Espagne : Pedro Sanchez réélu pour une législature qui s'annonce incertaine

Le socialiste Pedro Sanchez a été réélu ce mardi à la présidence du gouvernement espagnol, avec 167 voix pour et 165 contre et 18 abstentions. Un deuxième vote après celui de dimanche, qui ne requérait plus qu’une majorité simple. Dimanche, Pedro Sanchez n’avait pas obtenu (comme prévu) la majorité absolue lors d’un premier tour, à l’issue de 2 jours de débats très tendus. Pedro Sanchez a reçu la confiance du Congrès, il présidera un gouvernement de coalition entre le PSOE et Unidas Podemos.

Pedro Sanchez s’est assuré du soutien de formations comme le Parti nationaliste basque (PNV), mais le vote n’a pu être acquis que grâce aussi à l’abstention des 13 députés de la gauche indépendantiste catalane (ERC) et des 5 députés de Bildu (les indépendantistes basques, héritiers du bras politique de l'ETA).

Un programme marqué à gauche

Un gouvernement de coalition est une première en Espagne depuis le retour de la démocratie. Le parti radical de gauche comptera 5 ministres, dont son leader, Pablo Iglesias qui devient vice premier ministre. Un gouvernement qui a présenté il y a une semaine son programme marqué à gauche avec notamment une hausse de l’impôt sur les gros revenus, y compris les revenus du capital, une hausse du salaire minimum, une révision des lois sur le marché du travail mises en place par la droite, une revalorisation des retraites, un plan de lutte contre l’exode rural, une révision de la Loi sur la Mémoire Historique ou encore la défense de la laïcité de l’Etat.

Un gouvernement minoritaire pour une législature qui s’annonce incertaine

Mais le gouvernement de Pedro Sanchez est minoritaire, il va donc devoir chercher des appuis ­chaque fois qu’il voudra faire adopter des points de son programme de réformes. La législature s’annonce donc fragile, et se déroulera aussi sous le feu nourri de l’opposition des 3 partis de la droite espagnole qui ont déjà dégainé les hostilités lors du débat d’investiture avec des propos incendiaires mais également avec une campagne de harcèlement voire des menaces à l’encontre des députés qui s’apprêtaient à voter pour l’investiture ce midi. Tomas Guitarte, de Teruel Existe, a été la cible de cette campagne. Cet unique député du parti qui défend la ruralité, a été inondé de mails et coups de téléphone injurieux et menaçants contre lui et sa famille, avec au total pas moins de 8800 e-mails pour tenter (en vain) de le faire changer son vote. Il a depuis été mis sous protection.

Le Parti Populaire, son leader Pablo Casado en tête, Cuidadanos, et Vox, le parti d’extrême droite de Santiago Abascal, qui est devenue la 3e force politique au Congrès, ne supporte pas l’idée d’une alliance entre les socialistes et la gauche radicale, qu’ils qualifient de "honte", d"infamie". Vox accusant même Pedro Sanchez d'avoir fomenté un "coup d'état institutionnel".  Le PP et Vox qui n'hésitent pas à recourir à la mémoire des victimes du terrorisme d'ETA pour dénoncer un gouvernement investi grâce à l'abstention de Bildu, provoquant l'indignation de plusieurs de ces victimes du groupe terroriste. Elles dénoncent une récupération partisane. 

Une abstention de la gauche indépendantiste catalane qui va peser sur la législature

Une agressivité qu’alimente aussi l’accord passé entre Pedro Sanchez et les indépendantistes catalans de ERC, dont l’abstention ce matin était nécessaire pour permettre l’investiture du socialiste. Son leader, Oriol Junqueras, a été condamné à treize ans de prison pour sédition contre l’Etat espagnol, pour avoir organisé en octobre 2017 un référendum d’autodétermination interdit par Madrid. La droite espagnole ne pardonne pas à Sanchez d’avoir négocié avec eux l’ouverture d’une table de négociation entre Madrid et la Catalogne, pour résoudre le conflit catalan, d’autant plus que les conclusions sur lesquelles pourraient déboucher ces négociations pourraient être soumises à une consultation en Catalogne. Cette table de négociation sera mise en place dans 15 jours. La droite, à l’unisson, accuse Pedro Sanchez de vouloir "détruire le pays". Mais cet accord avec les indépendantistes de gauche provoque aussi de sérieuses tensions en Catalogne, où le parti de Puigdemont, JxCat au pouvoir avec ERC, n'apprécie guère d'avoir été écarté. Il dénonce un accord au rabais qui fragiliserait le mouvement indépendantiste.


ERC est donc une clé importante de la survie de cette législature. Pedro Sanchez est désormais aussi suspendu à la réussite de son dialogue avec les indépendantistes catalans, et suspendu aussi à la moindre étincelle dans ce casse-tête, où les rebondissements sont légion. 

 

 

 

 

 

 

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