France: Inculpé, Nicolas Sarkozy peut-il encore être candidat?

Nicolas Sarkozy à sa sortie du bureau du juge d'instruction ce mardi
Nicolas Sarkozy à sa sortie du bureau du juge d'instruction ce mardi - © AFP / Geoffroy Van der Hasselt

Il n’est pas courant qu’un justiciable sorte inculpé – ou mis en examen comme on dit ici – du bureau d’un juge d’instruction et que son avocat déclare sans sourciller que c’est une bonne nouvelle. C’est pourtant ce qu’a fait mardi soir Thierry Herzog, l’avocat de Nicolas Sarkozy. Manière évidente de minimiser ce qui constitue pourtant une infraction qui peut valoir jusqu’à un an de prison: le dépassement des comptes de campagne du candidat Sarkozy en 2012. C’est vrai qu’après tout, ça aurait pu être pire: il aurait pu être inculpé pour faux, usage de faux et escroquerie.

Voilà qui nous dévoile déjà la ligne de défense d’un homme qui n’a visiblement pas renoncé: la justice s’acharne contre lui mais ne trouve que des peccadilles. Vous, amis de Nicolas Sarkozy, unissez-vous autour de votre candidat qui va sortir la France du marasme grâce à son énergie débordante. Sous-entendu : ce n’est pas quand on a 70 ans comme Alain Juppé qu’on peut en faire autant.

En fait, comme le confie un de ses proches, Sarkozy est comme un lion blessé. L’image est parlante: le fauve peut encore mordre, l’ex-président encaisse les coups mais n’a pas encore renoncé à ses rêves de revanche sur François Hollande. Juridiquement, rien ne l’empêche de se présenter. Politiquement, s’il parvient à apparaître auprès des électeurs comme le martyr d’une justice qui a juré sa perte, le coup est encore jouable. Moralement, c’est sans doute plus discutable. Mais la morale en politique reste une notion extrêmement vague. Alors tout va bien madame la Marquise ? En fait, non. L’ancien président a deux solides obstacles sur la route de la présidentielle.

Épée de Damoclès

Le premier est politique: il s’est résolu à prendre la tête du parti pour empêcher que ses rivaux, Fillon, Juppé et les autres, n’en prennent le contrôle. Il a même choisi de le rebaptiser "Les Républicains" parce que le nom "UMP" était trop associé à l’affaire Bygmalion. Il s’est fait écrivain pour présenter son projet pour la France. Mais quand il a voulu aller plus loin en imposant sa ligne politique au parti qu’il préside, ses rivaux ont dit : "Pas question ! Chacun son projet et que le meilleur gagne aux primaires de novembre prochain". Auparavant, celui qui tenait le parti avait un énorme avantage pour s’imposer comme candidat à la présidentielle. Mais si ça se joue par des élections, ça change tout. Et dans tous les sondages, Alain Juppé est bien plus populaire que Sarko. C’est un sérieux souci.

Le second est juridique : on l’a peut-être oublié mais Nicolas Sarkozy a déjà été mis en examen dans un autre dossier, ironiquement rebaptisé "l’affaire Paul Bismuth". C’est le nom d’emprunt que Nicolas Sarkozy employait pour converser avec son avocat parce qu’il craignait d’être sur écoute. Bien vu, il l’était. Et le juge découvrira qu’il a tenté de savoir ce qu’il y avait dans son dossier lorsque la justice le soupçonnait d’être impliqué dans l’affaire Bettancourt. Pour cela, il aurait tenté de corrompre un haut magistrat et le juge d’instruction l’a inculpé de corruption et trafic d’influence. La défense de Nicolas Sarkozy a tenté une dernière manœuvre non pas sur les faits mais sur la procédure: l’ancien président a été placé illégalement sur écoute. Le mois prochain, la justice tranchera.

Si elle rejette les arguments de la défense, le dossier sera renvoyé dans les prochains mois devant un tribunal. Un procès au moment même de la campagne des primaires de la droite républicaine, on voit mal comment Nicolas Sarkozy pourrait s’en remettre. Ce dossier-là constitue donc pour lui le danger le plus immédiat mais il sait désormais qu’avec cette nouvelle inculpation pour financement illégal de campagne électorale, une autre épée de Damoclès est suspendue au-dessus de sa tête.

Newsletter info

Recevez chaque matin l’essentiel de l'actualité.

OK