Coronavirus : pourquoi le Portugal semble épargné ?

Focus sur le Portugal, pays qui semble beaucoup moins touché par la crise du Covid-19 que de nombreux autres pays européens. Avec 250 morts et quelque 10.000 cas enregistrés dans le pays ce dimanche 5 avril. Le Portugal a 13 fois moins de morts comparés à sa population que l’Espagne. Un constat étonnant qui a plusieurs explications selon les experts.

Quelles sont les raisons invoquées ?

La première est d’ordre géographique. Le Portugal est l’un des seuls pays européens à n’avoir qu’une seule frontière terrestre, en l’occurrence avec l’Espagne 2e pays le plus touché par la crise. Un élément qui rend plus facile le contrôle des entrées dans le pays.

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Contrôles à la frontière entre l’Espagne et le Portugal © MIGUEL RIOPA / AFP

Dès le 13 mars, alors que le pays ne comptait qu’une centaine d’infections mais encore aucun mort ni cas grave, l’exécutif portugais a décrété l’état d’alerte, puis l’état d’urgence le 19 mars. A la clé des mesures strictes, comme chez nous. Ces mesures avaient été anticipées. En voyant les informations venant de partout, les Portugais se sont auto disciplinés. Ils ont migré dans leurs maisons de campagne, ont arrêté de sortir dans les cafés, dans les bars et les restaurants et ont retiré les enfants des écoles. Beaucoup d’écoles étaient fermées faute d’élèves avant l’interdiction, même chose pour les magasins faute de clients.

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Quartier du Chiado à Lisbonne © PATRICIA DE MELO MOREIRA / AFP
Magasin de fleurs à Lisbonne © PATRICIA DE MELO MOREIRA / AFP
Place Rossio-Lisbonne © PATRICIA DE MELO MOREIRA / AFP

Mais pourquoi Lisbonne a-t-elle fait des choix forts si tôt ?

Le Premier ministre socialiste Antonio Costa, a vite compris que plus cette crise sanitaire durerait longtemps, plus l’impact sur le tourisme, un secteur essentiel pour l’économie portugaise, serait dramatique. Il a donc fait le choix de prendre des mesures radicales précocement, pour sortir au plus vite de cette situation de confinement et faire repartir le tourisme le plus tôt possible.

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Le Premier ministre du Portugal, Antonio Costa © CARLOS COSTA / AFP

Le gouvernement a une connaissance des faiblesses du système de soin portugais !

Un système affaibli par la crise économique de 2008 et la politique d’austérité menée à partir de 2011-2012. On a tenté d’éviter un scénario à l’italienne ou à l’espagnole, avec des services hospitaliers submergés par l’afflux de patients, que le système de santé portugais serait incapable de gérer. Il y a un aspect politiquer, une constance. La gauche est au pouvoir depuis 2015, en Espagne pendant ces 5 dernières années il y a eu 4 élections générales.

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Mobilisation du Premier ministre Antonio Costa © CARLOS COSTA / AFP
Mobilisation de l’armée portugaise © CARLOS COSTA / AFP

Le Portugal qui fait preuve de générosité

Le gouvernement a pris la décision de prolonger les droits des immigrés. Alors qu’en Espagne le parti populiste de droite Vox a réclamé que les sans-papiers paient de leur poche les soins de santé, le Portugal a accepté dans un quasi-consensus l’octroi des droits à tous ses immigrés en cours de régularisation. Les immigrés peuvent bénéficier du système de santé gratuit. Ils peuvent aussi réclamer l’allocation extraordinaire destinée aux travailleurs qui doivent rester chez eux pour s’occuper de leurs enfants ou parents. En somme, cela donne les mêmes droits qu’aux Portugais. En résumé, c’est uni que chacun protégera son prochain du Covid-19.

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Les rues de Lisbonne © PATRICIA DE MELO MOREIRA / AFP
Les rues de Lisbonne © PATRICIA DE MELO MOREIRA / AFP
Les rues de Lisbonne © PATRICIA DE MELO MOREIRA / AFP
Les rues de Lisbonne © PATRICIA DE MELO MOREIRA / AFP

Des mesures renforcées et prolongées

Le gouvernement portugais a décidé de renforcer les mesures de confinement pendant la période de Pâques, notamment en fermant tous ses aéroports du 9 au 13 avril. Pendant le week-end prolongé de Pâques, la population ne pourra quitter sa commune de résidence que pour travailler dans les secteurs d’activité toujours autorisés sous l’état d’urgence, qui a été prolongé jusqu’au 17 avril.