Coronavirus et crise économique : vers une nationalisation de certaines entreprises ?

Face à la probabilité d’une crise sévère au niveau économique, conséquence de la crise sanitaire liée à la pandémie de coronavirus, certains pays commencent à évoquer la piste de la nationalisation comme éventuelle solution pour les grandes entreprises qui souffrent de l’arrêt total ou partiel de leurs activités.

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Le ministre français de l’Economie Bruno Le Maire, en visite dans l’entreprise Butard Enescot le 12 mars 2020. © ERIC PIERMONT – AFP

"Il y a aussi une guerre économique et financière"

"Il y a aussi une guerre économique et financière. […] Elle sera durable, elle sera violente, elle doit mobiliser toutes nos forces", a déclaré le ministre français de l’Economie Bruno Le Maire sur les antennes de la radio RTL France. "La guerre sanitaire, j’espère que c’est une affaire de semaines. La guerre économique et financière, c’est une affaire de mois. Il faudra donc du temps pour faire redémarrer l’économie, pour lui redonner toute sa puissance", a encore insisté Bruno Le Maire. "Le PIB devrait reculer de 1% en 2020" a précisé le ministre, loin de la croissance de 1,3% prévue par le gouvernement avant l’apparition du virus. Mais il a insisté sur le fait que cette prévision était "provisoire", en fonction "de l’évolution de l’épidémie dans les semaines à venir et de notre capacité à surmonter cette crise".

La nationalisation ? "Oui, si nécessaire"

Et pour limiter les dégâts, notamment des faillites en cascade d’entreprises, le gouvernement français va dégainer un arsenal immédiat de 45 milliards d’euros (report ou annulation de cotisations sociales ou fiscales, mesures de chômage partiel…). "Tous les moyens" à disposition seront utilisés "pour protéger les grandes entreprises françaises", a insisté Bruno Le Maire, y compris des opérations de prise de participations et même de "nationalisations si nécessaire", a-t-il ajouté.

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Un Airbus A318 de Air France sur le tarmac de l’aéroport de Roissy-Charles de Gaulle, le 27 juin 2019. © JOEL SAGET – AFP

Quelles entreprises pourraient être concernées en France ?

Certains groupes, à l’image d’Air France-KLM, vivent un calvaire en Bourse et ont vu leur capitalisation fondre en quelques jours. Mardi, le premier ministre Edouard Philippe assurait que, pour la compagnie aérienne Air France, l’État était prêt à "prendre ses responsabilités en tant qu’actionnaire". Sur BFM TV, le ministre des Comptes publics Gérald Darmanin a lui déclaré : "Nous suivons de près la situation de cette grande entreprise et sommes prêts à nationaliser". Air France a annoncé la réduction de son offre de 70% à 90% pendant deux mois.

 

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Une usine PSA Peugeot-Citroën, à Poissy, France, le 28 mars 2019. © THOMAS SAMSON – AFP

La désorganisation des chaînes de production du fait des mesures de confinement conduit de plus en plus d’entreprises à réduire ou même à suspendre complètement leur production pour abaisser leurs coûts. Renault, PSA, Michelin, ont ainsi annoncé la fermeture de leurs usines en France, et Airbus a suspendu sa production dans le pays et en Espagne pendant quatre jours.

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Un comptoir Alitalia dans le terminal T1 de l’aéroport de Rome Fiumicino (Italie) le 17 mars 2020. © ANDREAS SOLARO – AFP

L’idée se concrétise en Italie pour Alitalia

Le gouvernement italien a annoncé ce mercredi qu’il entendait nationaliser la compagnie aérienne Alitalia, en grande difficulté depuis des années, dans le cadre de mesures économiques d’urgence prises face à la pandémie de Covid-19.

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Un avion de la compagnie Alitalia sur le tarmac de l’Aéroport de Rome Fiumicino le 21 juin 2018. © Alberto PIZZOLI – AFP

Vers "une société à participation publique majoritaire"

Le conseil des ministres "prévoit la constitution d’une nouvelle société entièrement contrôlée par le ministère de l’Economie et des Finances, ou contrôlée par une société à participation publique majoritaire, même indirecte", précise un communiqué publié dans la nuit de lundi à mardi. Après 11 ans de difficultés en tant que société privée, et deux tentatives avortées de restructuration, Alitalia se dirige donc vers une nationalisation même si le gouvernement italien n’a pas encore précisé de délais. Alitalia accumule les pertes depuis longtemps. L’entreprise a dû être placée sous tutelle de l’administration en 2017 et Rome cherchait depuis un ou des repreneurs, sans succès. Selon certains médias, Rome aurait maintenant prévu une enveloppe globale de 600 millions d’euros pour soutenir l’ensemble du secteur aérien national, où Alitalia est un élément clé.

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