Eau chaude, électricité... L'Islande surexploite son trésor, la géothermie

Comme tous les Islandais, Toti, la vingtaine, a un avantage et pas des moindres. Dans ce pays qui tutoie le cercle polaire arctique, l'eau chaude coule à flots. "On l'utilise pour chauffer les maisons via les radiateurs, pour faire tourner le lave-vaisselle et on a bien sûr l'eau chaude directement au robinet, pour la cuisson des aliments, par exemple. On l’utilise pour se doucher aussi bien sûr."

Seul inconvénient : son odeur. Cette eau chargée en soufre dégage un parfum d’œuf pourri. "C’est surtout le cas à Reykjavik", explique Toti. "Mais après un mois, on s’y habitue vous savez !"

Si l’eau chaude sent mauvais, elle offre tout de même un solide avantage : elle est très bon marché. "Moi, ça me coûte environ 48 couronnes islandaises par jour." Soit 12 euros par mois. Même en hiver.

Salades et bananes islandaises

Ce système de chauffage naturel ne se limite pas à la consommation privée. En Islande, il est généralisé. Dans la banlieue de Reykjavik, Hafberg Thorisson cultive des salades depuis 1979. Il a commencé son activité en utilisant des bâches en plastique… qu’il a vite remplacées par un système de chauffage géant. Dans sa serre, il a installé un réseau de tuyaux sous les rangées de semis.

"L’eau arrive ici à environ 85 degrés. Nous la refroidissons jusqu’à environ 40 degrés puis l’injectons dans ces tuyaux. Ça nous permet de faire pousser des salades toute l’année, été comme hiver."

Ce patron d’entreprise tient aussi à montrer l’un de ses derniers investissements : un grand tonneau qui filtre l’eau. "On récupère l’eau qui n’est pas absorbée par les salades lors de l’arrosage. Elle est filtrée et nous pouvons ainsi la réutiliser pour l’arrosage. Moi, je suis un homme qui aime la nature. Je n’aime pas la détruire."

Chaque jour, une demi tonne de salades sort de son entreprise qui compte encore s’agrandir. Ses concurrents fonctionnent de la même façon, certains allant même jusqu'à faire pousser quelques bananes sous ces latitudes nordiques…

Électricité à foison

En Islande, pas besoin de gaz ou de mazout pour se chauffer ou cuisiner. Et quand l'eau chaude ne suffit pas, les Islandais ont privilégié l'électricité. Car de l'électricité, il y en a aussi à foison. Dans cette région volcanique du globe, la puissance de la terre s'exprime partout. Depuis le choc pétrolier des années 70, l’Islande a massivement investi dans des centrales hydrauliques et géothermiques pour faire diminuer sa facture énergétique, et produire de l'énergie verte.

Dans la centrale d’Hellisheidi, la plus grande du pays, la vapeur à 180 degrés est puisée jusqu'à 3000 mètres sous la surface de la terre. Elle est ensuite utilisée pour faire tourner d’immenses turbines et générer de l'électricité. "En Islande, plus de 90% des maisons sont chauffées grâce à l'énergie géothermique. Cette centrale a une puissance de 303 mégawatts, ce qui veut dire que rien qu'avec cette centrale, on pourrait chauffer 300.000 ménages", explique Miao Yu, ingénieur.

Surexploitation géothermique

Avec ses 340.000 habitants et ses 7 centrales géothermiques, on le comprend, l'Islande produit plus qu'assez d'électricité. Beaucoup trop d’ailleurs, selon Landvernd, la plus importante ONG environnementale du pays. "Ici, en Islande, les gens commencent à se demander pourquoi on produit autant d'énergie. On pourrait fournir de l'électricité à 5 millions de personnes... Or, il n'y a que 340.000 habitants !", précise Sigriður Bylgja Sigurjónsdóttir, spécialiste de l’environnement au sein de cette ONG.

Ici, on ne critique pas la géothermie en tant que tel, mais sa surexploitation. Pour des activités qui ne sont pas respectueuses de l'environnement. "Presque 80% de cette énergie est vendue à des grandes entreprises très polluantes, des fonderies d'aluminium, des usines de silice. Alors les gens se disent : 'Est-ce qu'on doit vraiment donner notre nature, aussi magnifique que fragile, à ces gros pollueurs ?' Par ailleurs, la durée de vie de ces centrales n’est que de 50 ans. Vous trouvez que c’est vraiment durable, vous ? Et que dire des eaux réinjectées sous terre, qui créent des mini tremblement de terre ? Le développement de la géothermie va beaucoup trop vite, il faudrait être beaucoup plus prudent."

Un câble géant vers le Royaume-Uni ?

Aujourd’hui, l’Islande n’a pas encore atteint son potentiel maximum d’exploitation géothermique. De quoi faire saliver d’autres pays, qui ne sont, eux, pas autosuffisants en énergie. C’est le cas du Royaume-Uni, qui envisage la construction d’un immense câble sous-marin entre les deux pays. C’est peu dire que tous les Islandais ne trouvent pas cette idée aussi formidable que les Britanniques…

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