Elections régionales de Madrid : balles et couteau ensanglanté assombrissent une campagne électorale déjà obscurcie

Des lettres de menaces envoyées à des responsables politiques de gauche et de droite électrisent la campagne pour les élections régionales anticipées de Madrid, le 4 mai prochain. La dernière lettre contenant deux balles de calibre 22 destinées à la présidente de droite de la communauté madrilène et favorite à l’élection, Isabel Diaz Ayuso, a été interceptée par le service des postes de San Cugat, dans la province de Barcelone. Ces intimidations instillent la peur à Madrid, donnent une visibilité accrue à l’extrême droite et plongent la démocratie espagnole dans les affres de son passé.

Gauche et droite dans la ligne de mire

La poste espagnole n’a pas détecté une lettre contenant des balles mais deux, à San Cugat et à Vallecas : la première était destinée à Isabel Diaz Ayuso, la seconde à la direction générale de la Guardia civil (force de police à statut militaire). Elles s’ajoutent aux balles de fusil d’assaut envoyées la semaine dernière à Pablo Iglesias, le chef de la coalition des partis de gauche Unidas Podemos, au ministre de l’Intérieur Fernando Grande-Marlaska et à la directrice de la Guardia civil Maria Gamez.

La ministre du tourisme, Reyes Maroto, a de son côté reçu une enveloppe contenant un couteau ensanglanté mais il s’agirait dans ce cas de l’acte d’une personne souffrant de déséquilibres mentaux.

Une condamnation… presque unanime

Ces envois ont été largement condamnés dans le landerneau politique… à l’exception notable du parti d’extrême droite Vox. Ainsi, dans un tweet, la candidate du Parti Populaire (droite) aux régionales de Madrid a appelé à la sérénité. Isabel Diaz Ayuso a plaidé pour ne pas faire le jeu de la "terreur", qui cherche à occuper le devant de la scène.

Le chef de file de Podemos a, lui, fermement condamné l’envoi de ces lettres… ce que le parti d’extrême droite a refusé de faire jusque-là. Sur Twitter, Vox préfère s’en prendre… à la gauche. Cette absence de condamnation s’est même invitée dans un débat sur la chaîne radio Cadena Ser où, finalement, Pablo Iglesias a quitté le plateau.

Les autorités prennent les menaces très au sérieux, faisant renouer les responsables politiques espagnols avec une pratique qui rappelle les heures sombres, celle des gardes du corps les suivant comme une ombre lors de leurs déplacements : ce fut le cas pour protéger les élus sous le terrorisme de l’ETA, pour protéger des responsables politiques dans le contexte de l’autonomie de la Catalogne… voire de protéger des candidats de Vox lors de la campagne pour les élections régionales de Catalogne le 14 février dernier.

Bientôt une alliance entre le Parti Populaire et Vox ?

Ces lettres et la réponse sécuritaire qu’elles engendrent s’invitent dans le stratego politique madrilène où le parti de droite PP cartonne dans les intentions de vote (avec un doublement des voix par rapport à l’élection de 2019, selon le site Politico), où les socialistes du PSOE et la gauche radicale Unidas Podemos perdent des plumes… et où Vox stagne autour de 9%.


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Sondages et réalité des urnes n’ont pas toujours fait bon ménage… Il faudra attendre le vote du 4 mai pour connaître les résultats. En attendant, les cerveaux chauffent et l’un des scénarios en vogue est celui d’une alliance des droites au lendemain des élections, autrement dit une alliance entre le Parti Populaire et Vox, en supposant que le PP n’ait pas suffisamment de sièges pour gouverner seul à Madrid.

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