De Gaulle, Mitterrand, Chirac, Hollande: face à la colère de la rue, eux aussi ont reculé

Jacques Chirac et François Hollande ont, eux aussi, dû reculer face à la mobilisation de citoyens
Jacques Chirac et François Hollande ont, eux aussi, dû reculer face à la mobilisation de citoyens - © PATRICK KOVARIK - AFP

Face à la ténacité des gilets jaunes, le gouvernement français est contraint de reculer. Alors qu'il avait prévu d'augmenter de quelques centimes les taxes sur les carburants, il s'apprête à geler cette mesure. Edouard Philippe précisera dans la journée les modalités et la durée de ce moratoire.

Un gouvernement qui recule face à la colère de la rue, c'est loin d'être une première dans l'Hexagone. De Charles de Gaulle à Emmanuel Macron, presque tous les présidents se sont un jour cassé les dents sur les revendications de la rue.

Charles De Gaulle face aux mineurs

Au printemps 1963, le général de Gaulle et son Premier ministre, Georges Pompidou, doivent faire face à une grève générale dans les charbonnages de France. La revendication des mineurs est financière là aussi : ils réclament un alignement de leurs salaires sur ceux de l'industrie privée. La réaction des autorités est immédiate : au deuxième jour de grève, le général de Gaulle signe un décret autorisant la réquisition du personnel des mines. C'est un échec. Face à l'unité des travailleurs et des syndicats, après 35 jours de grève, le gouvernement concède une augmentation salariale de 11% et une semaine de congés supplémentaire. C'est ce que demandaient les mineurs.

Mitterrand et l'enseignement privé

En 1982, François Mitterrand charge son ministre de l'Education de créer "un grand service public unifié et laïc de l'éducation nationale". Il veut rapprocher les écoles publiques et privées pour sortir la France de la guerre scolaire. L'objectif est d'intégrer les écoles privées à un grand service public. Après des mois de débats, de consultations, de reports et de critiques initiés par des parents d'élèves des deux 'camps', une grande manifestation rassemble un à deux millions de personnes à Paris. En juillet 1984, François Mitterand annonce en direct dans le journal de TF1 qu'il demande le retrait de ce projet de loi "Savary". Alain Savary, le ministre de l'Education, démissionne dans la foulée.  

Chirac et l'entrée à l'université

Deux ans plus tard, en 1986, Jacques Chirac devient le Premier ministre de François Mitterrand. Le gouvernement, désormais à droite, veut revenir sur un certain nombre de décisions prises par la gauche. Un projet de loi visant à réformer les universités françaises prévoit de sélectionner les élèves à l'entrée. C'est le projet de loi "Devaquet", du nom du ministre chargé de l'Enseignement supérieur. A l'automne 1986, les manifestations d'étudiants s'enchaînent, un étudiant est même tué, tabassé par la police. Deux jours plus tard, le 8 décembre 1986, le projet de loi est finalement retiré et Alain Devaquet démissionne.  

Balladur, De Villepin: les étudiants toujours

En 1994, c'est Edouard Balladur qui se prendra les pieds dans le tapis, avec son CIP - le contrat d'insertion professionnelle. Pour doper le taux d'emploi, cette mesure permet l'embauche de jeunes de moins de 26 ans avec un contrat plafonné à 80% du salaire minimum. La mobilisation des étudiants est immédiate et fera reculer le gouvernement après un mois de manifestations. Un peu plus de dix ans plus tard, une nouvelle mouture de cette mesure est lancée par le gouvernement De Villepin. Le CPE - contrat première embauche- prévoit des exonérations de charges patronales mais surtout une période de consolidation durant laquelle l’employeur peut rompre le contrat sans avoir à énoncer le motif de sa décision. Tollé. Manifestations. Dominique De Villepin tiendra bon deux mois avant de céder et d'abandonner cette mesure.

Hollande et les bonnets rouges

François Hollande connaîtra à son tour des heures difficiles au printemps 2013, lorsque le mouvement des "bonnets rouges" se constitue pour faire barrage à l'écotaxe, une taxe imposée aux poids lourds sur certains tronçons routiers. C'est en Bretagne que le mouvement explose, des opposants à l'écotaxe y abattent des portiques équipés de caméras pour détecter les camions. Ils veulent que la gratuité des routes soit maintenue dans leur région. Le 29 octobre, le Premier ministre annonce une suspension de l'écotaxe. En octobre 2014, l'écotaxe sera finalement suspendue puis supprimée par l'Assemblée nationale en novembre 2016. Un abandon qualifié "d'échec de politique publique" par la Cour des comptes, qui estime à 11 milliards d'euros la perte de recettes liées à ce système, sans compter les indemnisations, entre autres frais supplémentaires. Six anciens manifestants ont depuis lors été condamnés à verser à l'état français la somme de 206.777€ pour destruction du portique de Pontorson.

Les "bonnets rouges" avaient donné du fil à retordre à François Hollande ; les "gilets jaunes", eux, seront liés à la présidence Macron.

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