Coronavirus: quelle sortie de crise pour l'Europe ? "Nous avons besoin d'une reprise verte, digitale et inclusive"

Alors que l’Europe sort prudemment du confinement imposé par le nouveau coronavirus, il paraît de plus en plus évident que l’impact socio-économique de la pandémie sera exceptionnel.

Les pays européens ont devant eux de nombreux défis à relever. A court terme, ils doivent répondre, par exemple, aux besoins de secteurs clés comme le tourisme et l’agriculture. Sans oublier, qu’à plus long terme, ils seront confrontés aux révolutions climatique et numérique.


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Comment l’Europe va-t-elle sortir de cette crise ? C’est une question essentielle que des journalistes du réseau Euranet Plus ont abordé ce lundi avec Valdis Dombroviskis, vice-président de la Commission européenne, en charge de l’économie.

Une récession historique, une reconstruction encore incertaine

La pandémie va plonger l’Europe dans une récession historique cette année, du jamais vu depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale.

L’Union va perdre 7,4 % de son Produit Intérieur Brut cette année avant de récupérer une partie de sa richesse en 2021. Le rebond pourrait être de 6.1% du PIB. Mais à certaines conditions.

"Nos prévisions économiques reposent sur l'hypothèse que les mesures de confinement dans les Etats membres de l'UE seront concentrées au cours du premier semestre de l'année et qu’elles seront progressivement assouplies ou supprimées durant le deuxième semestre, ce qui permettra une reprise économique progressive dans la deuxième partie de l’année", prévient d’emblée Valdis Dombrovskis.

Mais il y a un deuxième élément important, souligne le vice-président de la Commission: "La reprise dépendra aussi de la réponse politique des Européens, de ce que nous faisons en termes de politique budgétaire, de politique monétaire, quel type de stimulation nous apportons à l'économie européenne".

A ce jour, les Etats membres et les institutions européennes ont mobilisé près de 3.400 milliards d’euros pour répondre à la crise. Sans oublier le plan de sauvetage décidé par la Banque Centrale Européenne qui peut racheter de la dette publique à hauteur de 750 milliards d’euros pour venir en aide aux pays qui sont en difficultés financières.

Le secteur touristique voit rouge

Cet argent vient soutenir des économies qui souffrent. Plusieurs secteurs sont totalement paralysés. C’est le cas du tourisme. En Europe, ça représente 27 millions d’emplois. 3 millions d’entreprises. Les pertes de revenus sont lourdes pour les hôtels, les restaurants, les tours opérateurs. Tous espèrent une reprise cet été.

En attendant, la Commission européenne va adopter cette semaine une série de mesures et des lignes directrices pour assurer la sécurité sanitaire dans les transports et dans les logements, des éléments importants dans le secteur du tourisme.

"Parmi les mesures qui seront annoncées, il y aura une recommandation sur la manière d'utiliser les bons d'achat des compagnies aériennes, de les rendre attractifs pour les consommateurs dans le cas d’une compensation pour des voyages annulés" explique Valdis Dombrovskis.

Le Commissaire poursuit: "Nous émettrons des lignes directrices sur la réouverture progressive des frontières intérieures de manière coordonnée. En tout état de cause, les critères devraient être que l'infection soit sous contrôle et qu'il y ait suffisamment de capacités hospitalières et de tests. Il faudra donc le faire de manière progressive et contrôlée en tenant compte de la situation épidémiologique réelle".

Le secteur agricole en souffrance

L’agriculture souffre aussi des restrictions de la libre-circulation au sein de l’espace Schengen. Il est plus difficile d’écouler les produits agricoles. Les travailleurs saisonniers, souvent venus de l’Est de l’Europe, ont parfois du mal à traverser les frontières pour se rendre dans les champs en Italie, en France, en Allemagne ou au Royaume-Uni où la main-d’œuvre vient à manquer.

"Au début de la crise, nous avons mis en place des 'green lanes' (NDLR : des voies rapides aux frontières pour faciliter le transport des marchandises), quand les Etats membres ont commencé à prendre des mesures de confinement et ont limité les passages aux frontières. Nous avons travaillé très étroitement avec les Etats membres pour assurer la mobilité des marchandises aux frontières, en particulier du matériel médical et de la nourriture. (…) Et je dirais que les conseils et les lignes directrices présentés aux Etats membres ont été largement suivis" se félicite Valdis Dombrovskis 

Cherche saisonnier désespérément

Et quant aux saisonniers, "nous travaillons sur la mobilité de ces travailleurs. Les Etats membres ont mis en place différentes restrictions épidémiologiques, limitant le mouvement des personnes entre les pays, en leur demandant par exemple de respecter des périodes d’auto-isolement. Nous cherchons maintenant le moyen de faire face à ce problème et de consolider la libre-circulation des travailleurs. Mais nous devrons accepter qu’il y ait certaines restrictions parce qu’actuellement nous ne pouvons pas retourner au 'business as usual', en disant que les gens peuvent traverser les frontières comme ils le voudraient".

Une limitation claire à la libre-circulation au sein de l’espace Schengen qui risque de durer et qui pose problème. Rien qu’en Belgique, les entreprises agricoles et horticoles manquent actuellement de 15.000 travailleurs saisonniers. Il y a quelques semaines, l’Union a conseillé aux Etats membres de faciliter leur mobilité, mais sans toujours être suivie. Selon le syndicat patronal flamand Boerenbod, la police belge a renvoyé à la frontière des candidats au travail saisonnier venus de pays de l’Est.

Quel soutien à long terme pour l’économie européenne ?

Pour reconstruire l’économie européenne après le coronavirus, à la demande du Conseil, la Commission planche sur la création d’un fonds de relance.

Une proposition est attendue dans les prochaines semaines: "Nous travaillons sur un instrument de reprise qui sera basé sur le futur Cadre financier pluriannuel 2021-2027 (NDLR : l’enveloppe budgétaire de l’UE pour les 7 prochaines années)" explique Valdis Dombrovskis.

"L’idée de base, c’est que nous ne changerons pas fondamentalement la structure du Cadre financier pluriannuel et, en outre, nous proposerons un instrument de recouvrement qui sera financé par des emprunts communs de l'UE sur les marchés. La Commission européenne se rendra donc sur le marché et fournira des financements aux États membres, sous forme de prêts et de subventions".

Mais quelle sera la proportion des prêts et des subventions ? Le vice-président de la Commission est resté très discret sur le subtil équilibre qui sera proposé par l’exécutif européen dans les prochaines semaines. Il faut dire que la question est politiquement délicate: elle divise les pays du sud, favorables à des subventions qu’il ne faut pas rembourser, et les pays du nord qui, eux, défendent des aides via des prêts.

Combiner reprise, numérique et climat : une équation impossible ?

La Commission devra tenir compte d’une autre division qui traverse les Etats membres.

Faut-il que la reprise économique se fasse en tenant compte des engagements pris dans le "Green deal", ce pacte vert qui vise à faire de l’Europe un continent neutre en carbone d’ici 2050 ?

La présidente de la Commission, Ursula von der Leyen, défend l’idée d’une reprise verte.

"Ce sera une part importante de notre instrument de reprise" commente le Commissaire Valdis Dombrovskis.

Mais… "les gens auront besoin de jobs, les gens auront besoin d’un salaire. Si nous parlons seulement d’environnement et de numérique à ce stade, ça pourrait sembler un peu hors de propos. Il sera important de trouver le bon équilibre. Nous n’avons pas seulement besoin d’une reprise verte et numérique. Nous avons aussi besoin d’une réponse économique qui soit inclusive". Reste à savoir là aussi dans quelle proportion. On saura dans les prochaines semaines si l’Union européenne maintient ses engagements climatiques. On saura si le "Green deal" qui était censé être la nouvelle colonne vertébrale de l’économie européenne, n’aura pas succombé au nouveau coronavirus.


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