France : 500.000 manifestants contre la loi "sécurité globale" selon les organisateurs, 133.000 selon les autorités

Les marches des libertés contre le texte de loi sécurité globale et les violences policières ont rassemblé samedi en France 133.000 personnes, selon un comptage du ministère de l'Intérieur effectué à 18H00. Les organisateurs des "marches des libertés" contre le texte de loi sécurité globale et les violences policières estiment quant à eux que 500.000 manifestants paradé dans les rues de France.

Les manifestants ont défilé ce samedi en France contre le texte de loi "sécurité globale" et sa mesure phare, qui prévoit de restreindre la possibilité de filmer les forces de l'ordre, mais aussi contre les violences policières et le racisme.

"Laissez nous filmer, laissez nous respirer"

De multiples rassemblements se sont tenus un peu partout dans l’Hexagone, contre ce texte jugé attentatoire à "la liberté d’expression" et à "l’Etat de droit" par ses opposants.

Plusieurs milliers de personnes, 6.000 selon la préfecture, ont manifesté dans le centre-ville de Bordeaux contre la loi "sécurité globale", la plus importante manifestation dans cette ville depuis la crise des "gilets jaunes", ont constaté des journalistes de l'AFP.

"Vos armes, nos caméras", "Je suis Michel Zecler", "Laissez nous filmer, laissez nous respirer", "bienvenue sur la planète taire" ou "Flouter tue", pouvait-on lire sur des pancartes dans le cortège, sur lequel flottait les drapeaux de nombreuses organisations de gauche.

A Montpellier (sud), ils étaient 4 à 5000, brandissant des pancartes clamant "Plus de flics que de médecins - sens des priorités" ou "Démocratie floutée". A Rennes (ouest), Maud, 45 ans, était là pour protester contre ce "réel déni démocratique" et la "dérive autoritaire.

Quelques tensions à Paris

Des affrontements entre des groupes de manifestants et les forces de l'ordre se poursuivaient en fin de journée sur la place de la Bastille, où plusieurs départs de feu ont eu lieu, a constaté une journaliste de l'AFP.

Autour de 17H30, un kiosque à journaux, l'entrée d'un bâtiment de la banque de France et une brasserie adjacente ont été incendiés, nécessitant l'intervention des pompiers. Autour, des groupes de manifestants très mobiles et tout en noir jettent des projectiles en tout genre sur les forces de l'ordre qui répliquent par des tirs de gaz lacrymogène, selon la journaliste de l'AFP.

Plusieurs manifestants blessés, dont une femme à la tête, ont été pris en charge par d'autres manifestants ou les équipes de street medics, a constaté une autre journaliste de l'AFP. 

Contexte tendu

Ces rassemblements ont été baptisés "marches des libertés" et interviennent dans un contexte tendu politiquement suite à plusieurs affaires de violences policières. 

Dans ce contexte tendu, Emmanuel Macron est descendu ce vendredi dans l’arène pour dénoncer l'"agression inacceptable" du producteur Michel Zecler et des "images qui nous font honte". Il a demandé de nouveau au gouvernement de lui faire rapidement des propositions "pour lutter plus efficacement contre toutes les discriminations".

Dans ce contexte tendu, Emmanuel Macron est descendu ce vendredi dans l’arène pour dénoncer l'"agression inacceptable" du producteur Michel Zecler et des "images qui nous font honte". Il a demandé de nouveau au gouvernement de lui faire rapidement des propositions "pour lutter plus efficacement contre toutes les discriminations".

Rétropédalage

Qu’adviendrait-il si les policiers ne pouvaient plus être filmés, interrogent les détracteurs de la loi "sécurité globale", qui redoutent la portée de son article 24, pénalisant ceux qui voudraient filmer les forces de l’ordre avec une intention malveillante.

Après avoir modifié le texte pour inclure des garanties sur le "droit d’informer", le gouvernement a passé la semaine à tenter de déminer ce dossier.


►►► Lire aussi : Entre atteinte à la liberté de la presse et crainte des violences policières, la loi "sécurité globale" fait débat


En vain : malgré son adoption en première lecture par l’Assemblée nationale, la polémique était telle que Matignon s’est résolu à annoncer une nouvelle réécriture du texte par une "commission" indépendante. Avant de rétropédaler face à l’ire des parlementaires et de la majorité, à qui Jean Castex a dû assurer qu’ils auraient le dernier mot.

Sous pression, l’exécutif évaluera samedi jusqu’à quel point cette loi peut fédérer contre lui.

A Paris, tête de la contestation, deux manifestations ont été déclarées pour protester contre ce texte, qui prévoit aussi la possible utilisation de drones lors des manifestations.

Les mots du préfet aux forces de l’ordre

Le préfet de police de Paris, Didier Lallement, a demandé aux policiers sous son autorité de tenir "la ligne républicaine jusqu’au bout", dans une lettre adressée à chacun d’eux, avant de nouvelles manifestations samedi contre les violences policières.

"Dévier de la ligne républicaine qui nous sert de guide, cette ligne qui a éclairé les pas de nos anciens dans les ténèbres de l’histoire, c’est renier ce que nous sommes, c’est ébranler le pacte de confiance qui nous unit à nos concitoyens, c’est perdre le sens de notre mission", écrit le préfet dans ce courrier dont l’AFP a pris connaissance.

Soulignant "attendre de chacun (d’eux) qu’il tienne la ligne jusqu’au bout", il ajoute :"l’exigence que je place en vous, je me l’impose aussi".

Alors que le passage à tabac par des policiers d’un producteur de musique noir dans son studio parisien, a soulevé une vague d’indignation, le préfet dit pouvoir "compter sur la probité, le sens de l’honneur et l’éthique" des policiers.

Ce passage à tabac a été rendu public grâce à la diffusion d’une vidéo sur les réseaux sociaux.

"Dans les prochains jours, les prochaines semaines […] nul doute que vous serez confronté à la difficulté, aux doutes, voire à la colère ou à la peur". "Je sais pourtant que vous vous réaliserez, en hommes et femmes de caractère", conclut Alain Lallement.

"Une entrave à la liberté d'informer"

Dans une tribune, publiée cette après-midi par plusieurs rédactions de médias français, dont celle de franceinfo, plusieurs directeurs et directrices de l'information, présentateurs et présentatrices des magazines d'information se joignent aux manifestants en demandant que "les institutions renoncent à des conventions qui portent atteinte au droit de la presse." 

Ils dénoncent "de nouvelles entraves à la liberté d’informer". Selon ces journalistes, "les tentatives de contrôle de nos tournages par les pouvoirs publics (police, justice, administration pénitentiaire, gendarmerie notamment) n’ont jamais été aussi pressantes."

 

 

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