Hongrie: entrés clandestinement, des réfugiés jugés et emprisonnés

Depuis mi-septembre, une loi pénalise l'entrée des réfugiés en Hongrie. Ceux qui passent quand même sont jugés, de manière expéditive, et souvent envoyés en prison.
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Depuis mi-septembre, une loi pénalise l'entrée des réfugiés en Hongrie. Ceux qui passent quand même sont jugés, de manière expéditive, et souvent envoyés en prison. - © HANNA SONIA - AFP

La Hongrie était une porte d'entrée des réfugiés dans l'Union jusqu'à ce qu'une clôture soit érigée le long de ses frontières sud. Le gouvernement a tout fait pour empêcher les candidats à l'asile de passer, de l'érection d'une barrière frontalière jusqu'à la promulgation d'une loi qui pénalise l'entrée des réfugiés en Hongrie.

Cette loi est entrée en vigueur à la mi-septembre. Depuis lors, les réfugiés passés en Hongrie illégalement sont jugés devant un tribunal pénal, au mépris de la Convention de Genève. Un traducteur est fourni par la Cour, mais les procès sont expéditifs. Plus de 700 réfugiés ont déjà été condamnés et finissent en détention. Notre correspondante Florence La Bruyère a assisté à l’un de ces procès, au tribunal de Szeged, au sud de la Hongrie.

J’aimerais vivre dans un pays où il n’y a pas la guerre

Huit heures du matin au tribunal de Szeged. Il y a cinq hommes sur le banc des accusés. Venus d’Erythrée, ils sont entrés en Hongrie deux jours plus tôt grâce à un passeur qui a coupé les barbelés. Franchir la frontière de cette façon, est désormais un délit. Daniel Haïlé a 46 ans. Il était soldat en Erythrée.

"Je ne connais pas la Hongrie, mais j’aimerais vivre dans un pays où il n’y a pas la guerre et où je pourrais faire venir ma famille. Je ne peux pas vivre tout seul. Je deviendrais fou sans ma femme et mes enfants."

"Ces réfugiés se retrouvent en prison alors qu'ils fuient la guerre. C'est inacceptable."

Ces hommes ne sont pas de vrais demandeurs d’asile, dit le Procureur qui veut les expulser en Serbie. L’avocate, commise d’office, lui renvoie la balle. "La Serbie n’est pas un pays sûr pour les réfugiés. C‘est très difficile d’obtenir l’asile. L’administration est surchargée."

Peu avant midi, la juge prend sa décision, qui tranche tous les espoirs. "Les prévenus qui ont comparu aujourd’hui sont coupables." Les accusés sont condamnés à être refoulés en Serbie, mais le pays refuse d’accueillir les migrants en provenance de Hongrie.

Alors, ils vont rester en prison. C'est ce que dénonce Babar Baloch du Haut-Commissariat de l’ONU pour les réfugiés. "Beaucoup de ces réfugiés se retrouvent en prison alors qu’ils fuient pour échapper à la guerre. C’est inacceptable."

Après deux mois de prison, certains migrants ont été libérés, mais près de 400 personnes seraient encore en prison.

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