Coronavirus : l'Europe lève ses verrous budgétaires, 4 questions pour comprendre

Le premier ministre Croate Zdravko Maric, a présidé ce conseil virtuel. Dans une vidéo il parle du contenu inédit de la téléconférence, un masque sur le visage.
Le premier ministre Croate Zdravko Maric, a présidé ce conseil virtuel. Dans une vidéo il parle du contenu inédit de la téléconférence, un masque sur le visage. - © Capture d'écran

Ce n’est plus l’heure des grandes tables rondes, avec 27 ministres européens attablés derrière leurs verres d’eau. Coronavirus oblige, ils se réunissent par téléconférence ou communiquent par écrans interposés : c’est le nouveau quotidien et on s’y habitue déjà.

En revanche, ce qui est inédit et historique, c’est la décision qui a émergé de la dernière téléconférence, ce lundi 23 mars.


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Les 27 ministres des finances ont décidé de faire sauter un sacré verrou : ils suspendent en partie un texte fondamental qui, il y a quelques jours encore, paraissait coulé dans le bronze… Le " Pacte de Stabilité et de croissance ".

  • 1. Ce " pacte ", qu’est-ce que c’est ?

C’est un engagement que prennent les états quand ils adoptent la monnaie unique.

Pour entrer dans la zone euro, un état européen doit s’engager à maintenir son économie dans des clous, à montrer que la gestion de ses finances publiques nationales est saine.

Il s’engage notamment à respecter deux règles importantes : maintenir son déficit sous un certain plafond : 3% de son PIB (Produit Intérieur Brut). Et maintenir sa dette publique sous les 60% de son PIB.

Un monitoring permanent surveille le respect de ces règles : cela s’appelle le " semestre européen ". Les états de la zone euro qui mènent un train de vie trop dépensier, qui ne se plient pas à cette discipline collective, sont rappelés à l’ordre. Ils doivent alors expliquer comment ils comptent améliorer leur situation budgétaire et s’y tenir.

Ce carcan et ces rappels à l’ordre ont contribué à l’image d’une Europe rigide, sévère.

Aujourd’hui, l’Union relâche la bride. Les 27 ministres des finances ont suivi la commission, en activant la " clause de suspension générale ", une clause imaginée en 2011 en pleine crise de la dette de la zone euro. Cette clause prévoit, en cas de "ralentissement économique sévère" de toute la zone euro ou toute l’Union, de suspendre ces règles de discipline du pacte. Les ministres ont considéré unanimement que l’on est bien dans cette situation-là.

  • 2. Concrètement : cela veut dire " dépenser sans compter " ?

Sans compter, non, mais sans limite oui… pour autant qu’il s’agisse de dépenses pour combler le gouffre creusé par le coronavirus.

Aujourd’hui les états ouvrent en effet largement leurs portefeuilles : ils prennent une kyrielle de mesures urgentes pour aider leurs entreprises et les particuliers à tenir le choc, limiter les faillites, atténuer la casse sociale, éviter la récession… Il s’agit par exemple de mesures d’accès au chômage temporaire, de prêts et subventions, de soutien accru aux systèmes de santé, de renationalisations temporaires de compagnies de transport.

L’assouplissement des règles budgétaires européennes permettra ces dépenses. Elle donnera les coudées plus franches aux états de la zone euro.

  • 3. C’est risqué ?

Oui, une discipline, un cadre réglementaire est nécessaire pour la stabilité de la zone euro et sa monnaie unique. L’activation de cette clause devra être temporaire. La décision des 27 ministres des finances n’est pas encore assortie de durée, mais cette question s’invitera nécessairement à la table, euh, la téléconférence des 27.

  • 4. Pourquoi est-ce du " jamais-vu " ?

La " clause de suspension générale ", c’est un outil à la mesure du virus : inédit, radical. D’autres clauses moins radicales auraient pu être activées, mais c’est le levier ultime qui a été choisi.


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C’est aussi du "jamais imaginé", parce que c’est un vrai tabou qui saute.

Jusqu’ici, la zone euro était divisée entre les états qui prônaient le respect fidèle de cette discipline budgétaire, comme l’Allemagne ou les Pays-Bas et ceux qui en demandaient l’assouplissement, comme l’Italie.

Aujourd’hui, ils se sont tous alignés pour reconnaître le caractère exceptionnel de la situation et la nécessité d’activer une clause qui l’est tout autant.

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