Coronavirus en Espagne: les quartiers populaires de Madrid reconfinés, "une mesure inefficace", "qu’ils confinent les riches"

C’est une mesure redoutée de tous, le reconfinement. Et c’est ce que vivent à partir d’aujourd’hui lundi 21 septembre 2020 et pour deux semaines, les habitants des quartiers populaires du sud de Madrid.

Quelles sont les nouvelles règles ?

Concrètement, 850.000 personnes ne peuvent plus aller dans les parcs et sont invitées à rester chez eux un maximum. La mesure est donc moins stricte qu’au printemps, où un confinement strict à domicile était obligatoire.

Les habitants devront présenter un document écrit pour justifier leur déplacement et des "contrôles aléatoires" seront réalisés par la police municipale.

Les habitants ne peuvent sortir de leur quartier que pour des raisons de première nécessité comme aller travailler, aller chez le médecin ou amener leurs enfants à l’école. Ils doivent présenter un document écrit pour justifier leur déplacement et des "contrôles aléatoires" seront réalisés par la police municipale. Les habitants peuvent en revanche se déplacer librement au sein de leur propre quartier.

Les magasins et les bars voient leur capacité d’accueil réduite à 50%. Par ailleurs, le nombre de personnes pouvant se réunir est ramené de dix à six dans l’ensemble de la région.

Comment réagit la population ?

Non au confinement de classe

Des milliers de personnes sont descendues ce dimanche dans les rues madrilènes pour protester contre ce reconfinement. Pour les habitants de ces quartiers, il s’agit d’une véritable injustice, qui s’apparente à de la ségrégation. Selon eux, les quartiers pauvres du sud sont défavorisés par rapport aux riches du nord.

De plus, ils affirment que ces mesures sont inefficaces car il y a énormément d’exceptions. En effet, pour la plupart d’entre-eux, le télétravail n’est pas possible puisqu’ils effectuent surtout des travaux manuels, vont vers d’autres quartiers dans des métros bondés. Notre correspond Henry de Laguerie a recueilli le témoignage d’Adela, aide soignante, qui pointe l’incongruité des mesures. "C’est très bizarre, ils te laissent aller en métro à l’autre bout de Madrid, mais ils t’interdisent d’aller dans un parc."

Pour eux, ce reconfinement est donc la preuve d’une gestion désastreuse de la crise sanitaire de la part des autorités. Ils demandent surtout plus de médecins, de traceurs et de personnel soignant, comme l’explique Ines, habitante de Villaverde, à notre correspondant. "On respecte les mesures à Madrid, comme dans le reste de l’Espagne. Mais les quartiers du sud sont clairement discriminés. Il n’y a pas de vraies mesures pour essayer de freiner l’épidémie. Par exemple, on n’a pas assez de médecins, de pédiatres. Par contre nous sommes confinés."

"Les centres de santé travaillent depuis des années avec un effectif minimum, ils n’ont pas assez de médecins et d’infirmières […] et cette crise a encore aggravé la situation", regrette Victoria, une fonctionnaire de 63 ans.

Des mesures nécessaires selon les autorités

La présidente conservatrice de la région, Isabel Diaz Ayuso, très critiquée pour sa gestion de la crise, doit rencontrer ce lundi le Premier ministre Pedro Sanchez, signe de la préoccupation du gouvernement central alors que la gestion de la santé publique revient en principe aux régions.

Le nombre de nouveaux cas (à Madrid) représente le double de la moyenne nationale

"Nous voyons des données qui nous inquiètent car le nombre de nouveaux cas (à Madrid) représente le double de la moyenne nationale, et le nombre d’hospitalisations le triple" de la moyenne, a expliqué le dirigeant socialiste samedi soir lors d’une interview télévisée. Toutefois, "je n’envisage pas un confinement du pays", a-t-il assuré.

Soumise au printemps à l’un des confinements les plus stricts au monde, l’Espagne a vu depuis juillet l’épidémie repartir à une vitesse galopante, jusqu’à devenir le pays ayant le nombre de cas rapporté à sa population le plus élevé de l’UE.

Représentant le tiers des nouveaux cas et des nouveaux décès du pays, Madrid est la région générant le plus d’inquiétudes en raison de la capacité de ses habitants à diffuser le virus dans toute l’Espagne depuis une métropole peuplée de 6,6 millions d’habitants, qui est aussi une plaque tournante en matière de transports.

Les experts craignent pour les prochaines semaines dans la région une forte hausse de la mortalité, actuellement bien plus basse qu’au printemps, alors que le système de santé est au bord de la saturation.

L’Espagne, l’un des pays européens les plus durement frappés par la pandémie de Covid-19, a dépassé cette semaine les 30.000 décès et 600.000 cas confirmés, selon les chiffres officiels.

Madrid : reconfinement dans certains quartiers (JT du 21/09/2020)

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