière commise par un jeune demandeur d'asile de 17 ans qui a revendiqué son geste au nom du groupe Etat islamique (EI).

"Attaque contre Munich", a titré le quotidien local tz. "Cela nous a atteint. Les Munichois ont longtemps pensé qu'ils étaient tranquilles. La peur a grandi après chaque attaque à Paris, Istanbul ou Bruxelles (...) depuis vendredi il est clair qu'il ne peut y avoir de sécurité nulle part, même pas dans la ville la plus sûre d'Allemagne", écrit un autre journal local, Abendzeitung.

A Munich, l'alerte avait été donnée vendredi peu avant 18h00 (16h00 GMT) dans le centre commercial situé à quelques encablures du stade olympique qui a accueilli les JO de 1972 où avait eu lieu la prise d'otages sanglante des athlètes israéliens. Selon une vidéo amateur, un homme tout de noir vêtu a ouvert le feu sur des passants en s'éloignant d'un fast-food d'une chaîne américaine proche du centre commercial. On le voit tirer sur des personnes qui tentent de s'enfuir en criant.

Le tueur a ensuite pénétré dans le centre commercial et continué à tirer sur des badauds, selon les témoignages, avant de prendre la fuite. Blessé par balles par une patrouille de police, son corps a été découvert dans la soirée à environ un kilomètre du centre commercial. La police a souligné qu'il s'était suicidé.

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