Danemark: les demandeurs d'asile criminels bientôt envoyés sur une île?

L'île de Lindholm est un petit bout de terre de 7 hectares situé à une centaine de kilomètres au sud de Copenhague. Une île que l'on n'atteint qu'au terme d'une longue traversée, aussi rare que chère. Jusqu'alors, on ne croisait là-bas que des chercheurs de l'Université technique du Danemark. Mais le gouvernement danois lui a trouvé une nouvelle utilité. A partir de 2021, cette île regroupera les délinquants étrangers en instance d'expulsion et les demandeurs d'asile criminels ne pouvant être renvoyés dans leur pays.

"Ils ne sont pas les bienvenus"

Si le Danemark durcit sa politique migratoire, ce n'est pas une surprise, plutôt une réalité depuis les dernières élections qui ont vu l'arrivée d'un gouvernement libéral-conservateur au pouvoir. La ministre de l'Immigration a rapidement donné le ton: "les migrants ne sont pas bienvenus et ils le sentiront". Le Premier ministre Lars Løkke Rasmussen - qui vient de signer le Pacte sur les migrations à Marrakech- estime, lui aussi, qu'il ne faut pas faire "des réfugiés des immigrés", appelant à ce que les migrants rentrent chez eux une fois les problèmes résolus dans leur pays.

Pour la ministre des Finances, Kristian Jensen, envoyer les migrants déboutés sur cette île se justifie totalement. "Nous voyons de plus en plus de migrants qui n'ont pas le droit de rester au Danemark. Ils sont déboutés parce qu'ils ont commis un crime et ils devraient être expulsés. Mais parfois nous n'y parvenons pas, parce que le pays d'origine ou l'individu ne coopère pas ou qu'il s'agit de pays où l'on pratique la torture ou la peine de mort. Il y en a de plus en plus et c'est pour cela que nous devons construire un nouveau centre d'expulsion. Et nous voulons les envoyer bien plus loin que là où ils sont aujourd'hui." Ces migrants en attente d'une expulsion pourront quitter l'île pendant la journée mais devront rentrer le soir et donner les détails de leurs sorties. Détail piquant: l'un des ferrys qui fait la traversée jusqu'à l'île a d'ores et déjà été surnommée "virus". Ces migrants condamnés déboutés resteront sur l'île jusqu'à ce qu'ils puissent rentrer dans leur pays d'origine et seront surveillés par des membres du personnel pénitentiaire danois.  

Volée de critiques

De là à évoquer une île-prison, il n'y a qu'un pas que des Danois franchissent en manifestant. Pour ces citoyens, les autorités mettent tout en place pour faire de cet isolement une véritable détention. Aux Nations-Unies, les préoccupations sont les mêmes. "Priver ces gens de liberté, les isoler et les stigmatiser ne fera qu'accroître leur vulnérabilité", a déclaré la Haut-Commissaire pour les Droits de l'Homme de l'ONU, Michelle Bachelet. "Cette décision risque de faire beaucoup de tort parce que nous avons déjà eu l'occasion de constater l'impact négatif de telles politiques d'isolement. Et elles ne devraient pas se répéter." Quelques maires se sont également déclarés résolument contre cette décision.

Le Parlement danois devra se prononcer sur cette mesure ce mois-ci.

Sur les dix premiers mois de l'année, le Danemark a accordé l'asile à 1.345 personnes, et près de 3.000 demandes ont été déposées.

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